Se présenter aux urgences quand on est en situation de handicap peut susciter de l’appréhension : incompréhension du personnel soignant, difficultés de communication, manque d’aménagements adaptés. Pourtant, il existe des outils et des droits spécifiques pour faciliter ce passage et garantir une prise en charge de qualité. Cette page explique comment préparer sa visite aux urgences, utiliser une fiche de liaison, communiquer ses besoins et connaître ses droits.
Préparer son passage aux urgences : la fiche de liaison
La fiche de liaison est un document essentiel pour les personnes en situation de handicap. Elle permet de transmettre rapidement aux équipes d’urgence les informations médicales et les adaptations nécessaires. Ce document doit être rédigé à l’avance et apporté lors de chaque visite aux urgences.
Qu’est-ce qu’une fiche de liaison ?
Une fiche de liaison est un document court et lisible qui synthétise les informations clés sur la santé et les besoins d’une personne. Elle comprend généralement :
- L’identité complète et les coordonnées
- Le type et la nature du handicap
- Les traitements en cours et les allergies
- Les modalités de communication adaptées (si la personne est sourde, aveugle, aphasique, etc.)
- Les aménagements nécessaires (chaise avec accoudoirs adaptés, brancard large, aide à la toilette, etc.)
- Le nom d’un proche aidant à contacter
- Les points de vigilance médicaux particuliers
Cette fiche doit tenir sur une ou deux pages maximum et être rédigée de façon claire et lisible.
La fiche de liaison permet au personnel des urgences de gagner du temps et de comprendre rapidement les besoins spécifiques de la personne. Elle réduit les incompréhensions et améliore la qualité de la prise en charge. Elle est particulièrement utile pour les personnes en situation de handicap invisible, les troubles cognitifs ou les difficultés de communication.
Comment créer sa fiche de liaison ?
Il n’existe pas de format officiel unique, mais plusieurs ressources proposent des modèles :
- Auprès de l’hôpital ou de la clinique où la personne est suivie régulièrement
- Auprès du médecin généraliste qui peut aider à la rédiger
- Via les associations spécialisées liées au type de handicap (associations de malades, de personnes handicapées)
- En ligne : certains CHU et fondations proposent des modèles téléchargeables
Le médecin généraliste ou le médecin spécialiste peut certifier que la fiche est à jour et médicalement exacte. Cela renforce la crédibilité du document aux urgences.
Prénom : Sophie | Âge : 34 ans | Handicap : surdité totale bilatérale depuis l’enfance
Communication : UNIQUEMENT par écrit ou via un interprète en langue des signes. NE PAS crier. Fournir un bloc-notes et un stylo en permanence.
Allergies : Pénicilline (urticaire), iode (choc anaphylactique)
Traitement en cours : Levothyroxine 75 mcg/jour pour hypothyroïdie
Points de vigilance : La personne peut devenir anxieuse en cas d’impossibilité de communiquer. Prendre son temps.
Proche aidant : Marc Dupont (conjoint) – 06 12 34 56 78
Les droits de la personne en situation de handicap aux urgences
La personne en situation de handicap bénéficie de droits spécifiques lors d’un passage aux urgences. Ces droits sont garantis par la loi du 11 février 2005 et le Code de la santé publique.
Droit à l’égalité d’accès aux soins
Toute personne en situation de handicap a le droit de recevoir les mêmes soins qu’une personne valide, sans discrimination. Les urgences doivent adapter les conditions d’accueil et les modalités de soin pour garantir cette égalité.
« Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques… en raison de… leur handicap ». Les établissements de santé doivent mettre en œuvre les adaptations nécessaires.
Droit à l’information et au consentement
La personne en situation de handicap a le droit de recevoir une information claire sur son état de santé, les traitements proposés, les risques et bénéfices. Cette information doit être adaptée à ses capacités de compréhension.
Si la personne a besoin d’un interprète en langue des signes, d’un transcripteur pour les sourds-malentendants, ou d’une tierce personne pour communiquer, l’établissement doit la mettre à disposition gratuitement.
Droit à la présence d’un proche
La personne en situation de handicap peut demander la présence d’un proche aidant, d’un membre de sa famille ou d’une personne de confiance pendant l’examen et le traitement aux urgences. Cette présence peut être décisive pour faciliter la communication et le bien-être.
Les urgences ne peuvent pas interdire la présence d’un aidant ou d’un proche sans justification médicale sérieuse. Même en contexte de pandémie, une exception doit être faite pour les personnes en situation de handicap ayant besoin d’aide à la communication ou au consentement.
Droit aux aménagements d’accès et d’infrastructure
Tout établissement d’urgences doit proposer :
- Un accès en fauteuil roulant (rampes, portes larges, ascenseurs)
- Des toilettes accessibles aux personnes à mobilité réduite
- Un parking réservé aux personnes handicapées à proximité
- Du personnel formé à l’accueil des personnes en situation de handicap
- Si nécessaire, du matériel médical adapté (tables d’examen ergonomiques, brancards larges, fauteuils roulants de transport)
Si un établissement d’urgences n’offre pas les aménagements nécessaires, la personne en situation de handicap peut faire une réclamation auprès de la direction de l’établissement ou de l’agence régionale de santé (ARS). Les établissements sont tenus de respecter les normes d’accessibilité.
Faciliters la communication aux urgences
L’une des plus grandes difficultés pour les personnes en situation de handicap aux urgences est la communication. Il existe plusieurs moyens de faciliter les échanges avec le personnel médical.
Pour les personnes sourdes ou malentendantes
La personne sourde a le droit de demander un interprète en langue des signes. Cet interprète doit être fourni gratuitement par l’établissement. Si l’établissement ne dispose pas d’un interprète sur place, il doit en faire venir un rapidement ou utiliser une plateforme de vidéointerprétation.
Pour les personnes malentendantes, des alternatives existent :
- Utilisation d’un bloc-notes pour communiquer par écrit
- Amplificateurs auditifs portables
- Application de sous-titrage en temps réel sur un téléphone
- Boucles magnétiques si l’établissement en est équipé
Pour les personnes aveugles ou malvoyantes
La personne aveugle ou malvoyante doit pouvoir se faire accompagner par son chien guide ou son animal d’assistance. Les établissements ne peuvent pas refuser l’entrée du chien pour des raisons de norme d’hygiène : il existe des dérogations légales pour les animaux d’assistance.
La personne a également le droit de recevoir les informations sous forme adapté :
- Orale et détaillée pour les malvoyants
- En braille ou audio pour les aveugles (si un délai l’permet)
- Avec un contraste élevé sur un écran pour les malvoyants
Pour les personnes aphasiques ou avec trouble du langage
Les personnes atteintes d’aphasie (perte de la parole suite à un AVC ou un trauma) peuvent utiliser :
- Un tableau de communication avec images et mots
- Une application de synthèse vocale sur tablette ou smartphone
- Un pictogramme ou un système d’échange d’images
- Un proche aidant pour faciliter la compréhension
Le personnel des urgences doit accepter ces outils et prendre le temps de communiquer
Jean, 62 ans, a eu un AVC il y a 3 mois et souffre d’aphasie de Broca. Il ne peut presque pas parler mais comprend ce qu’on lui dit. Il arrive aux urgences avec des douleurs thoraciques. Son épouse le accompagne et apporte une application de synthèse vocale sur sa tablette. Elle explique au médecin l’historique médical. Les médecins utilisent des questions fermées (« Oui/Non ») pour communiquer. Jean peut pointer sur l’écran pour indiquer ses symptômes. Cette approche prend un peu plus de temps mais permet une prise en charge efficace et sans malentendus.
Préparer une visite aux urgences : checklist
Pour que le passage aux urgences se déroule au mieux, la personne en situation de handicap doit préparer quelques éléments en avance :
- Fiche de liaison à jour, imprimée et toujours avec soi (dans un portefeuille, une poche)
- Carte d’assuré social (carte Vitale ou équivalent)
- Liste des traitements en cours (médicaments, dosages)
- Dossier médical complet en version papier si possible (résumés cliniques, imagerie récente, lettres de médecins)
- Coordonnées du médecin généraliste et de spécialistes
- Informations sur les aidants ou proches à contacter
- Cartes de handicap (Carte Mobilité Inclusion, carte d’invalidité, etc.)
- Matériel de communication (bloc-notes, stylo, application de synthèse vocale téléchargée, pictogrammes)
- Ordonnances en cours et antécédents allergiques détaillés
Préparer sa visite aux urgences :
Une fiche de liaison à jour est votre meilleur allié. Elle synthétise vos informations médicales et vos besoins d’adaptation. Apportez-la toujours avec vous.
Connaître vos droits :
Vous avez le droit à l’égalité d’accès aux soins, à la communication adaptée, à la présence d’un proche et aux aménagements nécessaires.
Faciliter la communication :
N’hésitez pas à demander un interprète, à utiliser un outil de synthèse vocale ou à vous faire accompagner par un proche.
Signaler les manques :
Si l’établissement n’offre pas les adaptations promises, vous pouvez faire une réclamation auprès de la direction ou de l’ARS.
Ressources utiles et contacts
Plusieurs structures peuvent aider la personne en situation de handicap à préparer une visite aux urgences ou à signaler une mauvaise prise en charge :
- Médecin généraliste ou spécialiste : aide à la rédaction de la fiche de liaison
- Établissement de santé où vous êtes suivi : modèle de fiche de liaison et services d’interprétation
- Associations spécialisées par type de handicap : soutien, conseils, modèles de documents
- Maison France Services : aide administrative générale (chercher la plus proche : france-services.gouv.fr)
- Agence régionale de santé (ARS) : pour signaler un manque d’accessibilité ou une mauvaise prise en charge
- Défenseur des droits : pour les cas de discrimination médicale
Pour toute question sur l’accès à la santé en général ou sur les aides techniques médicales, consultez nos autres guides.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Puis-je exiger la présence d'un interprète en langue des signes aux urgences ?
Oui, absolument. Si la personne est sourde, elle a le droit de demander un interprète en LSF gratuitement. L’établissement doit en fournir un rapidement. Si aucun interprète n’est disponible sur place, l’établissement peut utiliser une plateforme de vidéointerprétation.
Ma fiche de liaison doit-elle être officielle ou certifiée ?
Non, il n’existe pas de format officiel unique. Cependant, il est recommandé de la faire valider par votre médecin généraliste ou votre médecin spécialiste pour qu’elle gagne en crédibilité aux urgences. Elle doit être lisible, concise et à jour.
Que faire si le personnel des urgences refuse d'adapter la prise en charge à mon handicap ?
Vous pouvez d’abord demander à parler au responsable de service ou à la direction de l’établissement. Si le refus persiste, vous pouvez faire une réclamation formelle auprès de l’agence régionale de santé (ARS) de votre région ou saisir le Défenseur des droits pour discrimination.
Mon chien guide est-il accepté à l'entrée des urgences ?
Oui, obligatoirement. Les chiens guide et les animaux d’assistance ont le droit d’entrer dans tous les établissements de santé, y compris les urgences. Il n’existe pas de dérogation pour les normes d’hygiène hospitalière : c’est un droit reconnu par la loi.
Peut-on me refuser l'accès aux urgences si je n'ai pas ma fiche de liaison ?
Non, vous ne pouvez pas être refusé. La fiche de liaison est un outil pour faciliter la prise en charge, mais elle n’est pas obligatoire. Si vous ne l’avez pas, les médecins doivent prendre plus de temps pour vous poser des questions et reconstituer votre historique médical.
Quels documents dois-je apporter aux urgences ?
Vous devez apporter votre carte Vitale (ou justificatif d’assurance maladie), votre fiche de liaison, votre ordonnance actuelle, la liste de vos allergies et si possible le numéro de votre médecin généraliste. Les cartes de handicap (CMI, carte d’invalidité) peuvent aussi être utiles.
Vous avez des questions sur la mise en place d’une fiche de liaison ou sur vos droits aux urgences ? Notre équipe est là pour vous accompagner dans vos démarches.
Témoignages
— Pauline, 29 ans, personne sourdeFranchement avant je flippe totalement quand j’allais aux urgences.. impossible de communiquer et le personnel croyait que je devais crier plus fort pour que j’entende (facepalm). Maintenant j’apporte une fiche qui explique que je suis sourde et que j’ai besoin d’un interprète LSF. La différence c’est énorme, ça me stresse beaucoup moins. Et j’ai appris qu’ils DOIVENT fournir l’interprète gratuitement donc je demande direct. Ça facilite vachement les choses.
— Michel, 67 ans, conjoint d'une personne en fauteuil roulantMa femme a eu un problème cardiaque et on a dû aller aux urgences. Le truc c’est qu’elle parle pas beaucoup et elle peut devenir stressée rapidement. J’avais imprimé une petite fiche que son médecin avait aidé à préparer et franchement ça a changé tout. Les médecins ont compris tout de suite ses besoins, on a pas eu besoin d’expliquer 50 fois, et les infirmières l’ont traitée avec plus de douceur. Je pense que sans la fiche ça aurait été un cauchemar.
— Nathalie, 41 ans, maman d'un enfant autisteNotre fils a une crise anxieuse grave et on le porte aux urgences. Il est en stimulation sensorielle extrême et hypersensible au bruit et à la lumière. C’était horrible comme expérience… le personnel comprenait pas pourquoi il coutait pas et réagissait pas comme les autres enfants. Maintenant on a une fiche qui explique l’autisme et on demande une salle plus calme. C’est pas toujours possible mais au moins ça aide les médecins à adapter leur approche. J’aimerais que TOUS les établissements connaissent mieux l’autisme.



