Qu’est-ce que la spasticité ?
La spasticité est une augmentation anormale du tonus musculaire qui provoque des contractures et des raideurs involontaires. Elle survient suite à une lésion du système nerveux central : lésion médullaire, accident vasculaire cérébral (AVC), traumatisme crânien, sclérose en plaques ou paralysie cérébrale.
Lorsque le système nerveux ne contrôle plus correctement les muscles, ceux-ci se contractent de façon incontrôlée et maintenue. Cette raideur peut être douloureuse, limiter les mouvements et compliquer les gestes du quotidien comme les transferts ou l’habillage.
La spasticité est très fréquente chez les personnes présentant une lésion médullaire ou ayant connu un accident vasculaire cérébral. Elle peut apparaître quelques semaines ou quelques mois après l’événement qui l’a provoquée.
Il est important de distinguer la spasticité d’autres troubles moteurs : la rigidité (raideur constante) ou la dystonie (mouvements involontaires). Seul un professionnel de santé peut poser le diagnostic exact.
La spasticité est considérée comme une limitation d’activité et peut être compensée par les aides techniques et les allocations (PCH pour aide humaine, appareillage…).
Symptômes et impact sur le quotidien
Les manifestations de la spasticité varient d’une personne à l’autre :
- Raideur musculaire persistante, surtout aux jambes, bras ou mains
- Contractures qui limitent l’amplitude des mouvements
- Douleurs musculaires ou articulaires
- Gêne aux transferts (lit-fauteuil, position assise)
- Difficultés à s’habiller, à se toiletter
- Mouvements involontaires ou spasmes soudains
- Fatigue accrue en fin de journée
La spasticité s’intensifie souvent en cas de fatigue, de stress, d’infection (notamment urinaire), de froid ou de certains mouvements. Identifier et éviter ces facteurs aggravants aide à mieux gérer les symptômes.
Les traitements de la spasticité
Aucun traitement ne guérit la spasticité, mais plusieurs approches permettent de réduire la raideur musculaire et d’améliorer la qualité de vie. Le traitement est souvent combiné : rééducation + médicaments + toxine botulique ou autres techniques.
Rééducation et prévention
La rééducation est le premier traitement à mettre en place. Une bonne prise en charge motrice limite l’aggravation et prolonge l’autonomie. Les séances de rééducation en centre spécialisé incluent :
- Exercices d’étirement réguliers des muscles contracturés
- Mobilisations passives (kinésithérapeute), actives (patient) ou activo-passives
- Travail de la position assise ou allongée
- Conseil sur les positions au repos (attelles, coussins positionnants)
- Utilisation d’un système de verticalisation pour les jambes
Ces exercices doivent être répétés régulièrement (minimum 3 à 5 fois par semaine) pour être efficaces. L’aide d’un proche ou d’une aide-soignante est souvent nécessaire.
Monsieur T. a une lésion médullaire au niveau dorsal. Ses jambes sont très contracturées. Son kinésithérapeute lui propose 2 séances par semaine en cabinet et des exercices quotidiens à domicile (15 minutes le matin et le soir). Après 2 mois, l’amplitude de ses mouvements s’est améliorée de 20°.
Traitement médicamenteux : le baclofène
Le baclofène est le médicament de première intention pour traiter la spasticité modérée à sévère. C’est un relaxant musculaire qui agit sur le système nerveux central pour réduire les contractions involontaires.
Baclofène par voie orale :
- Comprimés à avaler, en augmentation progressive : commençant à 5-10 mg par jour
- Dose progressive jusqu’à 40-80 mg par jour (maximum 100 mg), répartie en 3 à 4 prises
- Efficacité : diminution de 30 à 50 % de la spasticité selon les cas
- Effets secondaires possibles : fatigue, somnolence, vertiges, nausées (diminuent souvent après quelques semaines)
- Contre-indication chez les personnes épileptiques
Le baclofène par voie orale est remboursé à 65 % par l’Assurance Maladie. Le coût mensuel est très modéré (moins de 5 €).
Baclofène par pompe intrathécale :
Pour les formes sévères non soulagées par les comprimés, une pompe peut être implantée chirurgicalement dans l’abdomen. Cette pompe injecte le baclofène directement dans le liquide céphalorachidien au niveau de la moelle épinière.
- Efficacité bien supérieure à la voie orale (réduction de 70 à 90 % de la spasticité)
- Doses beaucoup plus faibles (0,5 à 10 mg par jour au lieu de 80 mg)
- Moins d’effets secondaires systémiques
- Interventions régulières pour remplir le réservoir (tous les 1 à 3 mois selon la dose)
- Coût initial important (15 000 à 25 000 €) mais remboursé
- Risque de complication : infection, malfonctionnement de la pompe, sevrage accidentel
Un arrêt soudain du baclofène intrathécal peut entraîner des symptômes graves : une augmentation massive de la spasticité, des contractures sévères, voire un coma. Tout problème de pompe doit être signalé immédiatement à l’hôpital.
Toxine botulique (Botox)
La toxine botulique (Botox) est une protéine qui paralyse temporairement les muscles contracturés. Elle est injectée directement dans les muscles atteints par un neurologue ou un médecin spécialisé.
- Injection locale dans les muscles : jambes, bras, mains, mâchoire selon les besoins
- Délai d’action : 3 à 7 jours pour les premiers effets, maximum à 2 semaines
- Durée d’action : 3 à 4 mois en moyenne
- Réinjections tous les 3-4 mois indispensables pour maintenir l’effet
- Efficacité : excellente pour les contractures focales (muscle unique ou petit groupe musculaire)
- Effets secondaires rares et localisés : faiblesse temporaire du muscle traité, douleur au point d’injection
Pour améliorer l’efficacité de la toxine botulique, une rééducation intensive doit être poursuivie dans les semaines suivant l’injection. C’est la combinaison toxine + kinésithérapie qui donne les meilleurs résultats.
Prise en charge : La toxine botulique est partiellement remboursée par l’Assurance Maladie sur prescription médicale (environ 50 % du coût), sous conditions.
Madame K. a eu un AVC il y a 2 ans. Ses mollets sont très contracturés, ce qui l’empêche de marcher avec ses appareils. Son neurologue propose des injections de toxine botulique dans les mollets. Après 3 semaines, la raideur diminue, et avec la kinésithérapie, elle peut à nouveau porter ses chaussures et marcher 200 mètres avec ses orthèses.
Autres traitements locaux
Alcool ou phénol :
Ces substances sont injectées dans les nerfs pour paralyser temporairement le muscle spastique. Moins utilisées qu’avant (remplacées par la toxine botulique), elles peuvent encore être envisagées dans certains cas.
- Effet moins précis que la toxine botulique
- Durée : 3 à 6 mois
- Coût réduit par rapport à Botox
- Risque d’effets secondaires plus importants
Orthèses et attelles :
Le port régulier d’orthèses (attelles de nuit, chevillères, corsets) aide à maintenir les articulations dans une bonne position et à réduire les contractures. Les aides techniques peuvent être financées via la Prestation de Compensation du Handicap (PCH).
Chirurgie
La chirurgie (allongement de tendons, arthrodèse) est envisagée en dernier recours quand la spasticité crée des déformations permanentes incompatibles avec l’autonomie ou les soins. Ces interventions sont complexes et nécessitent un avis spécialisé.
Prise en charge et remboursement
Les traitements de la spasticité sont remboursés par l’Assurance Maladie, à condition qu’ils soient prescrits par un médecin.
- Kinésithérapie : 60 séances par an remboursées à 60 %
- Baclofène oral : remboursement à 65 %
- Toxine botulique : environ 50 % selon les conditions
- Pompe intrathécale : acte chirurgical couvert à 100 %
Certaines associations de handicap moteur proposent des aides complémentaires pour les traitements non remboursés ou en attente de couverture.
La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) peut couvrir une partie de vos frais de rééducation et d’appareillage. Consultez notre comparateur pour savoir si cette aide vous convient.
Conseils pratiques pour gérer la spasticité au quotidien
Maintenir une bonne hygiène de vie
- Hydratation : boire régulièrement pour éviter la déshydratation qui aggrave la spasticité
- Sommeil : dormir au moins 7-8 heures par nuit, la fatigue intensifie les contractures
- Chaleur : utiliser des coussins chauffants ou prendre un bain chaud avant les exercices (décontracte les muscles)
- Froid : éviter l’exposition au froid qui aggrave les contractures
- Gestion du stress : la relaxation et la méditation peuvent réduire la spasticité liée au stress
Pratiquer les exercices à domicile
La rééducation en cabinet est essentielle, mais les exercices quotidiens à domicile sont tout aussi importants. Un professionnel peut proposer un programme personnalisé. L’aide d’un proche ou d’une aide-soignante rend ces exercices plus réguliers.
Durée recommandée : minimum 15 à 30 minutes par jour, répartis en 2 à 3 sessions.
Prévenir les infections urinaires
Les infections urinaires aggravent considérablement la spasticité. Les personnes avec une lésion médullaire doivent être particulièrement vigilantes concernant l’auto-sondage urinaire et l’hygiène.
La spasticité s’aggrave lors de : infections (surtout urinaires), fatigue, stress, froid, constipation, vêtements trop serrés, position assise prolongée. Identifier ses facteurs personnels aide à mieux prévenir les crises.
L’essentiel à retenir
- La spasticité est une augmentation du tonus musculaire suite à une lésion du système nerveux (lésion médullaire, AVC, sclérose en plaques…)
- Elle limite l’autonomie, provoque des douleurs et des contractures
- Le traitement combine rééducation, médicaments (baclofène) et toxine botulique
- La rééducation régulière est le fondement de tout traitement efficace
- Baclofène oral : première intention, remboursé
- Toxine botulique : excellente pour les contractures focales, tous les 3-4 mois
- Pompe intrathécale : pour les formes sévères, très efficace mais interventions régulières nécessaires
- Les aides techniques (orthèses, attelles) sont remboursables par la PCH
- Gérer les facteurs aggravants (stress, froid, fatigue, infections) est essentiel
Questions fréquentes
Questions fréquentes
La spasticité disparaît-elle avec le temps ?
Non, la spasticité ne disparaît pas spontanément. Elle peut même s’aggraver si elle n’est pas traitée. Cependant, une prise en charge précoce et régulière (rééducation, médicaments) permet de maintenir une bonne qualité de vie et d’éviter les déformations permanentes.
Peut-on combiner baclofène et toxine botulique ?
Oui, absolument. La combinaison baclofène oral + toxine botulique locale est très efficace. Le baclofène agit sur toute la spasticité du corps, tandis que la toxine botulique cible les muscles spécifiquement contracturés. Beaucoup de patients utilisent les deux en même temps.
Combien de temps avant de sentir les effets du traitement ?
- Baclofène oral : 5 à 7 jours pour les premiers effets, efficacité maximale après 2-3 semaines
- Toxine botulique : 3 à 7 jours, maximum à 2 semaines
- Rééducation : les effets se voient après 4 à 6 semaines si l’exercice est régulier
La spasticité peut-elle s'aggraver après un traitement ?
L’arrêt soudain d’un traitement peut provoquer une aggravation. C’est particulièrement important avec la pompe intrathécale : un arrêt brusque du baclofène cause une augmentation massive de la spasticité. Tout changement de traitement doit être graduel et supervisé par un médecin.
Quelles aides financières pour les traitements ?
- Assurance Maladie : remboursement de 60 à 100 % des traitements médicamenteux et kinésithérapie
- PCH (Prestation de Compensation du Handicap) : peut financer aide humaine pour exercices à domicile, appareillage, orthèses
- AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé) : pour les enfants de moins de 20 ans
- Associations : aides complémentaires selon les régions
Faut-il hospitaliser pour placer une pompe intrathécale ?
Oui, la pose d’une pompe intrathécale est une intervention chirurgicale qui nécessite une hospitalisaton de 2-3 jours. Après, la gestion de la pompe se fait en consultations externes (remplissage tous les 1 à 3 mois).
Vous avez des questions sur la prise en charge de la spasticité, les aides financières ou les démarches administratives ? L’équipe de portail-handicap.fr est là pour vous accompagner.
Témoignages
— Olivier, 38 ans, lésion médullaire depuis 8 ansAu début j’ai pas vraiment traité ma spasticité parce que je savais pas que c’était grave. Mais avec le temps mes jambes sont devenues tellement rigides que j’arrivais presque plus à les plier. Mon médecin a commencé par du baclofène mais ça me fatiguait trop. Maintenant j’ai des injections de Botox tous les 4 mois dans les jambes et je fais de la kiné 2 fois par semaine. C’est beaucoup mieux, je peux faire mes transferts sans trop de difficultés.
— Claire, 56 ans, mère d'une fille AVC à 28 ansL’AVC de ma fille a changé nos vies du jour au lendemain. Elle avait une spasticité horrible dans le bras, à tel point qu’elle ne pouvait plus le tenir droit. Les médecins ont fait des injections de Botox. On a pas vu de différence les 2-3 premiers jours mais ensuite ouais c’était visible. Combiné avec la kiné, ça l’a vraiment aidée à reprendre confiance.
— Yves, 61 ans, reconnu travailleur handicapé, aide-soignant retraitéJ’ai connu un collègue qui avait une pompe intrathécale. Lui il disait que c’était le meilleur traitement qu’il ait jamais eu. Avant il avait très mal aux jambes à cause de la spasticité, et après c’était tranquille. Bon c’est une opération donc c’est pas rien, mais pour lui ça valait vraiment le coup. Il devait juste se faire remplir sa pompe tous les 2-3 mois.



