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Le maintien dans l’emploi après accident ou maladie

Lorsqu’une personne en situation de handicap suite à un accident ou une maladie souhaite reprendre son travail, plusieurs dispositifs et étapes permettent d’assurer un retour progressif et sécurisé. Le maintien dans l’emploi est un enjeu majeur pour la personne concernée, l’employeur et la société. Cette page explique les mécanismes de la visite de pré-reprise, les aménagements de poste possibles et les solutions de reclassement professionnel.

En France, le cadre légal du maintien dans l’emploi repose sur plusieurs textes : le processus initial de reconnaissance du handicap via la MDPH, la mise en place d’aménagements de poste et, si nécessaire, un accompagnement vers une reconversion professionnelle. L’objectif est de permettre à la personne de conserver son emploi ou d’en trouver un nouveau adapté à sa situation.

La visite de pré-reprise : première étape du retour au travail

Après une absence prolongée due à un accident ou une maladie, la visite de pré-reprise est une étape cruciale. Elle se déroule avant le retour effectif au travail et permet au médecin du travail d’évaluer la capacité fonctionnelle de la personne et d’identifier les adaptations nécessaires.

Qu’est-ce que la visite de pré-reprise ?

La visite de pré-reprise est une consultation médicale organisée entre la personne en arrêt maladie ou accident, son médecin traitant, le médecin du travail et l’employeur. Elle intervient généralement 2 à 4 semaines avant la date prévue du retour au travail.

Lors de cette visite, le médecin du travail :

  • Évalue l’état de santé actuel de la personne en regard de son poste de travail
  • Identifie les contraintes physiques et environnementales du poste
  • Propose des aménagements ou des adaptations temporaires ou permanentes
  • Évalue la possibilité d’un retour progressif (temps partiel thérapeutique)
  • Recommande, le cas échéant, un changement de poste ou une formation
Droit à la visite de pré-reprise

La visite de pré-reprise est un droit. La personne en arrêt maladie ou accident peut la demander à son employeur ou à son médecin traitant. L’employeur ne peut pas refuser cette visite. Elle est prise en charge par la Sécurité Sociale ou l’assurance maladie.

Le temps partiel thérapeutique : reprendre progressivement

Le temps partiel thérapeutique (TPT) est une mesure qui permet à la personne de reprendre le travail à temps partiel tout en continuant à percevoir des indemnités de maladie. C’est un excellent moyen de progresser graduellement vers une reprise à temps plein.

Pendant le temps partiel thérapeutique :

  • La personne travaille un nombre d’heures réduit (ex : 50%, 75% du temps normal)
  • L’Assurance Maladie complète le salaire par une indemnité (la différence)
  • La durée maximale est de 3 mois, renouvelable une fois
  • Le médecin du travail doit autoriser ce dispositif et l’ajuster en fonction de l’évolution
💡 Cas pratique : retour progressif après accident

Marc, 42 ans, a eu un accident de voiture. Après 6 mois d’arrêt, son médecin du travail propose un temps partiel thérapeutique. Marc reprend à 50% sur 3 mois : il travaille 2 jours par semaine. L’Assurance Maladie lui verse la différence entre son salaire réduit et son salaire normal. Au bout de 3 mois, Marc passe à 75%, puis reprend à temps plein. Ce dispositif lui a permis de reprendre confiance progressivement.

⚠️ Durée limitée du TPT

Le temps partiel thérapeutique est limité à 6 mois maximum (3 mois + 3 mois de renouvellement). Au-delà, la personne doit soit reprendre à temps plein, soit solliciter un congé de longue durée ou un reclassement.

Se défendre seul en cas de maladie professionnelle

Les aménagements de poste : adapter le travail à la personne

Lorsque la personne revient au travail après un accident ou une maladie, son poste peut nécessiter des adaptations. Ces aménagements visent à permettre à la personne d’exercer son travail en toute sécurité et en respectant ses limitations fonctionnelles.

Types d’aménagements possibles

Les aménagements de poste varient en fonction du type de handicap et des contraintes du travail. Voici les principaux :

  • Aménagements ergonomiques : adaptation du mobilier (chaise, bureau réglable), mise en place d’outils adaptés, éclairage renforcé
  • Aménagements des horaires : flexibilité des heures de travail, suppression des trajets longs, télétravail partiel
  • Aménagements des tâches : suppression des tâches incompatibles avec le handicap, limitation du port de charge, réduction des déplacements
  • Aide humaine : assistance d’un collègue ou d’une personne tierce pour certaines tâches
  • Appareillage ou aids techniques : fourniture d’outils spécialisés (logiciel adapté, fauteuil ergonomique, ascenseur privatif si nécessaire)
  • Formation ou apprentissage : acquisition de nouvelles compétences pour un poste adapté

Pour en savoir plus sur les aménagements possibles, consultez la page dédiée aux aménagements de poste.

Financement des aménagements

Les aménagements de poste peuvent être financés par l’AGEFIPH (secteur privé), le Fiphfp (fonction publique) ou par l’employeur lui-même. La personne en situation de handicap n’a généralement pas à supporter le coût de ces aménagements.

Rôle du médecin du travail et du manager

Le médecin du travail prescrit les aménagements recommandés après la visite de pré-reprise. L’employeur (manager, RH) est responsable de la mise en œuvre de ces aménagements. Une bonne communication entre ces trois acteurs — médecin, employeur et personne handicapée — est essentielle au succès du maintien dans l’emploi.

Le reclassement professionnel : changer de poste ou de métier

Dans certains cas, le retour au poste initial n’est pas possible. Le handicap peut être incompatible avec les exigences du travail précédent. C’est là que le reclassement professionnel intervient.

Qu’est-ce que le reclassement ?

Le reclassement est le processus qui permet à la personne en situation de handicap d’accéder à un autre poste au sein de la même entreprise ou d’une autre entreprise. Il peut s’agir :

  • D’un reclassement interne : changement de poste ou de service au sein de l’entreprise
  • D’un reclassement externe : départ vers une autre entreprise avec accompagnement
  • D’une reconversion professionnelle : formation à un nouveau métier avant la reprise du travail

Le reclassement doit être envisagé rapidement, idéalement lors de la visite de pré-reprise, si le médecin du travail estime que le retour au poste initial n’est pas viable.

⚠️ Obligation légale de reclassement

En France, l’employeur a l’obligation légale de proposer un reclassement interne avant de licencier un salarié en situation de handicap. Le licenciement sans proposition de reclassement est illégal et peut donner lieu à des indemnités.

Étapes du reclassement interne

  1. Diagnostic des compétences : identification des aptitudes et compétences de la personne
  2. Identification des postes compatibles : recherche de postes vacants ou créables adaptés
  3. Formation si nécessaire : acquisition de compétences manquantes pour le nouveau poste
  4. Accompagnement au changement : soutien psychologique et professionnel durant la transition
  5. Suivi post-reclassement : évaluation de l’adaptation et de la satisfaction

Ressources pour le reclassement

Plusieurs acteurs accompagnent le reclassement professionnel :

  • Cap emploi : service public d’accompagnement spécialisé dans le placement et le maintien en emploi des personnes en situation de handicap
  • France Travail : propose des offres d’emploi adaptées et un accompagnement personnalisé
  • Assistante sociale de l’entreprise : aide aux démarches administratives et à l’accompagnement social
  • Syndicats et délégués du personnel : représentent et conseillent la personne dans ses droits
  • AGEFIPH (secteur privé) ou Fiphfp (fonction publique) : financent les actions de reclassement et de formation

Pour une reconversion professionnelle complète avec formation, l’AGEFIPH ou le Fiphfp peuvent financer un bilan de compétences ou une formation diplômante.

💡 Cas pratique : reclassement interne

Sophie, 38 ans, était responsable logistique dans une entreprise de transport. Suite à une hernie discale invalidante, elle ne peut plus porter de charge ni rester debout longtemps. Lors de la visite de pré-reprise, le médecin du travail recommande un reclassement. L’entreprise propose à Sophie un poste de responsable administrative au siège. Sophie suit une courte formation (2 semaines) sur les logiciels de gestion. 6 mois plus tard, Sophie a bien intégré son nouveau poste. Le reclassement interne a réussi.

Les droits et protections légales

La personne en situation de handicap bénéficie de droits renforcés lors du maintien dans l’emploi. Ces protections sont garanties par plusieurs textes légaux.

Protection contre le licenciement

Un salarié en situation de handicap ne peut pas être licencié en raison de son handicap. Avant toute rupture de contrat, l’employeur doit :

  • Proposer une visite de pré-reprise
  • Offrir un reclassement interne (si possible)
  • Démontrer l’impossibilité absolue du maintien

Un licenciement sans respect de ces étapes est illégal et peut être contesté devant le tribunal des prud’hommes.

Droits à l’information et à la consultation

La personne en situation de handicap a le droit :

  • D’être informée de tous les aménagements et mesures prévus
  • De participer aux décisions concernant son poste et son reclassement
  • De se faire accompagner par un représentant (syndicat, conseil juridique)
  • De demander une évaluation externe de sa capacité de travail (deuxième avis médical)
⚖️ Article L. 1132-1 du Code du travail

« Aucune personne ne peut être écartée de l’accès à une formation ou de l’accès à un emploi ou à une fonction en raison de son handicap. » Cette interdiction de discrimination s’applique aussi au maintien dans l’emploi et au reclassement.

Les aides financières et prestations

Plusieurs aides financières existent pour soutenir le maintien dans l’emploi.

📊 Allocation d'Aide au Retour à l'Emploi (AAH) en 2025

Le montant de l’AAH en 2025 est de 1 016,05 € par mois pour une personne seule. Cette allocation peut être cumulée avec un salaire sous certaines conditions (avec abattement).

Cumul emploi-allocation

Une personne en situation de handicap peut cumuler une allocation (AAH, rente d’invalidité) avec un salaire. Ce cumul est intéressant lors du retour au travail à temps partiel ou lors d’une période d’adaptation. Pour en savoir plus, consultez le simulateur de cumul emploi-prestations.

Financement des formations

Si une formation est nécessaire pour le reclassement :

  • AGEFIPH (secteur privé) : finance les formations et les bilans de compétences
  • Fiphfp (fonction publique) : finance les formations et l’accompagnement en milieu professionnel
  • Région : propose des formations dans le cadre du plan régional de formation
  • France Travail : peut financer une formation pour accéder à un emploi
Reconnaissance du travailleur handicapé (RQTH)

La personne en situation de handicap qui souhaite accéder à ces aides doit d’abord obtenir la reconnaissance de son handicap auprès de la MDPH et demander le statut de travailleur handicapé (RQTH). Cette reconnaissance ouvre l’accès à tous les dispositifs d’accompagnement et d’aide au maintien dans l’emploi.

Les acteurs du maintien dans l’emploi

Plusieurs interlocuteurs jouent un rôle clé dans le processus de maintien dans l’emploi :

  • Médecin du travail : évalue et recommande les aménagements
  • Employeur (manager, RH, direction) : responsable de la mise en œuvre des adaptations
  • Médecin traitant : suivi médical, communication avec la médecine du travail
  • Assistante sociale : aide aux démarches et accompagnement social
  • Cap emploi : accompagnement professionnel et placement
  • AGEFIPH ou Fiphfp : financement des aménagements et des formations
  • Délégué du personnel, syndicat : représentation et défense des droits

Une bonne coordination entre ces acteurs est essentielle au succès du maintien dans l’emploi.

L’essentiel à retenir

📌 Points clés du maintien dans l'emploi

  • La visite de pré-reprise est une étape obligatoire avant le retour au travail après accident ou maladie.
  • Le temps partiel thérapeutique permet une reprise progressive du travail (durée max. 6 mois).
  • Les aménagements de poste (ergonomie, horaires, tâches) sont financés par l’AGEFIPH/Fiphfp.
  • Le reclassement interne est obligatoire avant tout licenciement pour raison de handicap.
  • Les ressources Cap emploi, France Travail et AGEFIPH accompagnent l’ensemble du processus.
  • La personne en situation de handicap a des protections légales contre le licenciement discriminatoire.
  • Le cumul emploi-allocation est possible et peut financer la période de transition.

Questions fréquentes

Questions fréquentes


Combien de temps dure la visite de pré-reprise ?

La visite de pré-reprise dure généralement entre 30 minutes et 1 heure. C’est une consultation médicale classique avec le médecin du travail, complétée par une discussion sur l’environnement professionnel et les adaptations nécessaires.

Le temps partiel thérapeutique réduit-il le salaire définitivement ?

Non. Le temps partiel thérapeutique est une mesure temporaire. Durant cette période, l’Assurance Maladie complète le salaire réduit. À l’issue (maximum 6 mois), la personne reprend à temps plein ou envisage un reclassement. Le salaire n’est pas réduit à terme ; c’est juste une transition.

Que faire si l'employeur refuse de mettre en place les aménagements recommandés ?

Si l’employeur refuse les aménagements prescrits par le médecin du travail, cela constitue une discrimination. La personne peut saisir le Conseil de Prud’hommes ou contacter une association de défense des droits (syndicat, association d’aide aux victimes). Documenter tous les refus est important.

Le reclassement peut-il entraîner une baisse de salaire ?

Légalement, un reclassement ne doit pas entraîner de baisse de salaire sans accord de la personne. Cependant, si le nouveau poste est de catégorie inférieure, une négociation peut être nécessaire. Un conseil juridique peut aider à évaluer la situation.

Qui peut demander la visite de pré-reprise ?

La visite de pré-reprise peut être demandée par la personne en arrêt maladie, son médecin traitant ou l’employeur. C’est un droit, pas une faveur. L’Assurance Maladie en couvre les frais.

Dois-je obtenir la RQTH avant de bénéficier du maintien dans l'emploi ?

C’est fortement recommandé. Avec la RQTH, la personne accède à tous les dispositifs d’aide (AGEFIPH, Cap emploi, formation, aménagements financés). Sans elle, les ressources sont plus limitées. Pour obtenir la RQTH, une demande MDPH est nécessaire.


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Nos experts vous accompagnent dans la constitution de votre dossier MDPH, la compréhension de vos droits et l’accès aux aides au maintien dans l’emploi. N’hésitez pas à nous contacter.

Témoignages

Bon moi j’ai eu un accident du travail y’a 2 ans. Le médecin du travail a dit que je pouvais pas reprendre mon poste de manutentionnaire. Franchement j’ai eu peur de perdre mon job mais du coup l’entreprise m’a proposé un reclassement en tant que préparateur de commandes avec des aménagements (pas de port de charge, des pauses régulières). Le truc c’est que ça a pris du temps, y’a eu une formation de 3 semaines mais au final j’suis content. Je gagne pas plus mais j’ai gardé mon emploi et mon salaire n’a pas baissé. C’est important ça.

— Jean-Paul, 52 ans, reconnu travailleur handicapé

Mon mari a eu un AVC il y’a 1 an et demi. La visite de pré-reprise c’était important pour voir s’il pouvait reprendre au bureau. Le médecin du travail a dit ok mais avec un temps partiel thérapeutique de 50% les 3 premiers mois. Là mon mari travaille 2 jours par semaine et reçoit une indemnité de maladie pour les 3 jours restants. C’est vraiment bien comme système parce que ça permet de revenir doucement sans avoir peur de s’effondrer. Maintenant après 6 mois il est passé à 75% et on pense qu’il reprendra à temps plein dans 1 mois.

— Isabelle, 47 ans, maman aidante

Moi j’ai trouvé portail-handicap.fr super utile pour comprendre comment j’allais m’organiser après ma maladie. Les explications sur les aménagements de poste et les droits c’était claire et pas du charabia administratif. J’ai pu discuter avec mon manager en ayant les bons termes et les bons arguments. Il a pas hésité à financer les aménagements nécessaires (un meilleur siège, une meilleure luminosité, du télétravail 2 jours par semaine). Tout s’est bien passé.

— Jamal, 39 ans, manager dans le secteur public