L’orthophonie est une discipline de santé essentielle pour de nombreuses personnes en situation de handicap. Elle intervient dans la correction et la compensation des troubles de la parole, du langage, de la voix et de la déglutition. Pour une personne handicapée, l’accès à l’orthophonie représente souvent un élément clé de sa prise en charge globale et de son inclusion sociale. Cet article détaille les indications, les modalités d’accès et les droits au remboursement.
Qu’est-ce que l’orthophonie et quand est-elle recommandée ?
L’orthophonie est une profession paramédicale encadrée par le code de la santé publique. L’orthophoniste (ou logopède) évalue et traite les troubles de la communication, du langage oral et écrit, de la voix, de l’articulation et de la déglutition.
Pour une personne en situation de handicap, l’orthophonie peut être indiquée dans plusieurs contextes :
- Handicap auditif : rééducation de la parole et du langage après la perte auditive ou implant cochléaire.
- Troubles du spectre de l’autisme (TSA) : aide à la communication fonctionnelle et à la pragmatique du langage.
- Infirmité motrice cérébrale (IMC) : travail sur la dysarthrie (troubles de l’articulation) et la déglutition.
- Troubles du langage et de l’apprentissage : dyslexie, dysorthographie, dysphasie.
- Handicap intellectuel : développement du langage fonctionnel et des capacités de communication.
- Traumatisme crânien ou accident vasculaire cérébral (AVC) : rééducation de l’aphasie et des troubles associés.
- Handicap moteur sévère : mise en place de systèmes de communication alternative et augmentée (CAA).
- Troubles de la voix : correction de la voix pathologique suite à un handicap.
L’orthophonie contribue directement à l’autonomie, à la participation sociale et à la qualité de vie de la personne handicapée. Elle est particulièrement importante chez l’enfant en situation de handicap pour soutenir les apprentissages scolaires et sociaux.
Un diagnostic et une prise en charge précoce des troubles de la communication augmente significativement les chances de compensation et d’amélioration. Pour un enfant handicapé, débuter l’orthophonie dès les premiers signes de trouble du langage favorise l’inclusion scolaire et sociale.
Comment accéder à l’orthophonie ?
La prise en charge en orthophonie suit plusieurs chemins selon le contexte et les besoins de la personne en situation de handicap.
Prescription médicale et parcours classique
L’accès à l’orthophonie commence par une prescription médicale. Un médecin généraliste, un pédiatre, un neurologue, un ORL ou tout autre spécialiste peut prescrire une prise en charge orthophonique. Cette prescription est obligatoire pour que les séances soient remboursées par l’Assurance Maladie.
Après la prescription, la personne handicapée ou sa famille contacte un orthophoniste libéral (exerçant en cabinet privé) ou accède à l’orthophonie en centre spécialisé ou établissement médico-social.
Les délais d’attente pour débuter une prise en charge orthophonique varient fortement selon les régions. En zones urbaines, les délais peuvent être de 2 à 6 mois. En zones rurales, l’accès à un orthophoniste peut être beaucoup plus difficile. Il est recommandé de chercher une prescription dès que possible et de mettre la personne sur liste d’attente rapidement.
Prise en charge en établissement ou service spécialisé
De nombreuses personnes en situation de handicap bénéficient d’une prise en charge orthophonique au sein d’établissements médico-sociaux : instituts d’éducation spécialisée (IES), services d’éducation spécialisée et de soins à domicile (SESSAD), unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS), etc.
Dans ces structures, l’orthophoniste fait partie de l’équipe pluridisciplinaire. La prise en charge est entièrement financée par les fonds publics (MDPH, collectivités, Assurance Maladie), et la personne n’avance aucun frais.
Découvrez comment accéder aux soins et à la santé en tant que personne handicapée et les dispositifs d’accompagnement disponibles.
Accès via la MDPH
Bien que l’orthophonie ne soit pas une aide directement financée par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), cette dernière joue un rôle important dans l’orientation. La MDPH peut recommander une prise en charge orthophonique dans le plan personnalisé de compensation du handicap (PPC) ou dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS) pour un enfant.
La MDPH coordonne également les différentes aides (allocation d’éducation de l’enfant handicapé — AEEH, prestation de compensation du handicap — PCH) qui peuvent financer partiellement l’orthophonie.
Financement et remboursement de l’orthophonie
Remboursement par l’Assurance Maladie
Les séances d’orthophonie prescrites par un médecin et réalisées par un orthophoniste agréé Assurance Maladie sont remboursées à 60 % du tarif de convention (tarif fixé par l’Assurance Maladie).
La personne en situation de handicap avance le prix de la consultation, puis se fait rembourser après envoi des justificatifs à sa caisse d’assurance maladie. Le montant remboursé dépend du tarif fixé et du taux de remboursement.
Le tarif de convention pour une séance d’orthophonie est généralement entre 20 € et 30 € selon le motif et la région. Remboursement Sécu : 60 %, soit environ 12 € à 18 € par séance. Le reste à charge est couvert par la complémentaire santé si la personne en dispose.
Couverture par la complémentaire santé
La plupart des contrats de complémentaire santé (mutuelles, assurances) couvrent une partie du reste à charge après remboursement Sécu. Certains contrats proposent une couverture généreuse de l’orthophonie, d’autres limitent le nombre de séances ou le montant annuel pris en charge.
Une personne handicapée à faibles ressources peut bénéficier de la Complémentaire Santé Solidaire (C2S), qui couvre le reste à charge et évite l’avance de frais.
Avant de débuter une prise en charge orthophonique, il est recommandé de vérifier auprès de sa complémentaire santé : le nombre de séances couvertes par an, le montant remboursé par séance, et les éventuelles conditions (dépassements tarifaires, franchises, délais de carence).
Financement par la MDPH : aide à l’accompagnement ou frais de fonctionnement
L’orthophonie suivie à titre personnel n’est pas directement financée par la MDPH. Cependant, la MDPH peut financer des heures d’aide humaine ou des prestations de compensation du handicap (PCH) qui permettent de payer partiellement une prise en charge orthophonique privée.
Pour les enfants scolarisés, la MDPH finance l’intervention d’orthophonistes dans le cadre du projet personnalisé de scolarisation (PPS), notamment via les services d’aide à l’inclusion scolaire.
Accès gratuit en établissement spécialisé
Lorsque la personne en situation de handicap est prise en charge dans un établissement médico-social (ESAT, IME, SESSAD, ULIS, etc.), l’orthophonie y est gratuite et incluse dans la prise en charge globale. Les frais sont payés par l’établissement et financés sur ses dotations (État, collectivités, CNSA).
Un enfant en situation de handicap auditif suit une rééducation orthophonique après implantation cochléaire. Sa mère contacte un orthophoniste libéral avec la prescription du médecin ORL. Le coût de chaque séance est 25 €. L’Assurance Maladie rembourse 60 %, soit 15 €. La mutuelle couvre 8 € supplémentaires (selon le contrat). Le reste à charge est 2 € par séance. Si l’enfant suit 2 séances par semaine pendant 6 mois (52 séances), le coût total avancé par la famille sera réduit au maximum. Si la famille avait la C2S, elle n’avancerait aucun frais (prise en charge à 100 %).
Droits et reconnaissance de la prise en charge orthophonique
Prise en charge au titre du handicap
L’orthophonie est reconnue comme un soin et une aide à la compensation du handicap par la loi du 11 février 2005. Elle entre dans les droits fondamentaux de la personne en situation de handicap.
« Constitue un handicap toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de la santé invalidant. »
La personne en situation de handicap a le droit à une compensation du handicap, y compris par l’accès aux soins et à la rééducation (orthophonie).
Durée et renouvellement de la prise en charge
Une prescription orthophonique est valable 3 mois à compter de sa date d’émission. Pendant cette période, l’orthophoniste peut prescrire un bilan orthophonique et jusqu’à 60 séances de rééducation.
Après les 60 séances, il faut une nouvelle prescription médicale pour continuer la prise en charge. Cette demande de renouvellement doit se faire auprès du médecin prescripteur, qui évalue si la poursuite du traitement est justifiée au regard de la progression et des besoins de la personne en situation de handicap.
Pour un enfant ou un adulte handicapé ayant une prise en charge au long cours, les prescriptions sont renouvelées régulièrement (généralement une fois par an ou selon les besoins).
Une interruption dans la prise en charge orthophonique peut entraîner une régression, notamment chez l’enfant. Il est important de demander le renouvellement de la prescription avant la fin des 3 mois ou des 60 séances, pour éviter une rupture dans le parcours de soins. Une demande anticipée au médecin prescripteur garantit la continuité.
Difficultés d’accès et solutions
Manque d’orthophonistes et délais d’attente
L’une des principales difficultés pour une personne en situation de handicap est l’accès limité aux orthophonistes, particulièrement en zones rurales ou en périphérie urbaine. Les délais d’attente peuvent atteindre 6 mois à 1 an.
Pour pallier cette difficulté :
- Contacter plusieurs orthophonistes : certains peuvent avoir des délais plus courts ou proposer des aménagements.
- Explorer les services spécialisés : un établissement médico-social ou un SESSAD peut proposer une prise en charge immédiate.
- Demander une prise en charge en établissement : via la MDPH, orienter la personne vers une structure qui propose l’orthophonie intégrée.
- Télémédecine et téléorthophonie : certains orthophonistes proposent des consultations à distance, ce qui peut réduire les délais et améliorer l’accessibilité.
- Solliciter l’aide d’une assistante sociale : celle de la MDPH ou du centre médico-social peut aider à trouver une solution rapide.
La téléconsultation orthophonique s’est développée depuis la crise sanitaire. Elle permet à une personne en situation de handicap d’accéder à un orthophoniste sans se déplacer, réduisant ainsi les délais. Cependant, elle ne peut pas remplacer entièrement le suivi en présentiel pour certaines prises en charge nécessitant une interaction directe. Pour en savoir plus sur les outils numériques, consultez notre guide sur la télémédecine et handicap.
Accessibilité des cabinets d’orthophonistes
Une personne en situation de handicap moteur ou sensoriel doit pouvoir accéder facilement au cabinet de l’orthophoniste. Avant de prendre rendez-vous, il est recommandé de vérifier :
- L’accessibilité en fauteuil roulant (ascenseur, rampe, toilettes adaptées).
- Les aménagements pour les personnes malentendantes ou sourdes (boucle magnétique, interprète LSF).
- La possibilité de séances à domicile si le déplacement n’est pas possible.
- Les horaires d’ouverture adaptés (certains orthophonistes pratiquent le soir ou le samedi).
Orthophonie et scolarité
Pour un enfant en situation de handicap, l’orthophonie à l’école est souvent cruciale. Elle peut être intégrée dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS) et financée par l’établissement ou le service d’aide à l’inclusion scolaire.
L’orthophoniste intervient en étroite collaboration avec l’enseignant et l’aide à l’inclusion scolaire (anciennement AVS, maintenant AESH) pour garantir une scolarité inclusive. Découvrez également notre article sur les droits et démarches pour la scolarité en situation de handicap.
Un enfant dysphasique est scolarisé en classe ordinaire avec un PPS. L’orthophoniste intervient 1 heure par semaine à l’école pour travailler le langage et favoriser les interactions avec les camarades. Cette prise en charge est financée par le budget de l’école. L’orthophoniste coordonne également avec l’AESH et l’enseignant pour adapter les apprentissages scolaires aux capacités de communication de l’enfant. Ce suivi intégré favorise la réussite scolaire et l’inclusion sociale.
Liens utiles et ressources
Pour approfondir, consultez :
- L’article complet sur la santé et les soins pour les personnes handicapées.
- Notre guide sur l’accessibilité et les aides techniques.
- Les informations sur la scolarité et la formation en situation de handicap.
- La page dédiée à la vie des aidants et proches.
L’essentiel à retenir
- Prescription obligatoire : l’orthophonie doit être prescrite par un médecin pour être prise en charge.
- Indications variées : troubles du langage, handicap auditif, autisme, handicap moteur, traumatisme cérébral.
- Remboursement Sécu à 60 % : complété par la complémentaire santé ou la C2S pour éviter les frais.
- Accès en établissement gratuit : les enfants en ULIS, SESSAD ou IME bénéficient d’orthophonie gratuite.
- Délais d’attente variables : de 2 à 12 mois selon la région. La télésanté peut raccourcir les délais.
- Renouvellement tous les 3 mois : une nouvelle prescription est nécessaire après 60 séances ou 3 mois.
- Importance pédagogique : l’orthophonie à l’école favorise l’inclusion scolaire et sociale.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
L'orthophonie est-elle prise en charge pour tous les handicaps ?
Non. L’orthophonie est indiquée pour les troubles de la communication et du langage : handicap auditif, troubles du spectre de l’autisme, infirmité motrice cérébrale, dyslexie, dysphasie, handicap intellectuel, AVC, traumatisme crânien. Un médecin doit évaluer l’indication et émettre une prescription. Tous les handicaps ne nécessitent pas une prise en charge orthophonique.
Combien coûte une séance d'orthophonie ?
Le tarif de convention est environ 20 € à 30 € par séance. L’Assurance Maladie rembourse 60 %, soit 12 € à 18 €. La complémentaire santé couvre une partie du reste. Avec la C2S (Complémentaire Santé Solidaire), la personne n’avance aucun frais (remboursement à 100 %). En établissement spécialisé, l’orthophonie est gratuite.
Quel est le délai d'attente moyen pour débuter une orthophonie ?
Les délais varient fortement selon la région et la densité d’orthophonistes. En zones urbaines, comptez 2 à 6 mois. En zones rurales, jusqu’à 12 mois. Pour réduire les délais : mettre en place une demande auprès de plusieurs orthophonistes, explorer les services spécialisés (SESSAD, ULIS), ou opter pour la télésanté.
L'orthophonie est-elle gratuite en établissement spécialisé ?
Oui. Dans les établissements médico-sociaux (ESAT, IME, SESSAD, ULIS), l’orthophonie est financée par l’établissement et gratuite pour la personne. Les frais sont couverts par les dotations publiques et l’Assurance Maladie.
Comment demander une prise en charge orthophonique via la MDPH ?
La MDPH ne finance pas directement l’orthophonie, mais elle peut orienter vers des services spécialisés qui la proposent. La MDPH peut aussi financer de l’aide humaine ou de la PCH qui permettent de payer une prise en charge privée. Pour cela, lors de la demande à la MDPH, mentionner le besoin d’orthophonie dans le projet de vie et joindre la prescription médicale.
Peut-on poursuivre une orthophonie après 60 séances ?
Oui, mais une nouvelle prescription médicale est nécessaire. Après 60 séances ou 3 mois, le médecin prescripteur doit émettre une nouvelle prescription après évaluation de la progression. Les renouvellements peuvent être fréquents selon les besoins (enfant en développement, rééducation longue).
Besoin d’aide pour vos démarches ?
Vous avez des questions sur l’accès à l’orthophonie, le financement ou les aides disponibles ? L’équipe de portail-handicap.fr peut vous orienter et vous accompagner dans vos démarches. N’hésitez pas à nous contacter.
Témoignages
— Sophie, 41 ans, mère d'une enfant autisteHonnêtement on a galéré pour trouver une orthophoniste pour notre fille. La prescription du pédiatre était facile mais l’attente chez les orthophonistes c’était 8 mois minimum dans notre ville. Au final on a trouvé une prise en charge via le SESSAD rattaché à l’école, c’est gratuit et franchement c’est mieux parce que l’orthophoniste travaille directement avec les profs. Depuis notre fille progresse vraiment en communication.
— Marc, 56 ans, en rééducation après AVCAprès mon AVC j’avais une aphasie, j’arrivais plus à parler comme avant. L’orthophonie c’était intense, 3 fois par semaine pendant 6 mois. Heureusement ma mutuelle couvrait les séances, j’avais rien à débourser. Sans cette prise en charge je serais resté bloqué. Aujourd’hui j’arrive à converser à peu près normalement même si y a encore des mots qui me bloquent.
— Julie, 34 ans, parent d'un enfant dyslexiqueOn nous a dit que la dyslexie de notre fils était grave et qu’il aurait besoin d’orthophonie intensive. Bon on a contacté plusieurs orthophonistes, les délais c’était fou, 10 mois minimum. Du coup on a demandé à la MDPH si c’était possible d’avoir de l’aide et franchement les gens de la MDPH ont été super, ils nous ont orientés vers un service spécialisé qui fait aussi de l’orthophonie. L’attente était de 2 mois seulement. Portail-handicap.fr nous a vraiment aidés à comprendre comment ça marche, merci !



