Une amputation est la perte partielle ou totale d’un membre ou d’une partie du corps, suite à une maladie, un accident ou une intervention chirurgicale. Cette situation crée des besoins spécifiques en matière de rééducation, d’appareillage et d’adaptation du quotidien. Portail Handicap vous accompagne à travers les démarches administratives, les droits et les ressources pratiques pour faciliter le parcours de vie des personnes amputées.
Amputations : définition et contexte
L’amputation peut être congénitale (présente à la naissance) ou acquise (survenue à la suite d’un accident, d’une maladie ou d’une chirurgie). Elle touche des milliers de personnes en France chaque année. Les principales causes d’amputation acquise sont :
- Les accidents de la circulation et du travail
- Les complications du diabète (amputation majeure ou mineure)
- Les maladies vasculaires et l’athérosclérose
- Les infections graves ou la gangrène
- Les traumatismes par écrasement ou brûlures
- Les tumeurs osseuses ou cancers
Selon le niveau et la localisation de l’amputation, les impacts fonctionnels et les besoins de compensation varient considérablement. Une amputation du pied, de la jambe ou du bras n’entraîne pas les mêmes restrictions. C’est pourquoi il est essentiel de bien qualifier son handicap pour accéder aux droits adaptés.
Constitue un handicap « toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques ».
Reconnaissance du handicap : le parcours MDPH
Après une amputation, la première étape est de demander une reconnaissance officielle du handicap auprès de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Cette reconnaissance ouvre l’accès à des droits et des allocations essentiels.
Comment déposer un dossier MDPH après amputation ?
Pour constituer son dossier, il est nécessaire de :
- Compléter le formulaire CERFA 15695*01 (demande de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé ou de bénéficiaire de l’allocation aux adultes handicapés)
- Fournir un certificat médical détaillé datant de moins de 3 mois, rédigé par un médecin généraliste ou spécialiste (chirurgien, angiologue, etc.)
- Joindre les imageries médicales (radiographies, IRM, scanner) pertinentes
- Préciser les limitations fonctionnelles concrètes : mobilité, équilibre, douleurs, fatigue, restrictions professionnelles
- Envoyer le dossier complet à la MDPH de son lieu de résidence
Le certificat médical doit explicitement décrire le niveau d’amputation (complète ou partielle), le membre atteint, et surtout les conséquences fonctionnelles dans les activités quotidiennes et professionnelles. Un certificat trop vague retardera le traitement du dossier.
La Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) examine le dossier et rend une décision environ 4 à 6 mois après sa réception. Si la demande est refusée, il est possible de contester la décision dans un délai de 2 mois en demandant une révision ou en saisissant le tribunal administratif.
Allocations et aides financières après amputation
Plusieurs allocations peuvent être accordées aux personnes amputées selon leur situation, leurs ressources et leur niveau de perte d’autonomie.
Allocation aux adultes handicapés (AAH)
L’AAH (Allocation aux adultes handicapés) est une aide financière destinée aux adultes ayant une incapacité d’au moins 80 %. Elle peut être accordée en cas d’amputation sévère limitant fortement les capacités de travail.
Le montant de l’AAH à taux plein est de 1 016,05 € par mois. L’AAH en taux réduit varie selon les revenus professionnels.
L’AAH n’est pas soumise à cotisations sociales et peut être cumulée avec un revenu professionnel jusqu’à un certain plafond.
Prestation de compensation du handicap (PCH)
La PCH (Prestation de compensation du handicap) finance les frais de compensation liés au handicap. Après une amputation, elle peut financer :
- L’achat et l’entretien d’une prothèse
- Les séances de rééducation et kinésithérapie
- L’aide humaine pour les gestes du quotidien
- L’adaptation du logement ou du véhicule
- Les appareillages techniques spécifiques
La PCH peut financer la prothèse, mais attention : certains départements demandent d’épuiser d’abord les financements de la Sécurité sociale et de la mutuelle. Vérifiez auprès de votre MDPH les modalités de cumul et les montants accordés dans votre région.
Rente d’accident du travail ou d’accident de la circulation
Si l’amputation résulte d’un accident du travail, la personne peut percevoir une rente versée par la Sécurité sociale. En cas d’accident de la circulation, une indemnisation auprès de l’assureur automobile ou du fonds de garantie peut être obtenue. Ces deux ressources ne sont pas prises en compte pour l’attribution de l’AAH.
Rééducation et appareillage
La rééducation débute rapidement après l’amputation, souvent encore à l’hôpital. Elle vise à restaurer les capacités fonctionnelles et à préparer l’adaptation à la prothèse.
Phases de la rééducation post-amputation
Phase 1 : Rééducation immédiate (dès l’amputation)
Elle comprend des exercices de renforcement musculaire, de gestion de la douleur, et de préparation au port de la prothèse. Des antalgiques et parfois des traitements contre les douleurs fantômes (sensation de présence du membre amputé) sont prescrits.
Phase 2 : Appareillage et adaptation (semaines à mois suivants)
Une fois que le moignon a cicatrisé et que l’œdème a diminué, un appareilleur-orthésiste réalise un moulage et crée une prothèse adaptée. Il existe plusieurs types de prothèses selon le niveau et la nature de l’amputation :
- Prothèses de membres inférieurs : pied, jambe (prothèse tibiale), cuisse (prothèse fémorale)
- Prothèses de membres supérieurs : main, avant-bras, bras
- Prothèses myoélectriques : commandées par les muscles du moignon, plus fonctionnelles mais plus coûteuses
- Prothèses mécaniques : moins coûteuses, plus robustes, exigent plus d’énergie
Jean, 52 ans, amputé du genou suite à un diabète mal contrôlé. Son appareilleur-orthésiste a confectionné une prothèse tibiale avec un pied microprocesseur permettant l’adaptation automatique à la marche. La kinésithérapie hebdomadaire pendant 3 mois lui a permis de retrouver la marche sans canne. La PCH financée par la MDPH a couvert 80 % du coût (5 000 €), et sa mutuelle a pris en charge le reste.
Professionnels impliqués dans l’appareillage
- Appareilleur-orthésiste : conçoit et adapte la prothèse
- Kinésithérapeute : conduit la rééducation et l’entraînement à la marche ou aux mouvements
- Médecin physique et de réadaptation : supervise le parcours thérapeutique
- Psychologue : aide à la reconstruction psychologique après amputation
- Assistante sociale : guide dans les démarches administratives et les financements
La prise en charge est généralement assurée par l’Assurance maladie, complétée par la PCH et la mutuelle le cas échéant.
Adaptation du quotidien et accessibilité
Au-delà de la prothèse, plusieurs adaptations facilitent le retour à la vie quotidienne et professionnelle.
Adaptation du logement
L’adaptation du logement peut être financée par la PCH ou par d’autres aides (Anah pour les propriétaires modestes). Les travaux prioritaires incluent :
- Enlèvement des obstacles et des marches
- Installation d’une rampe d’accès
- Aménagement de la salle de bain (douche accessible, barres d’appui)
- Élargissement des portes pour le passage d’un fauteuil roulant si la prothèse n’est pas suffisante
- Installation d’un ascenseur en cas de difficultés majeures
Adaptation du véhicule et mobilité
La conduite automobile après amputation est souvent possible avec une prothèse adaptée ou un aménagement du véhicule. La carte mobilité inclusion permet l’accès aux places de parking réservées.
Pour les trajets en transport en commun, les personnes amputées avec une reconnaissance de travailleur handicapé ou une carte mobilité inclusion bénéficient de réductions ou de gratuité selon les régions.
Retour à l’emploi et RQTH
Une amputation peut impacter la capacité de travail selon le type de poste occupé. La reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) ouvre des droits importants.
Démarche RQTH après amputation
La RQTH (Reconnaissance de qualité de travailleur handicapé) se demande auprès de la MDPH. Elle permet :
- L’accès à des dispositifs de aménagement de poste (adaptation du poste, télétravail, horaires flexibles)
- La mise en relation avec un Cap emploi (service d’accompagnement spécialisé)
- L’accès aux contrats aidés et aux formations professionnelles
- Une obligation d’emploi pour les entreprises de plus de 20 salariés
- La possibilité de demander un congé de reclassement professionnel si le poste actuel n’est plus tenable
Certains métiers restent accessibles avec une amputation bien appareillée : bureautique, management, enseignement, secteur médical et paraméical, travail en télétravail. D’autres secteurs (BTP, port, sécurité) peuvent exiger une adaptation ou un changement de poste.
Accompagnement vers l’emploi
Les personnes amputées bénéficient d’un soutien spécifique :
- Bilan de capacité professionnelle auprès d’un organisme de réadaptation
- Formation ou reconversion si le métier antérieur n’est plus possible
- Suivi par un conseiller Cap emploi ou un travailleur social
- Mise en relation avec des entreprises inclusives
Soutien psychologique et reconstruction
Une amputation est un événement traumatique qui impacte l’image de soi, l’autonomie et la confiance. L’accompagnement psychologique est une part essentielle du parcours de réadaptation.
Plusieurs ressources sont disponibles :
- Psychologue hospitalier ou en cabinet libéral : thérapies individuelles, gestion du deuil du membre perdu, acceptation du handicap
- Groupes de parole : échanges entre personnes amputées, partage d’expériences
- Associations : accompagnement spécialisé, insertion sociale et professionnelle
- Coach ou mentor : mentorat par une personne amputée ayant réussi sa réadaptation
Les frais de suivi psychologique peuvent être remboursés partiellement par l’Assurance maladie, complétés par la mutuelle ou financés via la PCH.
Douleurs fantômes et gestion post-amputation
Les douleurs fantômes (sensation de présence ou de douleur du membre amputé) affectent une majorité de personnes amputées, particulièrement dans les premiers mois. Plusieurs approches aident à les gérer :
- Médicaments : antalgiques, antiépileptiques, antidépresseurs
- Thérapie par la réalité virtuelle ou miroir
- Technique du reconditionnement moteur : entraînement du moignon et du reste du corps
- Acupuncture, TENS (stimulation électrique transcutanée)
- Hypnose ou relaxation
Les douleurs fantômes sont réelles, n’en déplaise à certains. Elles doivent être signalées au médecin dès leur apparition. Plus on les traite rapidement, mieux on les contrôle. Ne pas souffrir en silence.
Aides et ressources pratiques
Organismes d’aide et d’accompagnement
- Association d’Aide aux Victimes de France (AVF) : si l’amputation résulte d’une infraction pénale ou d’un accident responsable
- Associations spécialisées dans les amputations : réseau de pairs, conseils pratiques, dispositifs techniques innovants
- Maison France Services : guichet unique pour les démarches administratives, présent dans chaque région
- Assistante sociale de la MDPH ou de l’établissement hospitalier : aide à la constitution du dossier, orientation vers les ressources locales
Ressources matérielles et techniques
- Prothèses évolutives et personnalisables selon les progrès de la rééducation
- Orthèses et aides techniques (béquilles, cannes, fauteuils roulants de secours)
- Appareils d’entraînement à domicile (rampe, barres d’appui)
- Innovations technologiques : exosquelettes, prothèses bioniques, applications mobiles de suivi
L’essentiel à retenir
- Déposer un dossier MDPH dès que possible pour accéder aux droits et allocations
- L’AAH et la PCH sont les deux allocations principales : elles peuvent se cumuler selon les conditions
- La rééducation et l’appareillage commencent rapidement et durent plusieurs mois
- La RQTH facilite le retour à l’emploi avec aménagement de poste adapté
- Le soutien psychologique est aussi important que la rééducation physique
- Les douleurs fantômes doivent être traitées rapidement par un médecin
- Plusieurs aides financent l’adaptation du logement et du véhicule
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre AAH et PCH après une amputation ?
L’AAH est une aide financière mensuelle destinée aux adultes ayant une incapacité d’au moins 80 % et de faibles ressources. La PCH (Prestation de compensation du handicap) finance les dépenses liées à la compensation : prothèse, rééducation, adaptation du logement. Elles peuvent se cumuler si les conditions sont remplies.
Combien coûte une prothèse et qui la finance ?
Le coût varie selon le type : de 5 000 € à 50 000 € pour une prothèse myoélectrique avancée. L’Assurance maladie finance une partie (généralement 60 à 80 %), complétée par la mutuelle et la PCH. Certains services publics de rééducation offrent un appareillage gratuit.
Combien de temps dure la rééducation après une amputation ?
La durée varie : environ 3 à 6 mois en cas d’amputation du pied, 6 à 12 mois pour une amputation au-dessus du genou. L’appareillage débute généralement 2 à 3 mois après l’amputation, une fois le moignon bien cicatrisé.
Puis-je continuer à travailler après une amputation ?
Oui, dans la plupart des cas, particulièrement avec une bonne prothèse et un aménagement de poste. Certains secteurs exigent plus d’adaptation. La RQTH et l’accompagnement par Cap emploi facilitent le maintien ou le retour à l’emploi.
Comment gérer les douleurs fantômes ?
Les douleurs fantômes se traitent par médicaments (antalgiques, antiépileptiques), thérapie miroir, réalité virtuelle, TENS, ou accompagnement psychologique. Consultez votre médecin dès l’apparition de ces douleurs.
Qui paye l'adaptation du logement après amputation ?
La PCH finance jusqu’à 100 % des travaux d’adaptation. Pour les propriétaires modestes non éligibles à la PCH, l’Anah peut intervenir. Les locataires doivent obtenir l’accord du propriétaire.
Un conseiller peut vous aider à constituer votre dossier de demande de reconnaissance de handicap, d’allocation ou d’aménagement.
Témoignages
— Thomas, 48 ans, amputé de la jambeFranchement moi j’ai cru que c’était fini après mon amputation.. c’était une gangrène suite au diabète. Mais les médecins et kinés m’ont motivé pendant ma réadaptation. Au bout de 4 mois j’ai ma prothèse, et 6 mois après je reprenais mon boulot en télétravail principalement. La MDPH m’a reconnu travailleur handicapé, et on a aménagé mon poste. C’est pas facile tous les jours mais c’est possible.
— Sandrine, 51 ans, aidante de son mari amputéMon mari a perdu sa main suite à un accident de travail. Le dossier MDPH a été un cauchemar à cause des papiers manquants, mais avec l’aide de l’assistante sociale du service de rééducation on a réussi. Maintenant il a la PCH qui finance sa rééduc’ et une partie de la prothèse myoélectrique. Le plus dur c’est les douleurs fantômes mais ça s’améliore avec le temps et les traitements.
— Luc, 62 ans, amputé bilatéralDeux amputations en quelques années, d’abord la jambe droite puis la gauche.. c’était dur à encaisser psychologiquement. Je suis allé voir une psy régulièrement et j’ai participé à un groupe de parole pour les personnes amputées. Ça m’a énormément aidé. Maintenant avec mes deux prothèses je peux marcher, aller faire les courses. Pas facile mais j’ai retrouvé une vraie qualité de vie.



