Un IME (Institut Médico-Éducatif) est un établissement spécialisé accueillant les enfants et adolescents présentant un handicap intellectuel ou une déficience mentale. Contrairement à l’école ordinaire, l’IME combine l’éducation spécialisée, la prise en charge médicale et le développement des compétences sociales et professionnelles. Cet établissement joue un rôle central dans le parcours éducatif et l’insertion sociale des jeunes en situation de handicap.
Ce guide explique le fonctionnement d’un IME, les conditions d’admission, les démarches pour obtenir une orientation et les droits de la personne accueillie.
Qu’est-ce qu’un IME ?
L’IME est un établissement médico-social qui accueille les enfants et adolescents présentant une déficience intellectuelle, troubles du développement ou un polyhandicap. Cet établissement propose une prise en charge complète associant :
- L’éducation spécialisée : apprentissages adaptés au rythme et aux capacités de chaque enfant
- Les soins médicaux et paramédicaux : suivi médical, kinésithérapie, orthophonie, psychologie
- Le développement des compétences : autonomie, socialisation, pré-professionnalisation
- L’accompagnement social : travail avec la famille et les partenaires sociaux
L’IME n’est pas une école comme les autres. Bien que certains IME disposent d’une section d’éducation générale, l’objectif principal est l’accompagnement global et l’éducation spécialisée, pas seulement les apprentissages académiques. L’équipe pluridisciplinaire (éducateurs, médecins, kinésithérapeutes, assistants sociaux) travaille ensemble pour développer l’autonomie et les capacités sociales de chaque enfant.
À quel âge peut-on entrer en IME ?
L’accueil en IME concerne généralement les enfants et adolescents de 3 à 20 ans, selon les établissements. L’orientation est décidée en fonction du taux d’incapacité, du type de handicap et des besoins éducatifs et médicaux identifiés.
Il existe aussi des services annexes :
- Les SESSAD (Services d’Éducation Spécialisée et de Soins À Domicile) pour les enfants intégrés en scolarisation milieu ordinaire mais nécessitant une prise en charge spécialisée
- Les ITEP (Instituts Thérapeutiques, Éducatifs et Pédagogiques) pour les enfants avec troubles du comportement
- Les foyers d’accueil pour les adolescents proches de l’âge adulte, en préparation à l’insertion professionnelle
Un IME accueille généralement entre 50 et 100 enfants et adolescents, avec une équipe multidisciplinaire d’environ 30 à 50 professionnels (éducateurs, médecins, paramédicaux, assistants sociaux).
Comment obtenir une orientation en IME ?
L’orientation en IME est une décision formelle de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). La démarche se déroule en plusieurs étapes :
Étape 1 : Constitution du dossier MDPH
La famille doit déposer un dossier auprès de la MDPH du département de résidence. Ce dossier doit contenir :
- Formulaire MDPH rempli
- Certificat médical de moins de 3 mois (détaillant le handicap, le taux d’incapacité, les besoins)
- Photocopie de la pièce d’identité
- Justificatif de domicile
- Rapports scolaires ou éducatifs existants (bilan psychologique, évaluations)
- Lettre de demande d’orientation en IME (optionnelle mais recommandée)
Le certificat médical doit être rempli par un médecin spécialisé (pédiatre, médecin psychiatre ou neurologue). Il doit préciser le diagnostic, le taux d’incapacité fonctionnelle et justifier le besoin d’accompagnement spécialisé en établissement. Un certificat insuffisamment détaillé peut entraîner un refus ou un délai.
Étape 2 : Instruction par l’équipe pluridisciplinaire MDPH
L’équipe de la MDPH examine le dossier et peut demander des compléments d’information ou organiser une rencontre avec la famille. Cette étape dure généralement 2 à 4 mois.
Étape 3 : Décision de la CDAPH
La CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) rend une décision d’orientation. Elle peut :
- Accorder une orientation en IME
- Proposer une autre structure (ITEP, SESSAD, scolarisation ordinaire avec accompagnement)
- Refuser l’orientation si le handicap n’est pas jugé compatible avec l’accueil en IME
Léa, 7 ans, présente une déficience intellectuelle modérée et des difficultés de comportement. Sa famille demande une orientation en IME car la scolarisation en classe ordinaire avec AESH ne suffit plus. Le médecin scolaire rédige un certificat médical détaillé, la famille constitue le dossier MDPH et le dépose 2 mois avant la rentrée. Après 3 mois d’instruction, la CDAPH accorde l’orientation. L’IME proposé a une place disponible et Léa est accueillie au semestre suivant.
Droits et statut de l’enfant en IME
L’enfant accueilli en IME bénéficie de droits spécifiques :
- Droit à l’éducation et la formation : enseignement adapté dispensé à l’établissement ou en partenariat avec une école ordinaire
- Droit aux soins : accès gratuit à l’équipe médicale et paramédicale de l’IME
- Droit au projet personnalisé : élaboration d’un PPA (Plan Personnalisé d’Accompagnement) avec la famille
- Droit à l’allocataire AEEH : perception possible de l’AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé) pendant la scolarité
- Droit au transport : transport assuré par la collectivité (département ou région selon les modalités)
- Droit à la participation familiale : implication des parents dans les décisions concernant l’enfant
« Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou trouble de santé chronique. »
Frais de scolarité et financement de l’IME
L’accueil en IME est entièrement gratuit pour la famille. Les frais sont financés par :
- Les collectivités (département pour l’IME, région pour le transport)
- L’assurance maladie via l’Agence Régionale de Santé (ARS)
- Éventuellement la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) pour les soins)
Cependant, certains frais peuvent rester à la charge des familles :
- Frais de demi-pension ou restauration (environ 3 à 5 € par repas)
- Frais de sorties pédagogiques ou activités extra-scolaires
- Frais d’hygiène ou de vêtements selon les conditions d’accueil
Les familles en difficulté financière peuvent demander une aide auprès du Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) ou auprès des assistantes sociales de la MDPH ou de l’IME pour alléger les frais supplémentaires. Certaines collectivités proposent aussi des aides ponctuelles.
Scolarité et formation professionnelle en IME
L’IME assure une scolarité adaptée aux capacités et aux besoins de chaque enfant. Le cursus comprend :
Cycle éducatif (6-14 ans)
Formation générale adaptée : français, mathématiques, sciences, histoire-géographie, éducation physique et artistique. Les apprentissages privilégient l’autonomie et les compétences sociales plutôt que les apprentissages académiques traditionnels.
Cycle pré-professionnel (14-20 ans)
À partir de 14 ans, l’enfant accède à une formation pré-professionnelle incluant :
- Découverte professionnelle et initiation à différents métiers
- Ateliers (cuisine, jardinage, menuiserie, secrétariat, nettoyage, etc.)
- Stages d’immersion en entreprise (2 à 3 jours par semaine)
- Développement des compétences pratiques et du savoir-être
À l’issue de la formation IME (généralement vers 20 ans), l’adolescent peut accéder à :
- Un ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) pour une activité professionnelle encadrée
- Un foyer occupationnel pour les jeunes sans capacité de travail
- Le marché du travail ordinaire grâce à un accompagnement et un aménagement adapté
L’accueil en IME s’arrête généralement à 20 ans. La famille doit commencer à préparer l’après-IME à partir de 18 ans, en travaillant avec l’équipe de l’établissement sur l’orientation vers un ESAT, un foyer ou le milieu professionnel ordinaire. Cette transition doit être planifiée sans attendre les derniers mois.
Vie quotidienne et activités en IME
Une journée type en IME est structurée autour d’activités éducatives, thérapeutiques et de loisirs :
- Accueil et rituel du matin : établissement d’une routine rassurante
- Activités éducatives en groupe : français, math, découverte du monde
- Ateliers spécialisés : art, musique, motricité, vie pratique
- Soins et thérapies : rendez-vous avec kinésithérapeute, orthophoniste, psychologue
- Pause méridienne et repas : apprentissage de l’autonomie alimentaire
- Activités de loisirs et détente : jeux, sports, sorties culturelles
- Accueil en fin de journée : transmissions parents-éducateurs
Certains IME proposent aussi l’accueil en internat (4 à 5 nuits par semaine) pour les enfants habitant trop loin. Le coût de l’internat reste gratuit mais comprend un repas supplémentaire.
Trouver un IME et les délais d’attente
Une fois l’orientation accordée par la CDAPH, l’affectation à un IME spécifique dépend de :
- La disponibilité de places
- La proximité géographique
- La spécialité de l’IME (handicap mental, déficience intellectuelle, polyhandicap, etc.)
- Les besoins spécifiques de l’enfant
Malheureusement, les délais d’attente pour intégrer un IME sont souvent longs (plusieurs mois à plus d’un an) en raison du manque de places. Pendant cette période, la famille peut :
- Maintenir un accompagnement via SESSAD ou AESH mutualisé
- Consulter la liste des IME disponibles auprès de la MDPH
- Accepter un accueil dans un IME plus éloigné si nécessaire
- Consulter les associations spécialisées pour connaître les établissements alternatifs
Selon les régions, le délai d’attente moyen est de 6 à 18 mois après l’attribution de l’orientation MDPH. Les IME situés en région parisienne et grandes agglomérations ont généralement des délais plus longs.
Recours et contestation en cas de refus
Si la CDAPH refuse l’orientation en IME, la famille dispose de droits pour contester cette décision :
Recours amiable (2 mois)
Adresser une lettre recommandée à la CDAPH demandant une nouvelle réunion pour discuter de la décision. Joint au courrier, un mémoire expliquant pourquoi l’orientation en IME est nécessaire, appuyé par des éléments nouveaux (certificat médical plus complet, avis d’experts, etc.).
Recours hiérarchique (2 mois)
Si le recours amiable échoue, adresser une demande à la MDPH pour une nouvelle instruction par un médecin ou expert indépendant.
Recours contentieux
En dernier recours, saisir le Tribunal Administratif pour contester la légalité de la décision. Ce recours doit être engagé dans les 2 mois suivant la notification du refus définitif. Une aide juridique gratuite peut être obtenue auprès de associations spécialisées ou services d’aide juridique.
Avant de contester une décision, il est judicieux de consulter les éducateurs de l’IME demandé ou les associations spécialisées (Unapei, Apajh, etc.) pour mieux comprendre les critères d’admission et renforcer le dossier. Souvent, un accompagnement spécialisé dans la constitution du dossier augmente les chances de succès.
IME et inclusion scolaire
Bien que l’enfant soit accueilli à l’IME, certains IME permettent une scolarité partagée : l’enfant passe une partie de la semaine à l’IME et une autre partie en classe ordinaire d’une école voisine, avec accompagnement d’un AESH.
Cette formule offre plusieurs avantages :
- Inclusion sociale progressive
- Apprentissages académiques renforcés
- Construction d’une identité scolaire plutôt qu’uniquement « établissement spécialisé »
- Socialisation avec des pairs non handicapés
Cependant, ce dispositif dépend de la capacité de l’enfant et des ressources de l’IME et de l’école partenaire. À en discuter avec l’équipe lors de l’élaboration du PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation).
L’essentiel à retenir
- L’IME est un établissement médico-social combinant éducation, soins et développement social pour les enfants en situation de handicap intellectuel
- L’orientation en IME se fait via demande MDPH auprès de la CDAPH après constitution d’un dossier complet
- L’admission dépend du taux d’incapacité, du type de handicap et des besoins identifiés
- L’accueil est entièrement gratuit ; seuls certains frais supplémentaires (repas, sorties) peuvent rester à la charge des familles
- La scolarité en IME comprend un cycle éducatif (6-14 ans) puis un cycle pré-professionnel (14-20 ans)
- À partir de 20 ans, l’enfant doit accéder à un ESAT, un foyer occupationnel ou le marché du travail ordinaire
- Les délais d’attente pour intégrer un IME sont souvent longs ; une scolarisation ou accompagnement temporaire peut être maintenu
- En cas de refus, il est possible de contester auprès de la MDPH ou du tribunal administratif
Notre équipe accompagne les familles dans l’orientation en IME, la constitution du dossier MDPH et la défense des droits. N’hésitez pas à nous solliciter.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un IME et un ITEP ?
L’IME accueille les enfants présentant une déficience intellectuelle ou un handicap mental, tandis que l’ITEP (Institut Thérapeutique, Éducatif et Pédagogique) accueille les enfants ayant des troubles du comportement, trouble émotionnel ou des troubles neuro-développementaux sans déficience intellectuelle associée. Les deux proposent une éducation spécialisée, mais l’ITEP privilégie davantage la pédagogie thérapeutique et l’accès aux apprentissages scolaires.
L'enfant reçoit-il des cours à l'IME ?
Oui. L’IME dispense une éducation générale adaptée en français, mathématiques, sciences et autres matières. Cependant, l’accent est mis sur l’autonomie, les compétences sociales et la pré-professionnalisation plutôt que sur les apprentissages académiques classiques. Certains IME proposent aussi une scolarisation combinée avec une école ordinaire.
Peut-on changer d'IME pendant la scolarité ?
Oui, il est possible de demander un changement d’IME si l’établissement actuel ne correspond plus aux besoins de l’enfant. Une nouvelle demande doit être adressée à la MDPH avec justification. Le changement peut prendre plusieurs mois selon les disponibilités de places.
Que se passe-t-il après l'IME à 20 ans ?
À l’issue du cursus IME, l’adolescent peut accéder à un ESAT (travail en milieu protégé), un foyer occupationnel (activités de jour sans travail), ou être orienté vers le marché du travail ordinaire avec accompagnement. Cette transition doit être préparée dès 18 ans en collaboration avec l’équipe de l’IME.
Comment obtenir une orientation en IME plus rapidement ?
Pour accélérer l’accueil en IME, il est conseillé de constituer un dossier MDPH très complet avec certificat médical détaillé, avis d’experts, rapports scolaires. Lors de la commission MDPH, la famille peut aussi demander une priorité d’orientation justifiée par les difficultés actuelles. Certains IME ont des listes d’attente plus courtes que d’autres.
L'enfant peut-il garder le contact avec ses camarades de classe ordinaire depuis l'IME ?
Oui. Bien que l’enfant soit accueilli à l’IME, certains établissements encouragent des activités sociales partagées (sorties, anniversaires, etc.) avec les pairs de la classe ordinaire précédente. De plus, certains IME proposent une scolarité hybride avec intégration partielle en classe ordinaire.
Témoignages
— Sophie, 41 ans, maman de Thomas (12 ans)Franchement c’est un soulagement quand on a enfin eu l’orientation en IME pour Thomas. À l’école ordinaire avec juste l’AVS, c’était pas suffisant, il était trop perdu. En IME depuis 2 ans, il a vraiment progressé, il est plus autonome, il a des copains. Les éducateurs sont super avec lui et puis le suivi médical c’est régulier, pas comme avant. Bon les délais c’était long hein, mais maintenant on voit clairement que c’était la bonne décision.
— Marc, 55 ans, père d'une adolescente de 16 ans en IMEMon IME ils font vraiment du boulot, ma fille elle est en cycle pré-professionnel maintenant et elle apprend un métier. Y’a des ateliers en boulangerie, en ménage, des trucs comme ça. Elle fait aussi des stages en entreprise deux fois par semaine. On sait que ça sera pas un travail classique mais au moins elle aura une activité et un vrai projet. Les éducateurs ils nous tiennent au courant de tout, c’est du vrai suivi.
— Céline, 38 ans, assistante socialeJ’accompagne des familles dans leurs demandes d’orientation IME. Le point le plus important c’est le certificat médical vraiment bien rempli. Y’a trop de dossiers qui sont refusés ou retardés juste parce que le médecin n’a pas bien expliqué le handicap et pourquoi l’IME était nécessaire. J’explique toujours aux parents de bien travailler avec leur médecin avant de déposer le dossier MDPH.



