Les personnes en situation de handicap ont les mêmes droits aux programmes de prévention et de dépistage que l’ensemble de la population. Pourtant, des obstacles matériels, administratifs ou liés à l’accessibilité les privent souvent de ces soins essentiels. Cette page explique comment accéder aux dépistages organisés (mammographie, colorectal, col de l’utérus) et aux bilans de santé adaptés, malgré le handicap.
Mettre en place un suivi médical régulier et participer aux programmes de prévention est une priorité pour prévenir les complications et améliorer la qualité de vie. Le handicap ne doit pas être un obstacle.
Droit aux dépistages : cadre légal et principes
La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées affirme le droit à l’accès aux soins sans discrimination. Les programmes de dépistage organisés (DPO) sont gratuits ou largement remboursés par l’Assurance maladie et financés par les autorités sanitaires.
Les programmes de dépistage organisés sont destinés à l’ensemble de la population. Les services de santé doivent mettre en œuvre les adaptations nécessaires pour garantir l’accès des personnes en situation de handicap.
Cependant, accéder à ces dépistages suppose une véritable accessibilité : locaux accessibles, personnel formé, matériel adapté, délais de rendez-vous flexibles. Malheureusement, ces conditions ne sont pas toujours réunies.
Les personnes en situation de handicap rapportent régulièrement : refus de donner un rendez-vous, locaux inaccessibles, délai d’attente trop long sans possibilité de s’asseoir, personnel ne sachant pas adapter l’examen, matériel inadapté (fauteuil roulant ne rentrant pas dans le cabinet, hauteur non réglable), crainte du praticien face au handicap, coût des adaptations.
Dépistage du cancer du sein : mammographie adaptée
Le dépistage du cancer du sein par mammographie concerne les femmes de 50 à 74 ans. Un courrier d’invitation est adressé tous les deux ans. Le programme est gratuit en France.
Environ 53 % des femmes de 50-74 ans participent au dépistage organisé en France. Pour les femmes en situation de handicap, ce taux est considérablement plus bas en raison des barrières d’accessibilité.
Les défis spécifiques pour les femmes en situation de handicap :
- Mobilité réduite : la femme en fauteuil roulant ne peut pas se tenir debout contre l’appareil de mammographie. Des centres proposent des tables réglables en hauteur et inclinables.
- Handicap auditif : le personnel doit communiquer clairement (lip-reading, interprète LSF) avant et après l’examen.
- Handicap intellectuel : la personne peut avoir besoin d’explications simplifiées et d’un accompagnant de confiance.
- Trouble anxieux ou TSPT : la mammographie provoque une angoisse chez certaines femmes. Un accompagnement bienveillant et une adaptation du contexte (praticienne de même genre, plus de temps) aident beaucoup.
- Douleur chronique : la compression de la mammographie peut être insupportable pour les femmes souffrant de douleurs neuropathiques ou musculosquelettiques.
Au moment de demander un rendez-vous, la femme peut signaler son handicap et expliquer ses besoins d’adaptation (matériel réglable, présence d’un accompagnant, praticienne de même sexe, plus de temps). Elle peut aussi contacter directement le centre de dépistage ou son médecin traitant pour demander les coordonnées d’un centre spécialisé en accueil adapté. Les maisons France Services et les cabinets accessibles peuvent l’aider à trouver une structure.
Une alternative ou un complément : l’IRM du sein peut être proposée en cas de contre-indication à la mammographie (douleur, impossibilité de se positionner, allergie à la compression). L’IRM est remboursée dans certains cas définis par la haute autorité de santé.
Dépistage du cancer colorectal
Le dépistage du cancer colorectal concerne les personnes de 45 à 74 ans. Il repose sur deux étapes : d’abord une analyse de sang occulte dans les selles (test FOBT), puis une coloscopie si le test est positif ou pour les personnes symptomatiques.
Les personnes en situation de handicap peuvent rencontrer des difficultés spécifiques :
- Mobilité très réduite ou trouble de la continence : la préparation de la coloscopie (prise de laxatifs puissants) peut être dangereuse ou impossible.
- Handicap auditif ou intellectuel : le personnel doit expliquer clairement les étapes et les implications de l’examen.
- Anxiety ou TSPT lié aux soins médicaux : la coloscopie est une procédure invasive ; une sédation et un accompagnement sont essentiels.
- Refus ou impossibilité de la part du praticien : certains gastro-entérologues refusent de réaliser une coloscopie chez une personne en situation de handicap complexe, par manque de formation ou par crainte.
Laurent, 62 ans, se déplace en fauteuil roulant depuis un accident vasculaire cérébral. Il reçoit son invitation pour le dépistage du cancer colorectal. En contactant son médecin traitant, celui-ci lui oriente vers un hôpital avec un service de gastro-entérologie adapté. Laurent peut bénéficier d’une sédation légère pour la coloscopie, d’un lit adaptable pour le positionnement, et d’un personnel sensibilisé. Le test permet de détecter un polype qui est retiré lors du même examen, évitant l’apparition d’un cancer.
Si la coloscopie est impossible ou dangereuse, d’autres tests existent : le test FIT (détection du sang invisible dans les selles) est moins invasif et peut suffire. Un scanner de dépistage (CT-colonographie) peut aussi être proposé. La personne peut demander une consultation multidisciplinaire réunissant son médecin généraliste, le gastro-entérologue et un spécialiste de son handicap pour trouver la meilleure approche.
Dépistage du cancer du col de l’utérus
Le dépistage du cancer du col de l’utérus s’adresse aux femmes de 25 à 65 ans par frottis cervical (test Pap) tous les trois ans, ou par test HPV tous les cinq ans.
Les femmes en situation de handicap peuvent rencontrer :
- Difficultés de positionnement : la position gynécologique peut être douloureuse ou impossible pour une femme en fauteuil roulant, atteinte de contractures ou de douleurs chroniques.
- Refus du praticien : certains gynécologues manquent de formation ou de confiance pour examiner une femme handicapée.
- Spasticité ou réflexes involontaires : le frottis peut déclencher des mouvements involontaires difficiles à gérer.
- Antécédents d’agression sexuelle ou de maltraitance : l’examen gynécologique peut raviver un traumatisme chez une femme en situation de handicap psychique.
Refuser un dépistage gynécologique au seul prétexte du handicap est discriminatoire. La femme a le droit de demander des aménagements : praticienne de même sexe, accompagnant autorisé, plus de temps, positionnement alternatif (demi-couchée plutôt que sur les étriers), lubrification généreuse, information claire sur les étapes de l’examen.
Certains centres de gynécologie pour femmes en situation de handicap (dans les grands hôpitaux) proposent une prise en charge spécialisée. Contacter un cabinet accessible ou une association de femmes handicapées peut aider à trouver le bon professionnel.
Bilans de santé adaptés et prévention globale
Au-delà des dépistages organisés ciblant le cancer, les personnes en situation de handicap bénéficient aussi de bilans de santé réguliers pour surveiller d’autres paramètres : tension artérielle, cholestérol, glucose, fonction rénale, dépistage de la dépression, évaluation de la nutrition, état dentaire.
Ces bilans peuvent être effectués lors d’une visite annuelle chez le médecin généraliste ou lors d’une consultation gériatrique pour les personnes vieillissantes.
Depuis 2022, l’Assurance maladie propose un bilan de santé à titre gratuit tous les trois ans aux personnes en affection longue durée (ALD) et en situation de handicap. Ce bilan peut inclure des analyses biologiques, un examen clinique complet et des recommandations d’adaptation.
La prévention commence aussi par des actes simples :
- Suivi dentaire régulier (voir santé bucco-dentaire et handicap)
- Vaccination à jour (grippe, pneumocoque, COVID-19)
- Activité physique adaptée, même mineure (voir kinésithérapie et handicap)
- Suivi nutritionnel si risque de malnutrition ou d’obésité
- Examen de vue régulier si perte de vision
- Bilan auditif si perte d’audition progressive
- Surveillance psychologique et prévention de la dépression (voir santé mentale et handicap)
Barrières à lever : accessibilité des centres de dépistage
Malgré le cadre légal, les personnes en situation de handicap font régulièrement face à des obstacles concrets qui compromettent leur accès aux dépistages :
- Inaccessibilité des locaux : escaliers, portes étroites, absence d’ascenseur, pas de WC adapté, parking absent ou loin de l’entrée.
- Délais d’attente trop longs : pas de chaise confortable, pas de toilettes à proximité, conditions attente stressantes (bruit, lumière).
- Personnel non formé : manque de sensibilisation au handicap, attitudes infantilisantes ou méfiantes, refus de prendre du temps.
- Matériel non adapté : table d’examen non réglable, pas de matériel de transfert, appareil de dépistage (mammographe, coloscope) incompatible avec le handicap.
- Coûts cachés : dépassements d’honoraires pour les adaptations, frais de transport en ambulance (moins remboursés qu’on le croit), frais d’accompagnant non pris en charge.
- Communication peu claire : absence de pictogrammes, d’audio-description, de version en langage facile, de traducteur LSF.
La personne a le droit de :
– Demander préalablement les adaptations nécessaires et ne pas se contenter d’un refus de la part du centre
– Être accompagnée d’une personne de confiance
– Prendre du temps, sans être pressée
– Demander des explications claires
– Refuser un examen non adapté et demander une orientation vers un autre centre
– Porter plainte si elle estime avoir subi une discrimination
Comment trouver un centre de dépistage adapté
Plusieurs ressources aident les personnes en situation de handicap à trouver un dépistage adapté :
- Médecin généraliste ou spécialiste : c’est l’interlocuteur clé. Il connaît les capacités d’adaptation du patient et peut orienter vers un centre de dépistage équipé et formé.
- Maison France Services : ces structures d’accueil distribuent de l’information sur les programmes de dépistage et orientent les personnes vers les ressources locales.
- Annuaire des cabinets accessibles : ce site recense les professionnels de santé engagés dans l’accueil adapté des personnes handicapées.
- Associations de patientes : les associations de femmes (si dépistage gynécologique) ou de patients atteints d’une maladie chronique disposent souvent de listes de praticiens bienveillants.
- Plateforme de coordination MDPH ou APA : la MDPH peut orienter vers des structures d’accueil spécialisées.
- Numéros nationaux : Cancer Info (0 800 940 939) est un numéro vert d’aide pour les dépistages du cancer ; l’équipe peut orienter les personnes handicapées.
Michèle, 58 ans, atteinte d’une sclérose latérale amyotrophique (SLA), se demande comment faire une mammographie sachant qu’elle ne peut plus se tenir debout. Elle contacte son médecin généraliste qui lui donne les coordonnées d’un centre de dépistage du sein en hôpital ayant une unité d’accueil pour personnes handicapées. Elle prend rendez-vous en mentionnant son handicap et ses besoins de positionnement allongée. Au jour du rendez-vous, l’équipe propose une table mammographe inclinable et elle réussit à faire son dépistage. Un contrôle est prescrit dans deux ans.
Suivi après un dépistage positif ou anormal
Si le résultat du dépistage est anormal ou positif, des examens complémentaires sont prescrits (biopsie, scanner, IRM, etc.). Il est crucial que la personne en situation de handicap bénéficie du même suivi que n’importe quel patient.
Les délais de prise en charge doivent être rapides. Si la personne ressent une discrimination ou une lenteur injustifiée, elle peut :
- Contacter le médiateur du centre de dépistage ou de l’hôpital
- Saisir la CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie) si elle estime que son droit à l’accès aux soins est bafoué
- Porter plainte auprès du procureur pour discrimination
- Se rapprocher d’une association de défense des droits des personnes handicapées
Prévention et mode de vie adaptés
Au-delà des dépistages organisés, la prévention repose aussi sur des habitudes de vie :
- Activité physique : même mineure, elle réduit le risque de cancer colorectal, de cancer du sein post-ménopause, de maladies cardiovasculaires. Une prise en charge en kinésithérapie peut proposer une activité adaptée.
- Nutrition équilibrée : limiter l’alcool, augmenter les fruits et légumes, réduire la consommation de viande rouge.
- Gestion du stress : la relaxation, la sophrologie ou la prise en charge psychologique aident à prévenir les facteurs de risque psychosomatiques.
- Suivi des facteurs de risque : hypertension, cholestérol, surpoids, diabète doivent être suivis régulièrement.
- Vaccination : la vaccination contre le papillomavirus (HPV) est recommandée jusqu’à 26 ans pour prévenir le cancer du col de l’utérus ; elle peut aussi être envisagée plus tardivement en consultation.
– Les personnes en situation de handicap ont exactement les mêmes droits aux dépistages (sein, colorectal, col) que la population générale
– Les centres de dépistage doivent être accessibles et proposer des adaptations (matériel réglable, personnel formé, plus de temps)
– Le refus d’un dépistage au seul motif du handicap est illégal et discriminatoire
– En cas de difficultés, le médecin généraliste, les maisons France Services et les associations peuvent aider à trouver un centre adapté
– La prévention inclut aussi l’activité physique, l’alimentation, le suivi psychologique et la vaccination
– Les délais de traitement des résultats anormaux doivent être les mêmes que pour les autres patients
Questions fréquentes
Questions fréquentes
La mammographie est-elle vraiment gratuite pour les femmes en situation de handicap ?
Oui, le dépistage du cancer du sein par mammographie est gratuit pour toutes les femmes de 50 à 74 ans, y compris celles en situation de handicap, dans le cadre du programme de dépistage organisé. Un courrier d’invitation est adressé tous les deux ans par la structure compétente (centre de prévention, centre de dépistage du cancer). Il peut y avoir des dépassements d’honoraires si des adaptations spéciales sont nécessaires (par exemple, table réglable, praticienne spécialisée), mais ce cas est rare. En cas de doute, contacter le centre de dépistage en amont pour clarifier les coûts.
Que faire si un centre refuse de me faire un dépistage à cause de mon handicap ?
C’est une discrimination, qui est interdite par la loi (loi du 11 février 2005). La personne peut : 1) demander au centre d’expliquer son refus par écrit ; 2) signaler le problème à son médecin généraliste ou à la maison France Services pour trouver un centre plus accueillant ; 3) saisir le médiateur de l’établissement de santé ; 4) adresser une réclamation à la CDAPH ou au procureur pour discrimination. Des associations de défense des droits peuvent aussi aider à constituer un dossier.
Puis-je être accompagné lors d'un dépistage ?
Oui, la personne a le droit d’être accompagnée par une personne de confiance (membre de la famille, aidant, ami) lors d’un dépistage. Cette personne peut être présente avant et après l’examen, et souvent pendant (selon les protocoles du centre). Elle ne doit pas être facturée supplémentairement.
Quelles sont les alternatives si la mammographie ou la coloscopie est impossible pour moi ?
Pour la mammographie : un scanner du sein (CT-mammographie) ou une IRM peut être proposée, bien que moins systématique. Pour la coloscopie : le test FIT (détection du sang occulte dans les selles) est une première étape non invasive. Un scanner de dépistage (CT-colonographie) ou une capsule endoscopique peut aussi être proposée. Le médecin ajustera la stratégie de dépistage en fonction des capacités et des souhaits de la personne.
Le dépistage gynécologique est-il obligatoire pour les femmes en fauteuil roulant ?
Non, aucun dépistage n’est obligatoire. Cependant, il est vivement recommandé pour prévenir un cancer du col de l’utérus. Si la position gynécologique est impossible, d’autres positionnements peuvent être envisagés (demi-couchée, latérale). Si le dépistage classique est vraiment impossible, une discussion avec le praticien sur les risques et bénéfices est nécessaire, et une surveillance accrue peut être proposée.
Combien coûte un dépistage adapté à mon handicap ?
Les programmes de dépistage organisés (sein, colorectal, col) sont gratuits. Cependant, si des adaptations spéciales sont nécessaires (table réglable, praticienne spécialisée, matériel particulier), des dépassements d’honoraires peuvent survenir selon le centre et la région. Il est important de poser la question avant le rendez-vous. Une mutuelle ou la Complémentaire santé solidaire (C2S) peut parfois couvrir ces surcoûts.
L’équipe portail-handicap.fr peut vous orienter vers les ressources locales et vous expliquer vos droits en matière d’accès aux dépistages.
Témoignages
— Claire, 54 ans, atteinte d'une arthrose cervicale sévèreFranchement j’avais peur de faire ma mammographie parce que ça fait mal quand j’incline la tête trop longtemps. J’ai appelé le centre de dépistage en expliquant mon problème et franchement je m’attendais à un refus.. mais non ! Ils m’ont dit qu’ils avaient une table réglable et que je pouvais venir avec ma fille. L’examen a pris un peu plus longtemps mais ça s’est bien passé. Faut pas hésiter à dire ses besoins avant d’y aller
— Thomas, 52 ans, en fauteuil roulant depuis 10 ansPour la coloscopie c’était compliqué.. le gastro que j’ai vu d’abord a dit « non c’est pas possible » juste comme ça. Mon médecin généraliste m’a trouvé un autre gastro à l’hôpital qui a accepté. Ils ont adapté le matériel et j’ai eu une sédation. Franchement c’était mieux que ce que je craignais. Et ils ont trouvé quelque chose qu’il faut surveiller donc c’est bien que j’aie persévéré
— Sophie, 38 ans, mère de deux enfants et handicap auditif profondComme je suis sourde, l’accès aux dépistages c’était compliqué avant. Maintenant je peux appeler avec mon interprète ou demander par mail avant.. les centres acceptent généralement d’avoir un interprète LSF sur place ou en visio. Ça change vraiment la donne quand tu te sens comprise et en sécurité pendant ton dépistage



