Les troubles de la continence sont une réalité quotidienne pour de nombreuses personnes en situation de handicap. Qu’il s’agisse d’une incontinence urinaire, fécale ou d’une neuro-vessie, ces défis impactent la vie sociale, professionnelle et personnelle. Heureusement, il existe aujourd’hui des solutions modernes, efficaces et discrètes pour maintenir l’autonomie et la qualité de vie. Cet article explique les différentes options de gestion de la continence, les aides techniques disponibles, le financement possible et les droits des personnes concernées.
La continence affecte environ 3 à 4 millions de personnes en France, dont une part significative a une situation de handicap (lésion médullaire, spina-bifida, sclérose en plaques, accident vasculaire cérébral, etc.). Une bonne gestion permet à la personne de conserver son autonomie, sa dignité et sa participation sociale.
Qu’est-ce que l’incontinence et ses causes liées au handicap ?
L’incontinence urinaire est une fuite involontaire d’urine. L’incontinence fécale est une fuite involontaire de selles. Ces deux conditions peuvent être liées à plusieurs handicaps :
- Lésion médullaire : la personne perd le contrôle réflexe de la vessie et du rectum
- Spina-bifida : malformation congénitale affectant les nerfs du bassin
- Sclérose en plaques (SEP) : atteinte neurologique progressive
- Accident vasculaire cérébral (AVC) : atteinte motrice ou cognitive
- Diabète non équilibré : hyperglycémie chronique endommagent les nerfs
- Troubles neurologiques : Parkinson, Alzheimer, traumatisme crânien
- Handicap physique sévère : immobilité prolongée ou absence d’accès aux toilettes adaptées
- Handicap intellectuel ou cognitif : difficulté à reconnaître et gérer les signaux d’élimination
L’incontinence liée au handicap peut souvent être gérée efficacement grâce à une prise en charge adaptée. Une évaluation médicale complète est la première étape pour identifier la cause et proposer la solution la plus appropriée.
Les solutions de gestion de la continence
1. Les protections (couches, serviettes, slips absorbants)
Les protections sont la solution la plus couramment utilisée. Elles existent en différentes formes et capacités d’absorption :
- Couches anatomiques : maximum d’absorption, idéales pour la nuit ou la sédentarité
- Slips ou culottes absorbantes : discrétion et confort pour la journée, ressemblent à des sous-vêtements
- Serviettes ou coussinets : légères fuites ou incontinence légère
- Protections pour hommes : format spécifique (étuis, coquilles)
- Protections pour la nuit : haute absorption (8-12 heures)
Les protections de qualité offrent aujourd’hui une meilleure discrétion, une odeur maîtrisée et une peau saine. Le changement régulier est essentiel pour éviter les escarres et les infections urinaires.
L’utilisation prolongée de protections sans changement régulier et sans hygiène adaptée peut entraîner des escarres au niveau du périnée et des fesses. Un changement minimum de 3 à 4 fois par jour est recommandé. Une hygiène rigoureuse des soins personnels prévient les complications.
2. L’auto-sondage intermittent (cathétérisme)
L’auto-sondage est une technique qui consiste à introduire un petit tube stérile (sonde) dans l’urètre pour vider la vessie régulièrement. Cette méthode est recommandée par les médecins pour :
- Les personnes ayant une neuro-vessie (lésion médullaire, spina-bifida)
- Les personnes ayant une rétention urinaire (incapacité à vider complètement la vessie)
- Les personnes atteintes de paralysie empêchant l’accès aux toilettes
Avantages de l’auto-sondage :
- Meilleure autonomie et qualité de vie que les protections
- Réduit les infections urinaires et les escarres
- Peut être pratiqué discrètement (toilettes, domicile, au travail)
- Coût global souvent moins élevé que les protections permanentes
Points d’attention :
- Nécessite un apprentissage et une formation médicale
- Demande une dextérité manuelle ou l’aide d’une tierce personne
- Requiert une hygiène stricte pour éviter les infections
- Pas adapté à tous les types de handicap (par ex. si mobilité des mains très réduite)
Marc, 34 ans, est atteint de spina-bifida. Après avoir appris l’auto-sondage à 25 ans, il peut maintenant travailler 8 heures par jour sans protections. Il se sonde 4 fois par jour (matin, midi, 17h, soir) en 2-3 minutes. Cela lui a permis d’obtenir un emploi en CDI et d’améliorer son estime de soi.
La formation à l’auto-sondage est généralement effectuée par une infirmière spécialisée ou l’équipe urologique de l’hôpital. Elle peut être remboursée par la Sécurité sociale.
3. La stomie urinaire ou fécale
Une stomie est une petite ouverture créée chirurgicalement reliant l’intestin ou la vessie à la peau de l’abdomen. L’urine ou les selles s’écoulent dans une poche externe (appareillage) discrète et lavable.
Types de stomies :
- Iléostomie : reliant l’intestin grêle ; selles semi-liquides en continu
- Colostomie : reliant le côlon ; selles plus épaisses, généralement moins fréquentes
- Urétérostomie : reliant directement l’uretère ; urine en continu
Avantages :
- Grande autonomie une fois adaptée
- Moins d’infections que l’auto-sondage mal maîtrisé
- Améliore souvent la qualité de vie à long terme
Défis :
- Acceptation psychologique (image corporelle)
- Gestion des odeurs et des fuites (même si très réduites avec les poches modernes)
- Coût régulier des poches et appareillages
- Formation et accompagnement psychologique nécessaires
Les poches de stomie d’aujourd’hui sont minces, discrètes, peuvent être portées sous les vêtements ordinaires et sont équipées de filtres anti-odeurs performants. Une personne avec stomie peut faire du sport, aller à la piscine (avec une poche étanche) et avoir une vie totalement normale.
Les aides techniques et équipements
Au-delà des solutions de gestion directe, plusieurs équipements facilitent le quotidien des personnes incontinent :
- Toilettes surélevées et barres d’appui : accès plus facile pour un logement adapté
- Siège percé : pour les personnes à mobilité réduite
- Urinal ou bassin de lit : pour les personnes alitées ou avec accès difficile aux toilettes
- Lève-personne : aide au transfert vers les toilettes
- Matelas anti-incontinence : imperméable et lavable, protège le lit
- Protège-matelas jetables : usage ponctuel ou nuit
- Housses de siège imperméables : pour fauteuil roulant ou voiture
- Détecteurs d’incontinence : alertent l’aidant quand un change est nécessaire
- Seau hygiénique de voyage : discret, permet l’auto-sondage en extérieur
Les aides techniques peuvent être financées partiellement ou totalement par la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) ou par l’aide de l’assurance maladie. Un dossier MDPH est nécessaire pour en bénéficier.
Financement des solutions de continence
Le coût des solutions de continence peut être important. Voici les dispositifs de financement disponibles :
Remboursement par la Sécurité sociale (Assurance maladie)
La Sécurité sociale rembourse certaines protections et fournitures :
- Protections absorbantes : remboursement forfaitaire selon le type (ex. 30 à 60 € par mois pour les slips absorbants)
- Sondes stériles : remboursement complet sur prescription médicale (auto-sondage)
- Poches de stomie : remboursement complet sur ordonnance
- Lingettes d’hygiène : remboursement partiel
- Gants stériles : remboursement complet
Condition : Une ordonnance du médecin est obligatoire. Le prestataire de santé (pharmacie, distributeur agréé) facture directement la Sécurité sociale.
Une personne ayant besoin de protections jour et nuit dépense en moyenne 60 à 150 € par mois de sa poche si elle ne bénéficie pas du remboursement ou de la PCH. Ce coût peut être allégé grâce aux aides.
Prestation de Compensation du Handicap (PCH)
La PCH est une allocation versée par le département pour financer les aides liées au handicap, y compris les aides techniques pour la continence. Les conditions :
- Taux d’incapacité d’au moins 80 % (ou situation jugée équivalente par la CDAPH)
- Besoin d’une aide technique spécifique pour la continence (évaluation médico-sociale)
- Résider en France
La PCH peut financer :
- Les aides techniques : siège percé, matelas imperméable, lève-personne
- Les services d’aide à domicile pour les soins liés à la continence
- L’adaptation du domicile (toilettes, salle de bain)
Pour demander la PCH, la personne doit constituer un dossier auprès de la MDPH avec un certificat médical détaillé et justifier le besoin.
Allocation pour Adulte Handicapé (AAH) et autres aides
L’AAH n’est pas dédiée à la continence, mais elle peut être utilisée pour financer partiellement les protections ou aides techniques. Cumulée à la PCH, elle offre une meilleure capacité financière.
Certaines associations et mutuelles proposent aussi un remboursement complémentaire ou des dons de protections pour les personnes en difficulté financière.
Hygiène, prévention et santé
Une bonne gestion de la continence ne se limite pas à une protection ; c’est aussi :
Prévention des infections urinaires
- Boire régulièrement (1,5 à 2 litres d’eau par jour) pour diluer les urines
- Vider régulièrement la vessie (auto-sondage ou toilettes fréquentes)
- Maintenir une hygiène périnéale rigoureuse (lavage quotidien)
- Éviter les boissons irritantes (alcool, café, boissons acides)
- Consulter rapidement si brûlures mictionnelles, fièvre ou douleurs abdominales
Les personnes incontinent ont un risque augmenté d’infections urinaires, surtout avec auto-sondage mal hygiénisé. Une hygiène stricte, des mains propres, du matériel stérile et des gestes justes réduisent ce risque de 80 %.
Prévention des escarres (plaies de pression)
- Changer les protections régulièrement (au minimum 3 à 4 fois par jour)
- Laisser respirer la peau plusieurs heures par jour si possible
- Utiliser des crèmes de protection (à base d’oxyde de zinc ou dioxyde de titane)
- Éviter l’humidité prolongée
- Inspecter régulièrement la peau pour détecter les rougeurs
- Consulter un professionnel de santé si irritation ou plaie
Soutien psychologique et qualité de vie
L’incontinence a un impact psychologique non négligeable : honte, anxiété sociale, dépression. Des ressources existent :
- Psychologue ou psychothérapeute : remboursé par la Sécurité sociale sur prescription
- Groupes de parole : associations de patients (Hollister, Coloplast, associations spécialisées)
- Ré-éducation comportementale : peuvent aider à améliorer la continence dans certains cas
- Infirmier spécialisé : conseil et soutien pratique
L’incontinence ne doit pas être un facteur d’isolement social. Avec les solutions modernes, une personne incontinent peut avoir une vie professionnelle, sociale et intime totalement normale. L’accompagnement médical et psychologique est crucial.
Droits et accès aux soins
Les personnes ayant des troubles de continence liés au handicap ont plusieurs droits :
- Droit d’accès aux toilettes adaptées : au travail, à l’école, dans les lieux publics (article L. 4321-1 du Code du travail pour le travail)
- Droit au secret médical : l’information sur la continence est confidentielle
- Droit à un diagnostic et traitement : accès aux consultations urologie, gastro-entérologie
- Droit à la reconnaissance du handicap : statut de travailleur handicapé (RQTH) pour accéder à des aides
- Droit à une vie intime et sexuelle : l’incontinence ne justifie pas une restriction de ce droit
En cas de refus d’accès aux toilettes ou de discrimination, la personne peut saisir la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) ou un avocat spécialisé en droit du handicap.
Suivi médical et accompagnement
Une gestion optimale de la continence nécessite un suivi régulier :
- Urologue ou néphrologue : diagnostic et prescription de sondage/appareil
- Gastro-entérologue : pour les problèmes de continence fécale
- Infirmier spécialisé : conseil pratique, hygiène, prévention
- Assistante sociale MDPH : aide aux démarches administratives et financement
- Kinésithérapeute ou rééducateur du périnée : dans certains cas de réadaptation
Sophie, 52 ans, a eu un AVC qui l’a paralysée du côté gauche. Elle souffrait d’incontinence urinaire et fécale. Après un suivi urologique et une rééducation périnéale, elle a opté pour l’auto-sondage (toutes les 4 heures) et des protections légères pour les selles. Aujourd’hui, 2 ans après, elle peut sortir, voyager et reprendre une activité bénévole. Un suivi annuel en urologie maintient cette stabilité.
Conseils pratiques pour la vie quotidienne
Voyages et sorties
- Prévoir un kit de change portable : sac discret avec protections, gants, serviettes humides
- Connaître les toilettes accessibles près des lieux fréquentés
- En voiture, prévoir des lingettes, sacs jetables, et une serviette imperméable
- En avion, demander l’accès aux toilettes en priorité (avertir l’hôtesse)
- À la piscine ou à la plage, utiliser une poche de bain étanche ou une protection spécialisée
Travail et école
- Informer discrètement le responsable de l’établissement pour accéder aux toilettes sans restriction
- Prévoir un espace privé pour les soins (changement, auto-sondage)
- Demander un aménagement de poste si nécessaire (accès toilettes proches)
- Bénéficier de pauses régulières sans justification excessive
Vie intime et sexuelle
- L’incontinence n’interdit pas la vie sexuelle
- Prévoir une protection discrète ou vider la vessie avant un rapport
- Communiquer ouvertement avec le partenaire
- Un sexologue ou un psychologue peut aider en cas de difficultés relationnelles
L’essentiel à retenir
Solutions disponibles : protections (couches, slips absorbants), auto-sondage, stomie, aides techniques.
Financement : remboursement Sécurité sociale (protections, sondes, poches), PCH pour les aides techniques et services, AAH cumulable.
Prévention : changer régulièrement les protections (3-4 fois/jour), hygiène rigoureuse pour éviter infections et escarres.
Accompagnement : urologue, infirmier spécialisé, psychologue, associations.
Droits : accès aux toilettes adaptées, secret médical, non-discrimination, droit à une vie intime et sociale normale.
Impact positif : avec une bonne gestion et un suivi adapté, la personne peut maintenir son autonomie, son emploi et sa qualité de vie.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l'auto-sondage et les protections ?
L’auto-sondage est une technique active de vidange vésicale qui donne plus d’autonomie et réduit les risques d’infection, mais nécessite une dextérité manuelle et une formation médicale. Les protections sont plus simples à utiliser mais demandent des changements réguliers pour éviter les complications cutanées. Le choix dépend du type de handicap, de la mobilité des mains et de la préférence de la personne.
Comment obtenir un remboursement des protections par la Sécurité sociale ?
Il faut une ordonnance du médecin (généraliste ou urologue). La personne doit ensuite acheter ses protections auprès d’une pharmacie ou d’un prestataire agréé par la Sécurité sociale, qui facturera directement l’assurance maladie. Un forfait mensuel (variable selon le type de produit) est remboursé. Pour augmenter ce forfait, la personne peut demander une PCH auprès de la MDPH.
La PCH peut-elle financer les aides techniques pour la continence ?
Oui, la PCH peut financer les aides techniques comme un siège percé, un matelas imperméable, un lève-personne ou l’adaptation des toilettes. Elle peut aussi payer pour l’aide à domicile nécessaire aux soins liés à la continence. Pour cela, il faut constituer un dossier MDPH avec un certificat médical détaillé justifiant le besoin.
Une personne avec incontinence peut-elle travailler normalement ?
Oui, absolument. Avec une bonne gestion (protections, auto-sondage ou stomie), une personne incontinent peut travailler à temps plein. La personne peut demander un aménagement discret : accès libre aux toilettes, pause pour auto-sondage, espace privé pour change. Elle peut aussi demander le statut de travailleur handicapé (RQTH) pour bénéficier de droits à l’emploi.
Quels sont les risques de complications liés à l'incontinence ?
Les principales complications sont les infections urinaires (fréquentes avec auto-sondage mal hygiénisé), les escarres (plaies de pression sur fesses et périnée si changement de protections insuffisant), et les problèmes psychologiques (dépression, isolement). Une hygiène stricte, des changements réguliers et un suivi médical préviennent la plupart de ces risques.
La stomie rend-elle la personne moins autonome ?
Non. Bien au contraire, une stomie bien adaptée donne une meilleure autonomie qu’une incontinence mal gérée. La personne peut travailler, voyager, faire du sport et avoir une vie sociale normale. L’acceptation psychologique demande du temps et de l’accompagnement, mais une fois surmontée, la stomie améliore significativement la qualité de vie.
Que ce soit pour comprendre vos droits à la PCH, constituer un dossier MDPH ou trouver les ressources adaptées à votre situation, notre équipe est là pour vous orienter. N’hésitez pas à nous contacter.
Témoignages
— Thomas, 41 ans, atteint de sclérose en plaquesFranchement au début j’avais super honte de l’incontinence, je pensais que ça allait me pourrir ma vie professionnelle. Mais une fois que j’ai trouvé les bonnes protections et que j’ai appris à me les changer discrètement au boulot, c’est devenu un non-truc. Maintenant je suis en CDI depuis 5 ans et personne ne sait rien. Les associations m’ont aidé psychologiquement aussi, ça a changé ma vision des choses.
— Laurence, 58 ans, mère d'une fille en fauteuil roulantMa fille a eu un accident de voiture à 22 ans. L’incontinence a été la vraie galère au début, encore plus que la paraplégie elle-même. On savait pas vers qui se tourner, les protections coûtaient super cher… Heureusement on a trouvé portail-handicap.fr qui explique tout, et on a pu demander la PCH. Maintenant elle a les aides pour les protections et l’aide à domicile. Ça nous a soulagés financièrement et psychologiquement.
— Jean-Paul, 67 ans, diabétique depuis 30 ansJ’ai développé une incontinence urinaire à cause du diabète mal équilibré. Au début j’étais très isolé socialement, je sortais plus. Mon médecin m’a recommandé de tester l’auto-sondage. Ça a pris un mois pour apprendre mais maintenant je me sonde 5 fois par jour et je peux faire mes courses, aller au cinéma sans crainte. C’est vraiment transformateur quand on trouve la bonne solution.



