La perte auditive affecte des millions de personnes en France. Heureusement, plusieurs solutions existent pour retrouver une meilleure qualité de vie : les aides auditives et les implants cochléaires sont des dispositifs médicaux reconnus et pris en charge par l’Assurance maladie. Cet article explique comment accéder à ces aides, comment elles sont financées, et quel suivi audioprothétique en découle.
La personne atteinte de surdité ou de malentendance a le droit à une prise en charge optimale de son appareillage auditif. Depuis le dispositif 100% santé entré en vigueur en 2019, le reste à charge pour l’usager est réduit considérablement.
Aides auditives et prothèses auditives : qu’est-ce que c’est ?
Les aides auditives (aussi appelées prothèses auditives) sont des dispositifs électroniques portables qui amplifient et traitent les sons pour améliorer la perception auditive. Il existe plusieurs types d’appareils selon le type et le degré de la perte auditive.
Les différents types d’aides auditives
La personne en situation de handicap auditif a le choix entre plusieurs catégories de prothèses :
- Contour de l’oreille (BTE) : appareil placé derrière l’oreille, relié à un tube
- Intra-auriculaire (ITE) : mini-appareil placé dans le conduit auditif
- Totalement intra-canal (CIC) : très petit, complètement interne, quasi invisible
- Micro-contour (RIC) : très discret, combine les avantages du contour et de l’intra
- Poche (BIG) : appareil de secours, rarement utilisé sauf cas spécifiques
Le choix du type d’aide auditive dépend du degré de la perte auditive, de l’âge de la personne, de son mode de vie et de ses préférences en matière de discrétion.
Comment choisir son audioprothésiste ?
Le suivi audioprothétique commence par le choix d’un professionnel qualifié. L’audioprothésiste est le professionnel habilité à adapter et à vendre les aides auditives. L’Assurance maladie reconnaît différents professionnels exerçant en cabinet privé, en centre hospitalier ou en magasin spécialisé.
La personne concernée doit d’abord consulter son médecin généraliste ou un ORL (oto-rhino-laryngologue) pour obtenir une ordonnance. Cette ordonnance autorise l’audioprothésiste à proposer un appareillage auditif.
L’usager peut consulter plusieurs audioprothésistes avant de prendre sa décision. Il est recommandé de comparer les prix, les services après-vente et la qualité du suivi proposé. L’ordre national des audioprothésistes tient un annuaire des professionnels agréés.
Les implants cochléaires : quand et pour qui ?
Un implant cochléaire est un dispositif médical plus complexe et invasif qu’une aide auditive. Il s’agit d’une prothèse électronique implantée chirurgicalement dans l’oreille interne pour contourner les cellules auditives endommagées.
Indications de l’implant cochléaire
L’implant cochléaire est proposé quand :
- La perte auditive est profonde (surdité quasi-totale) des deux côtés
- Les aides auditives conventionnelles ne suffisent pas ou n’offrent qu’un bénéfice très limité
- La personne a des chances raisonnables de bénéficier de l’implant (audition résiduelle très faible)
- L’état de santé général permet la chirurgie
L’évaluation pour un implant cochléaire est longue et demande une expertise médicale approfondie. Elle peut prendre plusieurs mois.
Sophie, 45 ans, a perdu progressivement son audition suite à une infection de l’oreille interne à l’âge de 35 ans. Pendant 8 ans, elle a porté des aides auditives puissantes, mais son audition s’est dégradée. Son ORL lui propose une évaluation pour un implant cochléaire. Elle suit une batterie de tests auditifs, une IRM pour vérifier l’anatomie de son oreille, et rencontre une équipe pluridisciplinaire (otochirurgien, audioprotésiste, psychologue). Après 4 mois d’évaluation, elle est déclarée bonne candidate. La chirurgie est réalisée, suivie d’une période de réglage et d’adaptation de 3 mois. Aujourd’hui, Sophie entend beaucoup mieux et peut suivre des conversations sans difficulté.
Le parcours vers un implant cochléaire
Le parcours comporte plusieurs étapes :
- Consultation ORL pour évaluer l’indication
- Tests auditifs complets (audiométrie, tests de discrimination)
- Imagerie médicale (scanner ou IRM pour examiner l’oreille interne)
- Évaluation psychologique et sociale pour s’assurer que la personne pourra bien vivre avec l’implant
- Bilan multidisciplinaire devant une Commission
- Chirurgie si approbation (environ 2-3 heures)
- Réglage et adaptation (plusieurs rendez-vous sur 3 à 6 mois)
L’évaluation pré-implantatoire est complexe et peut prendre 4 à 6 mois. Il ne faut pas s’attendre à une intervention rapide. Cependant, cette rigueur garantit que seules les personnes ayant vraiment besoin et pouvant vraiment bénéficier d’un implant le reçoivent.
Prise en charge financière : le dispositif 100% santé
Depuis janvier 2019, un nouveau système de remboursement des aides auditives s’applique en France : le dispositif 100% santé (aussi appelé « panier 100% santé »). Cela signifie que la personne en situation de handicap auditif n’a plus rien à payer de sa poche pour certains appareils auditifs.
Les trois catégories de prise en charge
Le système de remboursement fonctionne avec trois paniers tarifaires :
- Panier 100% santé : appareils de base, pris en charge à 100% par l’Assurance maladie + mutuelle complémentaire. Tarif conventionnel : 750 € par appareil
- Panier intermédiaire : appareils avec plus de fonctionnalités. Remboursement variable selon la mutuelle
- Panier libre : appareils haut de gamme, technologie avancée. Remboursement limité, reste à charge important
Le tarif conventionnel du panier 100% santé est fixé à 750 € par appareil auditif. Pour deux appareils (stéréophonie), cela représente 1 500 € couverts à 100% si la mutuelle complémentaire prend en charge la part obligatoire.
Comment fonctionne le remboursement ?
Le remboursement se décompose ainsi :
- Assurance maladie (CNAM) : rembourse 60% du tarif conventionnel
- Mutuelle complémentaire : rembourse les 40% restants (obligatoire pour bénéficier du 100% santé)
- Reste à charge : 0 € pour le panier 100% santé ; variable pour les autres paniers
Pour bénéficier du 100% santé, la personne doit :
- Avoir une ordonnance d’un médecin (généraliste ou ORL)
- Consulter un audioprothésiste partenaire du dispositif 100% santé
- Être affiliée à une mutuelle complémentaire santé (ou bénéficier de l’Aide à la complémentaire santé – ACS)
- Choisir un appareil du panier 100% santé
Les personnes qui n’ont pas de mutuelle complémentaire peuvent bénéficier de l’Aide à la complémentaire santé (ACS) si leurs revenus sont modestes. Cette aide est versée par la CPAM et permet d’accéder au 100% santé sans frais. Il est aussi possible de souscrire une mutuelle peu coûteuse auprès d’une association agréée.
Prise en charge des implants cochléaires
Les implants cochléaires sont pris en charge à 65% par l’Assurance maladie, sur la base du tarif de responsabilité fixé par arrêté ministériel. Le coût total d’un implant (appareil + chirurgie + suivi) est pris en charge par le système de santé.
Procédure de remboursement
L’implant cochléaire doit être implanté dans l’un des centres agréés en France. Ces centres ont l’autorisation de pratiquer l’intervention et de proposer le suivi à long terme. Le financement fonctionne ainsi :
- Assurance maladie : 65% du tarif de responsabilité
- Mutuelle : peut couvrir une partie du reste à charge (variable)
- Patient : généralement peu ou pas de reste à charge si les conditions sont remplies
Les consultations, les tests diagnostiques et la chirurgie sont tous pris en charge. Le suivi post-opératoire (réglages des appareils externes, renouvellement des piles, etc.) dépend du centre et de la couverture sociale de la personne.
Les implants cochléaires sont reconnus comme des dispositifs médicaux implantables de classe III. Ils bénéficient d’une prise en charge spécifique réglementée par les articles du Code de la Sécurité sociale et soumis à un suivi clinique renforcé.
Suivi audioprothétique après appareillage
L’appareillage auditif n’est pas un acte ponctuel. Un suivi régulier et de qualité est essentiel pour assurer le bien-être et l’efficacité des aides auditives ou de l’implant cochléaire.
Les rendez-vous de suivi régulier
La personne appareillée doit :
- Consulter son audioprothésiste régulièrement : au minimum une fois par an pour vérifier le bon fonctionnement et ajuster les réglages si nécessaire
- Faire remplacer les piles : selon le type d’appareil, les piles durent de quelques jours à plusieurs semaines
- Entretenir ses appareils : nettoyage, protection contre l’humidité et la poussière
- Consulter son ORL : si problèmes persistants ou si la surdité s’aggrave
Renouvellement et adaptation de l’appareillage
Les aides auditives ne sont pas définitives. Après environ 4-5 ans, l’appareil vieillit, les technologies s’améliorent et les besoins de la personne peuvent changer. Un renouvellement de l’appareillage peut être recommandé.
Pour un renouvellement, la procédure est simple :
- Consulter l’audioprothésiste pour évaluer le besoin de renouvellement
- Obtenir une nouvelle ordonnance du médecin
- Choisir un nouvel appareillage (panier 100% santé ou autre)
- La prise en charge se refait selon le même barème
L’Assurance maladie prend en charge le renouvellement d’un appareil auditif au minimum tous les 4 ans. Un renouvellement plus rapide peut être accepté en cas de besoin médical justifié, mais il faudra justifier auprès de la CPAM.
Financement supplémentaire et aides complémentaires
Même avec le dispositif 100% santé et la mutuelle, certains usagers rencontrent des difficultés financières pour accéder aux aides auditives. Plusieurs dispositifs complémentaires existent.
Allocations et aides sociales
La personne en situation de handicap auditif peut bénéficier de plusieurs aides :
- Prestation de compensation du handicap (PCH) : allocation versée par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui peut couvrir une partie des frais liés au handicap auditif, notamment l’appareillage si une demande spécifique est formulée
- Allocation aux adultes handicapés (AAH) : permet à la personne de dégager des ressources pour payer le reste à charge éventuel
- Aide sociale départementale : certains départements proposent des aides spécifiques pour l’appareillage auditif
Pour accéder à ces aides, la personne doit déposer un dossier auprès de la MDPH de son département.
Mutuelles et complémentaires santé
Au-delà de l’obligation légale du 100% santé, certaines mutuelles proposent des forfaits supplémentaires :
- Couverture des appareils du panier intermédiaire ou libre
- Prise en charge des accessoires (télécommandes, chargeurs, housses de protection)
- Remboursement partiel des piles auditives
- Forfait annuel pour entretien et réparation
Il est judicieux de comparer les offres de mutuelle pour trouver la meilleure couverture audioprothétique.
La PCH, l’AAH et le remboursement de la mutuelle peuvent se cumuler pour réduire ou éliminer le reste à charge de l’usager. Il faut bien constituer son dossier MDPH en mentionnant spécifiquement le besoin en appareillage auditif et ses coûts.
Droits et reconnaissance du handicap auditif
La surdité ou la malentendance importante peut être reconnue comme un handicap au sens juridique. Cette reconnaissance ouvre des droits spécifiques.
La reconnaissance du handicap par la MDPH
Pour accéder à certaines aides financières (PCH, AAH, allocation d’éducation de l’enfant handicapé), la personne doit être reconnue comme en situation de handicap par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH).
Cette reconnaissance passe par :
- Un dépôt de dossier à la MDPH incluant un certificat médical détaillé sur l’audition
- Une évaluation par une équipe pluridisciplinaire
- Une orientation vers les droits et aides applicables
La personne reçoit une notification de décision indiquant si elle est reconnue comme handicapée et quels droits lui sont ouverts.
La carte mobilité inclusion pour les sourds
Bien que la surdité seule n’ouvre pas droit à la carte mobilité inclusion, certaines personnes sourdes ou malentendantes qui présentent également des difficultés de mobilité ou d’orientation (par exemple, les personnes sourdes-aveugles) peuvent en bénéficier.
Marc, 52 ans, a une surdité bilatérale profonde depuis l’âge de 30 ans. Il porte des aides auditives mais en retire un bénéfice limité. Il souhaite accéder à l’allocation aux adultes handicapés (AAH) pour compenser la perte de revenus due à sa maladie. Il dépose un dossier MDPH qui inclut une audiométrie, une lettre de son ORL et un certificat médical détaillé. La CDAPH (Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) valide sa reconnaissance et lui ouvre droit à l’AAH au taux partiel. Trois mois plus tard, Marc reçoit ses premiers versements.
L’essentiel à retenir
- Deux solutions principales : les aides auditives conventionnelles et les implants cochléaires pour les surdités profondes
- 100% santé garantit le remboursement d’appareils auditifs de base : tarif 750 € par appareil, reste à charge zéro si mutuelle complémentaire
- Ordonnance médicale obligatoire pour accéder à une aide auditive, délivrée par un médecin ou un ORL
- Implants cochléaires remboursés à 65% par l’Assurance maladie, chirurgie et suivi inclus, dans des centres agréés spécialisés
- Suivi audioprothétique régulier est essentiel : réglages, changement de piles, entretien
- Aides complémentaires possibles : PCH, AAH, aide sociale départementale pour réduire le reste à charge
- Reconnaissance du handicap par la MDPH ouvre l’accès à d’autres allocations et droits sociaux
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Comment obtenir une aide auditive gratuitement ?
L’aide auditive n’est pas totalement gratuite, mais elle peut être à 0 € de reste à charge. Cela fonctionne ainsi : si la personne choisit un appareil du panier 100% santé (750 € maximum), l’Assurance maladie rembourse 60% et la mutuelle complémentaire rembourse 40%. Au total, il n’y a rien à payer si la mutuelle accepte de couvrir la part obligatoire. Pour les personnes sans mutuelle, l’Aide à la complémentaire santé (ACS) permet également l’accès au 100% santé.
Faut-il absolument passer par l'Assurance maladie ?
Oui, l’Assurance maladie intervient obligatoirement dans le remboursement des aides auditives. Une ordonnance médicale est requise pour que l’audioprothésiste puisse dispenser des appareils auditifs. Cependant, la personne peut choisir un appareil au-delà du panier 100% santé si elle le souhaite, avec un reste à charge personnel.
Quels sont les critères pour bénéficier d'un implant cochléaire ?
L’implant cochléaire est réservé aux personnes atteintes de surdité bilatérale profonde (perte auditive grave des deux oreilles) pour lesquelles les aides auditives sont insuffisantes. Une batterie de tests auditifs, une imagerie médicale et une évaluation psychosociale sont nécessaires. La décision finale est prise par une équipe multidisciplinaire du centre implantatoire.
Combien de temps dure l'évaluation pour un implant cochléaire ?
L’évaluation pré-implantatoire dure généralement entre 4 et 6 mois. Elle comprend plusieurs consultations, tests auditifs, imagerie, et entretiens psychologiques. Cette durée peut varier selon les centres et la complexité du dossier médical de la personne.
Les aides auditives peuvent-elles être changées gratuitement après 4 ans ?
L’Assurance maladie prend en charge le renouvellement des aides auditives au minimum tous les 4 ans. Si la personne porte deux appareils, elle peut renouveler un seul ou les deux. Un renouvellement plus rapide peut être accepté en cas de besoin médical justifié, mais l’accord préalable de la CPAM est généralement nécessaire.
La MDPH peut-elle financer une partie de l'appareillage auditif ?
Oui, si la personne est reconnue comme en situation de handicap par la MDPH, elle peut bénéficier d’une Prestation de compensation du handicap (PCH) qui peut couvrir les frais d’appareillage. Il faut faire une demande spécifique auprès de la MDPH en incluant les devis des appareils et une justification du besoin.
Besoin d’aide pour accéder à vos aides auditives ?
Les démarches administratives pour obtenir une aide auditive ou un implant cochléaire peuvent être complexes. Si la personne en situation de handicap auditif a besoin d’aide pour constituer un dossier, comprendre ses droits ou naviguer dans le système de santé, l’équipe de portail-handicap.fr est disponible pour l’accompagner.
Pour en savoir plus sur les autres aides techniques et équipements accessibles aux personnes handicapées, consulter également les guides spécialisés sur les fauteuils roulants, les aides visuelles, et le financement global des aides techniques.
Notre équipe peut vous accompagner dans la constitution de votre dossier MDPH, vos demandes de financement ou vos questions sur le remboursement de vos appareils auditifs.
Témoignages
— Isabelle, 48 ans, appareillée depuis 3 ansFranchement j’avais peur d’être ruinée par les aides auditives, j’imaginais des milliers d’euros de reste à charge. Et puis mon ORL m’a dit qu’avec le 100% santé j’allais pas payer grand chose. Au final j’ai payé 0 € grâce à ma mutuelle qui a couvert le reste. Je suis super contente, mes deux appareils marchent nickel et pour une fois l’admin française c’était facile.
— Thomas, 35 ans, implanté cochléaire depuis 2 ansL’implant cochléaire ça change vraiment la vie mais c’est vrai que ça a été long. Entre les tests, les consultations et l’avis psy, j’ai attendu 5 mois avant la chirurgie. Mais franchement ça en valait la peine. Les premiers mois après la pose c’était chelou, faut s’habituer au bruit. Maintenant j’entends bien, j’arrive à suivre les films au cinéma sans sous-titres et ça c’est cool. Portail-handicap m’a vraiment aidé à comprendre les démarches.
— Catherine, 62 ans, mère d'une enfant sourdeMa fille a grandi avec un appareillage auditif mais elle a voulu se renseigner sur un implant quand elle a eu 20 ans. On a galèré pour trouver le bon centre, les explications claires c’était pas facile. Au final elle a décidé de rester avec ses appareils qui lui conviennent. L’important c’est d’avoir les bonnes infos et de pas se précipiter dans une décision. Les aides auditives c’est vraiment efficace maintenant.



