La vie numérique fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien : pour communiquer, travailler, se divertir, gérer ses démarches administratives ou consulter des informations. Pourtant, les personnes en situation de handicap rencontrent souvent des obstacles importants pour accéder à internet, aux sites web et aux applications mobiles.
Cette page explique comment fonctionne l’accessibilité numérique, quels sont les droits des personnes handicapées sur internet, et quelles solutions existent pour favoriser une participation égale à la vie numérique. Elle s’adresse aux personnes concernées, mais aussi aux familles, aux aidants et aux professionnels qui souhaitent mieux comprendre ces enjeux.
Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?
L’accessibilité numérique signifie rendre les contenus et services en ligne utilisables par tous, y compris les personnes en situation de handicap. Elle concerne :
- Les sites internet : conception, navigation, lisibilité du contenu
- Les applications mobiles : smartphones et tablettes
- Les documents numériques : PDF, Word, présentations
- Les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn
- Les outils de communication : e-mail, messagerie instantanée, vidéoconférence
- Les services publics en ligne : impôts, Sécurité sociale, MDPH, mairie
L’accessibilité numérique n’est pas une faveur ni un supplément, c’est un droit fondamental. Comme les autres adaptations pour la vie quotidienne, elle permet aux personnes handicapées d’accéder aux mêmes informations et services que les autres citoyens, dans des conditions égales.
La loi française impose que les services publics en ligne soient accessibles aux personnes handicapées. Cette obligation s’étend également aux entreprises privées pour les services essentiels (banque, e-commerce, santé).
Les principaux handicaps affectés par l’inaccessibilité numérique
Différents types de handicap rencontrent des difficultés spécifiques en ligne :
Handicap visuel
Les personnes atteintes de cécité ou malvoyance utilisent des lecteurs d’écran (logiciels qui vocalisent le contenu) ou des loupes numériques (qui agrandissent l’affichage). Elles ont besoin que :
- Les images soient accompagnées d’un texte descriptif (alt-text)
- Les couleurs ne soient pas l’unique moyen de transmettre l’information
- Le contraste entre le texte et le fond soit suffisant
- La navigation au clavier soit possible (sans souris)
Handicap auditif
Les personnes sourdes ou malentendantes ont besoin que :
- Les vidéos soient sous-titrées
- Les contenus audio disposent d’une transcription texte
- Les webinaires proposent un interprète en langue des signes française (LSF)
- Les visioconférences aient un sous-titrage en direct
Handicap moteur
Les personnes en fauteuil roulant ou avec des troubles moteurs des mains utilisent des claviers spécialisés, des contacteurs ou des commandes vocales. Elles ont besoin que :
- La navigation se fasse entièrement au clavier (sans souris obligatoire)
- Les éléments cliquables soient assez grands et espacés
- La reconnaissance vocale soit compatible
- Les délais de réaction (timeouts) soient suffisamment longs
Handicap cognitif et troubles neurodéveloppementaux
Les personnes atteintes de troubles cognitifs, de dyslexie, de trouble de l’attention (TDA/H) ou d’autisme ont besoin que :
- Le texte soit lisible et bien structuré (polices claires, caractères espacés)
- Le langage soit simple et explicite (vocabulaire accessible, phrases courtes)
- Les animations et clignotements soient limités (risque de crise épileptique)
- Une aide à la compréhension soit disponible (glossaire, exemples, pictogrammes)
Le cadre juridique et les normes d’accessibilité
En France, l’accessibilité numérique est encadrée par plusieurs textes :
La loi du 11 février 2005 impose l’accessibilité des services publics en ligne. Le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) est la norme française qui fixe 106 critères d’accessibilité. La directive européenne 2016/2102 oblige tous les États membres à rendre les sites web publics accessibles selon les normes WCAG 2.1 de niveau AA.
Ces normes définissent 4 principes d’accessibilité :
- Perceptible : le contenu doit être visible/audible pour tous (images décrites, vidéos sous-titrées)
- Utilisable : la navigation doit fonctionner au clavier, sans délais trop courts, sans pièges
- Compréhensible : le texte doit être lisible, la structure logique, les erreurs signalées clairement
- Robuste : le code doit être compatible avec tous les outils technologiques d’assistance (lecteurs d’écran, loupes, commandes vocales)
Selon la dernière enquête, seulement 40 % des sites publics français respectent les critères d’accessibilité du RGAA. Le nombre de sites e-commerce accessibles reste très faible (moins de 5 %), ce qui exclut des millions de clients potentiels.
Outils et solutions d’accessibilité pour les utilisateurs
Il existe plusieurs catégories de logiciels et dispositifs qui permettent aux personnes handicapées d’accéder au numérique.
Logiciels de lecture d’écran
Les lecteurs d’écran vocalisent tout ce qui s’affiche à l’écran. Les principaux sont :
- NVDA (gratuit, open-source) : compatible Windows, très populaire en France
- JAWS (payant) : pour Windows, très complet et personnalisable
- VoiceOver : intégré dans macOS et iOS d’Apple
- TalkBack : intégré dans Android
Une personne atteinte de cécité veut consulter sa facture d’électricité sur le site de son fournisseur. Elle active son lecteur d’écran NVDA. Si le site est bien accessible, NVDA annonce le contenu page par page. Si les images n’ont pas de texte descriptif, la personne entend « image » sans savoir ce qu’elle représente. Si le site n’est pas compatible clavier, elle ne peut pas cliquer sur les boutons.
Loupes et filtres numériques
Les personnes malvoyantes utilisent des logiciels qui agrandissent l’affichage ou modifient les couleurs :
- ZoomText : loupe logicielle pour Windows
- MAGic : magnification avec lecteur d’écran intégré
- Zoom natif (dans les paramètres Windows, macOS, navigateurs) : gratuit et simple
- Filtres de couleur : inversion (noir sur blanc), daltonisme (pour les personnes daltoniennes)
Commandes vocales
Les personnes en situation de handicap moteur utilisent la reconnaissance vocale pour contrôler l’ordinateur sans clavier ni souris :
- Dragon NaturallySpeaking : reconnaissance vocale très précise (payante)
- Windows Speech Recognition : gratuit, intégré dans Windows
- Google Assistant et Alexa : contrôle vocal sur téléphones et haut-parleurs
Claviers et souris adaptés
Pour les personnes ayant des troubles moteurs des mains :
- Claviers ergonomiques : réduisent les gestes répétitifs
- Contacteurs (ou switches) : boutons spécialisés qui ne nécessitent qu’un léger appui
- Trackballs : boules de commande plus faciles à manipuler qu’une souris
- Souris adaptées : réglables en taille, poids, sensibilité
Droits et recours des personnes handicapées sur internet
Toute personne handicapée a le droit d’exiger que les services en ligne soient accessibles. Si un site public ou un service essentiel (banque, assurance, e-commerce, santé) n’est pas accessible, la personne peut agir.
Un site public ou un service privatisé qui ne respecte pas l’accessibilité peut faire l’objet d’une plainte auprès du Défenseur des droits. Le délai de recours est de 3 ans à partir de la violation du droit d’accès. Il est recommandé de signaler le problème d’abord directement au responsable du site (contact disponible en bas de page).
Comment signaler une inaccessibilité ?
Si un site n’est pas accessible :
- Repérer le formulaire d’accessibilité sur le site (généralement en bas ou en haut de page)
- Décrire le problème rencontré de façon précise (exemple : « je ne peux pas agrandir le texte », « les vidéos n’ont pas de sous-titres »)
- Proposer un contenu alternatif si possible (exemple : demander la version PDF d’un document)
- Si pas de réponse sous 15 jours, saisir le Défenseur des droits
Ressources d’accompagnement
Plusieurs organismes aident les personnes handicapées à naviguer sur internet et à signaler les problèmes :
- Fédération des Aveugles et Amblyopes de France (FAF) : formation et accompagnement pour les personnes malvoyantes
- Institut National de l’Audiovisuel (INA) : guide d’accessibilité des médias audiovisuels
- BrailleNet : association spécialisée dans l’accessibilité numérique
- Maisons France Services : aide gratuite pour accéder aux services en ligne (voir gestion administrative au quotidien)
Les personnes en situation de mobilité réduite qui ont besoin d’aide pour accéder aux services en ligne peuvent aussi demander une aide à domicile (SAAD) ou une assistance administrative prise en charge par la MDPH ou d’autres organismes sociaux.
Accessibilité numérique au travail et mobilité professionnelle
Pour les personnes en situation de handicap qui travaillent ou cherchent un emploi, l’accessibilité numérique est essentielle.
Une personne reconnue travailleur handicapé peut demander :
- Un aménagement de poste informatique (écrans adaptés, claviers spécialisés, logiciels d’accessibilité)
- Une formation aux outils numériques de l’entreprise
- Un accompagnement en télétravail (mise en place d’outils accessibles, vérification de la compatibilité)
- Une aide au recrutement : les jobboards doivent être accessibles
L’employeur a l’obligation légale d’adapter le poste de travail à la personne handicapée, y compris sur le plan informatique. Le coût des adaptations peut être partiellement pris en charge par Cap Emploi ou l’AGEFIPH (fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées).
Vie numérique et scolarité
L’accessibilité numérique est aussi cruciale pour la scolarité et l’accès à l’éducation. Les élèves en situation de handicap ont le droit à :
- Des outils numériques adaptés (logiciels de dictée vocale, calculatrices parlantes, polices dyslexie-friendly)
- Des contenus numériques accessibles : manuels scolaires en format numérique accessible, énoncés d’examen adaptés
- Un accès aux ENT (Espaces Numériques de Travail) : ces plateformes scolaires doivent respecter les normes d’accessibilité
- Des aménagements aux examens incluant l’usage d’outils numériques (lecteur d’écran, clavier adapté, logiciel de synthèse vocale)
Ces droits sont détaillés dans le dossier complet sur les études supérieures avec handicap.
Inclusivité numérique : responsabilité des entreprises et organisations
Au-delà de l’obligation légale, l’accessibilité numérique est une question d’inclusion et de responsabilité sociétale.
Les organisations qui investissent dans l’accessibilité :
- Élargissent leur audience (les personnes handicapées représentent près de 20% de la population mondiale)
- Améliorent l’expérience pour tous (une vidéo sous-titrée aide aussi les utilisateurs en environnement bruyant)
- Réduisent les risques juridiques et les litiges
- Renforcent leur réputation et leur engagement social
Une boutique en ligne décide de rendre son site accessible. Elle ajoute des descriptions détaillées aux images produits, rend la navigation possible au clavier, augmente le contraste des textes. Résultat : elle attire de nouveaux clients (personnes malvoyantes, personnes en situation de handicap moteur), améliore son classement SEO et les retours clients augmentent.
L’essentiel à retenir
- L’accessibilité numérique est un droit : tous les services publics en ligne et les services essentiels doivent être accessibles aux personnes handicapées en France.
- Elle concerne tous les types de handicap : visuel, auditif, moteur, cognitif. Chacun a des besoins spécifiques (lecteurs d’écran, sous-titres, navigation au clavier, langage simple).
- Des outils existent : lecteurs d’écran gratuits (NVDA), loupes logicielles, commandes vocales, claviers adaptés. Les systèmes d’exploitation (Windows, macOS, Android, iOS) proposent des fonctions d’accessibilité intégrées et gratuites.
- Les personnes handicapées ont des recours : signaler une inaccessibilité directement au responsable du site, ou saisir le Défenseur des droits si pas de réponse.
- Au travail et à l’école : l’accessibilité numérique est un droit reconnu, et l’employeur ou l’établissement scolaire doit adapter les outils numériques.
- L’accessibilité bénéficie à tous : une vidéo sous-titrée aide aussi quelqu’un dans un endroit bruyant. Un texte bien structuré aide la dyslexie mais aussi les apprenants de langue étrangère.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quels logiciels gratuits permettent d'accéder à internet avec un handicap visuel ?
Le logiciel NVDA (lecteur d’écran) et le Zoom natif des navigateurs et systèmes d’exploitation sont gratuits et performants. NVDA fonctionne sur Windows et est très populaire. Les systèmes Apple (macOS, iOS) offrent VoiceOver intégré. Android propose TalkBack. Ces outils permettent de lire le texte à l’écran ou d’agrandir l’affichage.
Un site web n'est pas accessible. Que faire ?
D’abord, chercher un formulaire ou un lien de signalement d’accessibilité sur le site (généralement en bas de page). Y décrire le problème avec précision (exemple : « je ne peux pas envoyer le formulaire au clavier »). Si pas de réponse sous 15 jours, saisir le Défenseur des droits en ligne ou par courrier. Pour les sites publics, cela peut aboutir à une mise en demeure d’accessibilité.
L'accessibilité numérique coûte-t-elle cher à mettre en place ?
Non, pas toujours. Beaucoup de critères d’accessibilité demandent surtout une meilleure organisation du code HTML et du contenu, pas des investissements énormes. Cependant, auditer un site, former une équipe et corriger les problèmes prennent du temps et de l’expertise. Les petites structures peuvent obtenir des aides ou faire appel à des prestataires spécialisés. À long terme, l’accessibilité est un investissement rentable.
Puis-je obtenir une aide pour apprendre à utiliser les outils numériques si j'ai un handicap ?
Oui. Les Maisons France Services proposent des formations gratuites à l’informatique et à l’utilisation des services en ligne. Les personnes reconnues travailleur handicapé peuvent bénéficier de formations professionnelles adaptées via Cap Emploi ou Pôle Emploi. Les associations spécialisées (FAF pour les personnes malvoyantes, par exemple) proposent aussi des formations.
Qu'est-ce que le RGAA et comment ça fonctionne ?
Le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) est la norme française qui fixe 106 critères d’accessibilité pour les sites publics. Chaque critère correspond à une exigence (exemple : « chaque image doit avoir un texte alternatif »). Les organisations publiques doivent auditer leur site et publier un résultat (taux de conformité). Les non-conformités doivent être déclarées sur une déclaration d’accessibilité visible sur le site.
L'accessibilité numérique c'est aussi pour les vidéos ?
Oui, absolument. Une vidéo accessible doit avoir : des sous-titres (pour les personnes sourdes ou malentendantes), une audio-description (description vocale des images pour les personnes aveugles), un texte transcription (pour ceux qui ne peuvent pas regarder la vidéo) et une accessibilité du lecteur vidéo (contrôles clavier, etc.).
Si une plateforme en ligne n’est pas accessible ou si vous avez besoin de conseils pour adapter votre accès à internet, portail-handicap.fr peut vous accompagner. Contactez notre équipe pour discuter de votre situation.
Témoignages
— Thomas, 34 ans, atteint de cécitéFranchement c’est galère de naviguer sur certains sites.. j’utilise NVDA et ça marche bien sur les sites corrects mais y en a tellement qui sont juste inaccessibles. Des fois je peux pas faire mes démarches administratives en ligne et je suis obligé d’appeler. Je sais qu’il existe des droits mais j’ai pas le temps d’aller au Défenseur des droits à chaque fois.. ça serait tellement plus facile si tous les sites étaient accessibles dès le départ
— Nathalie, 48 ans, mère d'un enfant dyslexiqueMa fille doit faire ses devoirs sur l’ENT du collège mais le problème c’est que le site est pas du tout lisible pour elle.. les polices sont trop petites et les contrastes pas bons. J’ai dû acheter des logiciels payants pour contourner le problème. Portail-handicap m’a aidée à comprendre les droits qu’elle avait et j’ai fait un signalement à la MDPH. Ça commence à bouger mais c’est long.
— Pierre, 56 ans, travailleur handicapé en fauteuilDepuis que j’ai demandé un aménagement de mon poste informatique via Cap Emploi, ça change tout. J’ai une souris adaptée et un clavier ergonomique qui me font moins mal. Et mon entreprise a mis à jour le logiciel de gestion qui est devenu accessible au clavier. C’est con que ça ait pris autant de temps mais maintenant je peux travailler sans douleur et c’est déjà ça



