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Travailler avec un handicap visuel : guide complet des droits et aménagements

Exercer une activité professionnelle quand on dispose d’une vision réduite ou nulle demande des aménagements spécifiques, mais c’est tout à fait possible. L’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap visuel repose sur un cadre juridique protecteur et sur des solutions pratiques adaptées à chaque situation.

Cette page explique les droits du travailleur handicapé, les aménagements disponibles, les métiers accessibles et les dispositifs d’aide à l’emploi pour les personnes déficientes visuelles.

Droits du travailleur en situation de handicap visuel

La loi du 11 février 2005 garantit à la personne en situation de handicap l’égalité des droits et des chances, y compris dans l’accès à l’emploi. Un travailleur déficient visuel bénéficie de droits spécifiques qui lui permettent d’exercer une profession dans les meilleures conditions possibles.

La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH)

La RQTH est le statut administratif qui ouvre l’accès à tous les dispositifs d’aide à l’emploi pour les personnes en situation de handicap. Cette reconnaissance est attribuée par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de la MDPH, sur dossier.

Pour obtenir la RQTH, la personne déficiente visuelle doit constituer un dossier auprès de la MDPH comprenant :

  • Un certificat médical datant de moins de 3 mois
  • Un justificatif d’identité
  • Un justificatif de domicile
  • Un formulaire Cerfa complété
⚠️ Délai de réception : 4 à 6 mois

La MDPH dispose de 4 mois pour statuer sur la demande de RQTH. Pendant ce temps, la personne peut déjà commencer à rechercher un emploi et à consulter les services de Cap Emploi.

La RQTH est valable 5 ans et doit être renouvelée avant son expiration. Elle ne change rien au statut contractuel du salarié : un travailleur handicapé peut être en CDI, CDD ou contrat d’apprentissage.

RQTH et confidentialité

Obtenir la RQTH ne signifie pas que l’employeur doit être informé. La personne en situation de handicap conserve le contrôle total de cette information et peut choisir de la révéler ou non à son entreprise. Cependant, pour bénéficier de certains aménagements, il faut généralement informer l’employeur.

Obligation d’emploi et quotas

Les entreprises de 20 salariés ou plus doivent employer des personnes en situation de handicap à hauteur de 6 % de leur effectif total. Cette obligation d’emploi favorise l’intégration des travailleurs handicapés, y compris ceux déficients visuels.

⚖️ Article L. 5212-1 à L. 5212-13 du Code du travail

L’entreprise qui n’atteint pas le quota de 6 % doit verser une contribution annuelle au fonds de développement pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (FDITH), ou financer des actions de formation, d’adaptation ou de création d’emploi pour ces personnes.

Aménagements de poste pour une personne déficiente visuelle

L’aménagement du poste de travail est la clé de l’accès et du maintien en emploi pour un travailleur déficient visuel. Ces aménagements sont personnalisés selon le type et le degré de déficience visuelle, ainsi que selon le type d’emploi occupé.

Aides techniques et technologiques

Plusieurs catégories d’aides techniques permettent à une personne déficiente visuelle de travailler efficacement :

Aides optiques et électroniques

Les aides optiques permettent à la personne malvoyante d’utiliser au mieux sa vision restante. Ces dispositifs incluent :

  • Loupes électroniques grossissantes
  • Verres correcteurs spécialisés
  • Systèmes de vidéo-agrandissement (caméra + écran)
  • Lampes de travail spécifiques

Logiciels d’accessibilité informatique

Pour une personne aveugle, les logiciels d’accessibilité informatique sont essentiels. Les principaux outils incluent :

  • Lecteurs d’écran (NVDA gratuit, JAWS payant) : lisent à voix haute le contenu de l’écran
  • Logiciels de grossissement d’écran : augmentent la taille du texte et des icônes
  • Logiciels OCR (reconnaissance optique de caractères) : convertissent les documents papier en texte numérique
  • Convertisseurs de texte en braille : pour les personnes qui maîtrisent le braille
💡 Cas pratique : aménagement informatique d'un travailleur aveugle

Marc, 34 ans, travaille comme gestionnaire administratif dans une PME. Aveugle de naissance, il utilise NVDA (logiciel gratuit) pour accéder aux contenus numériques. Son employeur lui a fourni un écran en braille et un portable équipé de lecteurs d’écran. Avec ces aménagements, Marc effectue ses tâches sans difficultés majeure et a conservé son poste depuis 8 ans.

Aménagement physique de l’environnement

Au-delà des outils informatiques, l’environnement physique du travail doit être adapté :

  • Signalétique claire et contrastée (pour les malvoyants)
  • Accès sans obstacles physiques (rampes, escaliers) pour les personnes utilisant une canne blanche
  • Éclairage adapté aux besoins de la personne (plus ou moins intense selon le cas)
  • Guidance audio ou balisage tactile dans les espaces communs
  • Formation des collègues aux gestes utiles pour accompagner sans surprotéger
⚠️ Visite d'évaluation ergonomique

Un ergonome spécialisé dans le handicap visuel peut venir évaluer le poste de travail et proposer des aménagements spécifiques. Cette visite est souvent prise en charge par Cap Emploi ou l’AGEFIPH.

Aide humaine et tuteur

Dans certains cas, une aide humaine est nécessaire. Elle peut prendre plusieurs formes :

  • Assistant personnel : aide le travailleur pour des tâches ponctuelles ou régulières (lecture de documents, déplacements, classement papier)
  • Tuteur ou pair-aidant : salarié de l’entreprise affecté quelques heures par semaine pour faciliter l’intégration
  • Lecteur : lit à voix haute les documents ou courriers importants

Le coût de cette aide peut être pris en charge par l’AGEFIPH (Agence pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) ou par le fonds de compensation handicap de la MDPH.

Financement des aménagements : qui paie ?

Les aménagements de poste peuvent représenter un coût. Plusieurs sources de financement existent :

📊 Budget moyen d'un aménagement de poste

Un aménagement informatique complet (lecteur d’écran, écran braille, formations) coûte entre 3 000 € et 8 000 €. Cette somme peut être financée par l’AGEFIPH, l’entreprise, ou une combinaison des deux.

L’AGEFIPH (Agence pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées)

L’AGEFIPH est le principal financeur des aménagements de poste en secteur ordinaire de travail. Elle peut financer jusqu’à 100 % du coût des aides techniques et des services d’accompagnement pour un travailleur disposant d’une RQTH.

Pour en bénéficier, le travailleur handicapé doit :

  • Posséder une RQTH valide
  • Être accompagné par Cap Emploi ou un prestataire habilité
  • Présenter un projet professionnel réaliste et réalisable
Cap Emploi : l'allié du demandeur d'emploi handicapé

Cap Emploi est un réseau de structures publiques spécialisées dans le placement des travailleurs handicapés. Les conseillers Cap Emploi accompagnent gratuitement la personne dans sa recherche d’emploi, l’élaboration de son dossier AGEFIPH, et le suivi des aménagements.

Contribution de l’employeur

L’entreprise peut financer en partie ou en totalité les aménagements, notamment si elle dépasse le quota de 6 %. C’est un investissement pour l’intégration et le maintien en emploi de son salarié.

Métiers accessibles à une personne déficiente visuelle

Contrairement aux idées reçues, de nombreux métiers sont accessibles aux personnes en situation de handicap visuel. Tout dépend du type de travail, du niveau de formation et des aménagements mis en place.

Métiers administratifs et bureautiques

Les métiers de bureau sont très accessibles pour une personne déficiente visuelle disposant d’un poste informatique adapté :

  • Secrétaire ou assistant administratif
  • Gestionnaire de paie ou comptable
  • Gestionnaire de bases de données
  • Opérateur de saisie
  • Téléopérateur ou agent du centre d’appels

Métiers du conseil et du service

  • Conseiller clientèle
  • Formateur ou consultant (en e-learning ou en visioconférence)
  • Juriste ou avocat (avec aménagements informatiques)
  • Ressources humaines
  • Psychologue ou thérapeute (téléconsultation)

Métiers créatifs et intellectuels

  • Rédacteur ou journaliste (télétravail, dictée vocale)
  • Musicien (beaucoup de musiciens professionnels sont aveugles)
  • Programmeur informatique ou développeur web
  • Traducteur ou interprète
  • Chercheur ou universitaire
💡 Cas pratique : musicien aveugle

Sophie, 48 ans, est professeure de piano et compositrice. Aveugle depuis l’enfance, elle ne lit pas en braille musical mais travaille uniquement à l’oreille et par la mémoire. Elle a bénéficié d’une RQTH et son conservatoire a aménagé son poste : salles de cours dédiées, assistance pour la gestion administrative en ligne.

Métiers industriels et manuels

Les métiers manuels sont moins accessibles, mais pas impossibles. Des personnes en situation de handicap visuel travaillent dans :

  • Ateliers protégés ou entreprises adaptées (travail en environnement sécurisé et adapté)
  • Artisanat tactile (menuiserie, reliure, poterie quand c’est possible)
  • Massothérapie (qui peut être un avantage car l’aveugles développent généralement un toucher très fin)

Pour ces métiers, les entreprises adaptées jouent un rôle central en offrant un environnement de travail sécurisé et adapté aux capacités de chacun.

Chômage et allocations

Si une personne déficiente visuelle est au chômage, elle peut bénéficier d’allocations :

  • Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) : versée par Pôle Emploi si la personne a cotisé suffisamment
  • Allocation spécifique de solidarité (ASS) : pour les personnes qui n’ouvrent pas droit à l’ARE
  • Allocation aux adultes handicapés (AAH) : complément possible si le taux d’incapacité est supérieur à 50 %
Cumul possible : allocation + emploi partiel

Une personne en situation de handicap peut cumuler une allocation et des revenus d’activité, sous certaines conditions de ressources. Par exemple, une personne percevant l’AAH peut travailler à temps partiel et conserver tout ou partie de l’allocation. Cette règle facilite la reprise d’emploi progressive.

Maintien en emploi : prévention et suivi

Une personne qui a trouvé un emploi et souhaite le conserver doit mettre en place un suivi régulier :

  • Visite médicale annuelle avec le médecin du travail
  • Révision régulière de la RQTH avant son expiration
  • Évaluation des aménagements pour voir s’ils restent adaptés (surtout si la vision change avec le temps)
  • Dialogue régulier avec le responsable hiérarchique et les services RH

Si la vision se dégrade ou si l’emploi devient inadapté, il est possible de demander un aménagement supplémentaire ou une réorientation professionnelle. Cap Emploi et l’AGEFIPH continuent à accompagner le salarié après l’embauche.

⚠️ Signaler les difficultés rapidement

Si un aménagement ne fonctionne pas ou si les conditions de travail deviennent difficiles, il est important de le signaler rapidement au médecin du travail ou au responsable RH. Attendre que les problèmes s’aggravent complique le maintien en emploi.

Télétravail et handicap visuel

Le télétravail offre une flexibilité précieuse pour les travailleurs déficients visuels. À domicile, l’environnement peut être entièrement adapté à la vision de la personne : éclairage personnalisé, pas d’environnement physique à traverser, possibilité d’utiliser ses propres outils informatiques.

Cependant, le télétravail total peut poser des défis :

  • Isolement social et perte de lien avec les collègues
  • Difficulté à se former ou à obtenir des informations en temps réel
  • Problèmes techniques non résolus immédiatement

Le télétravail hybride (2-3 jours au bureau, 2-3 jours à domicile) est souvent la meilleure solution.

Ressources et accompagnement

Plusieurs structures accompagnent les travailleurs déficients visuels :

  • Associations spécialisées dans le handicap visuel : formation, orientation, conseil
  • Cap Emploi : accompagnement à la recherche d’emploi et gestion AGEFIPH
  • AGEFIPH : financement des aménagements de poste
  • Médecin du travail : évaluation de l’aptitude professionnelle et de l’aménagement
  • Maisons France Services : guichet unique pour accéder à tous les droits sociaux et les informations administratives
📞 Besoin d'aide pour vos démarches d'accès à l'emploi ?

Nos experts vous aident à constituer votre dossier RQTH, à comprendre les aides disponibles et à préparer votre insertion professionnelle.

L’essentiel à retenir

📌 Points clés : travailler avec un handicap visuel

  • La RQTH (Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé) est le sésame pour accéder à tous les dispositifs d’aide à l’emploi. Elle dure 5 ans.
  • L’aménagement de poste doit être personnalisé : aides techniques, logiciels, aides humaines, environnement physique adapté.
  • L’AGEFIPH finance jusqu’à 100 % des aménagements pour un travailleur disposant d’une RQTH, en partenariat avec Cap Emploi.
  • De nombreux métiers sont accessibles : administratif, conseil, créatif, intellectuel, certains métiers manuels en entreprise adaptée.
  • Le télétravail hybride offre une bonne flexibilité pour les travailleurs déficients visuels.
  • Cap Emploi et les associations spécialisées accompagnent avant, pendant et après l’embauche.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Un travailleur déficient visuel peut-il cacher son handicap à son employeur ?

Oui, techniquement la personne en situation de handicap peut choisir de ne pas mentionner sa déficience visuelle à l’employeur. Cependant, pour bénéficier d’aménagements (logiciels, aide humaine, agarophies d’horaires), il faut généralement en parler. Le secret peut être garde pendant une période probatoire, mais il faudra rapidement le révéler si des ajustements sont nécessaires. Beaucoup d’employeurs sont plus compréhensifs et aidants qu’on ne le pense.

Quel est le délai moyen pour obtenir une RQTH ?

La MDPH dispose de 4 mois à partir de la réception du dossier pour rendre sa décision. En pratique, le délai moyen est de 4 à 6 mois. Pendant ce temps, la personne peut déjà être inscrite à Pôle Emploi et accompagnée par Cap Emploi. Si la MDPH rejette la demande, on peut contester dans les 2 mois.

Un employeur peut-il refuser d'embaucher quelqu'un à cause de son handicap visuel ?

Non, c’est formellement interdit par la loi. Un employeur qui refuse une candidature « parce que la personne est aveugle » commet une discrimination au sens de la loi du 27 mai 2008. L’embauche doit reposer sur les compétences et l’aptitude à faire le travail, pas sur le handicap. Cependant, l’employeur peut exiger des aménagements réalisables dans les délais.

Qui paie les aides techniques (logiciels, lecteur d'écran, etc.) ?

L’AGEFIPH peut financer jusqu’à 100 % des coûts des aides techniques pour une personne disposant d’une RQTH. L’employeur peut aussi contribuer, notamment pour adapter physiquement le poste de travail. En cas de chômage, une demande d’aménagement peut être traitée par Pôle Emploi ou un partenaire (Cap Emploi).

Est-il possible de travailler à temps partiel tout en percevant des allocations ?

Oui, il est tout à fait possible de combiner un emploi à temps partiel avec l’AAH ou d’autres allocations, sous conditions de ressources. Chaque euro gagné n’entraîne pas une perte euro pour euro de l’allocation. Cette combinaison est même encouragée pour favoriser l’insertion progressive. Les revenus d’une activité réduite peuvent même augmenter le revenu total de la personne.

Quels aménagements sont prioritaires pour une personne aveugle qui commence un emploi de bureau ?

Les aménagements prioritaires sont : (1) un lecteur d’écran performant (NVDA gratuit ou JAWS), (2) une formation à ce logiciel, (3) idéalement un écran braille ou une barre braille si la personne maîtrise le braille, (4) une formation de l’équipe autour de l’accessibilité informatique. L’ergonomie du clavier et la qualité de l’éclairage sont aussi importantes.

Témoignages

Franchement j’aurais pas cru pouvoir bosser en tant que développeur étant aveugle, mais avec NVDA et un bon aménagement du poste c’est tout à fait possible. J’ai eu la RQTH sans problème et l’AGEFIPH a payé une grosse partie du matos. Mon employeur a été surpris au début mais maintenant on ne peut pas s’en passer. Ça fait 4 ans qu’on travaille ensemble.

— Julien, 29 ans, développeur informatique aveugle

Moi j’ai perdu la vue progressivement donc au départ j’ai essayé de cacher mon handicap à mon employeur. Grosse erreur ! J’ai galéré pendant des mois avant d’en parler. Une fois que j’ai révélé ma situation et obtenu la RQTH, les choses ont changé du jour au lendemain. On m’a aménagé un logiciel de grossissement d’écran adapté et une meilleure lampe. C’était simple mais j’aurais dû le dire plus tôt.

— Céline, 38 ans, malvoyante, assistante administrative

Ce qui m’a aidé c’est vraiment Cap Emploi. Mes conseillers Cap ont suivi tout le dossier AGEFIPH, négocié les aménagements avec l’employeur et ils continuent à venir nous voir même après mon embauche. C’est rassurant de savoir qu’il y a quelqu’un qui suit et qui peut intervenir si ça pose problème. La RQTH ça semblait compliqué au début mais avec de l’aide c’est faisable.

— Ahmed, 45 ans, père de deux enfants, consultants RH