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Scolarité de l’enfant déficient visuel : accompagnement et droits

La scolarité d’un enfant en situation de déficience visuelle suppose d’adapter l’environnement scolaire, le matériel pédagogique et les méthodes d’apprentissage. En France, chaque enfant malvoyant ou aveugle a le droit d’accéder à une scolarisation inclusive, avec des aides humaines et matérielles adaptées à ses besoins spécifiques.

Cette page explique les droits de l’enfant déficient visuel à l’école, les aides disponibles (AESH, matériel adapté, aménagements), et comment mettre en place ces dispositifs par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).

Cadre juridique de la scolarité inclusive

La loi du 11 février 2005 reconnaît le droit à l’éducation pour tous les enfants en situation de handicap. Complétée par la loi du 28 juillet 2005 et réaffirmée par la loi « Égalité et Citoyenneté » de 2017, cette obligation légale impose à l’État d’inscrire l’enfant handicapé à l’école ordinaire et de lui proposer un parcours scolaire adapté.

L’enfant déficient visuel doit être scolarisé en classe ordinaire en priorité, dans son école de quartier ou un établissement de son choix. Des aménagements spécifiques permettent à l’enfant de suivre la même scolarité que ses pairs voyants.

⚖️ Article L. 111-1 du Code de l'éducation

Tout enfant, tout adolescent handicapé est scolarisé dans l’établissement scolaire le plus proche de son domicile, sauf s’il nécessite un enseignement en établissement spécialisé.

L’AESH : l’accompagnant essentiel à l’école

L’AESH (Accompagnant d’Élèves en Situation de Handicap) est un professionnel chargé d’accompagner l’enfant déficient visuel durant sa journée scolaire. Il ou elle assiste l’enfant dans les gestes du quotidien et peut aussi soutenir la lecture, la description d’images, la prise de notes ou la navigation dans l’établissement.

L’AESH n’est pas un tuteur, mais un facilitateur d’accès aux apprentissages. L’enfant conserve son autonomie et sa responsabilité dans ses études.

Rôle de l'AESH selon le type de déficience visuelle

  • Pour l’enfant aveugle : description des tableaux et documents visuels, accompagnement à la mobilité en classe, aide au repérage spatial
  • Pour l’enfant malvoyant : agrandissement de documents, guidage dans les déplacements, aide à la prise de notes si vision faible
  • Pour les deux : aide à l’utilisation d’outils informatiques adaptés (lecteur d’écran, logiciel de lecture)

Pour obtenir un AESH, la famille doit faire une demande auprès de la MDPH et justifier le besoin par un bilan des difficultés de l’enfant. L’attribution est proposée dans le Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) ou le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS).

Matériel pédagogique adapté

L’enfant déficient visuel a besoin de matériel spécialisé pour accéder aux apprentissages au même titre que ses camarades. Ces équipements sont essentiels pour compenser la déficience visuelle et garantir l’égalité des chances à l’école.

Matériel pour l’enfant aveugle

  • Braille : apprentissage de la lecture et de l’écriture en Braille dès le cycle 1 ou 2
  • Livres en Braille : manuels scolaires transcrits (fournis par les éditeurs scolaires ou associations)
  • Ordinateur avec lecteur d’écran : NVDA ou JAWS pour accéder aux documents numériques, exercices interactifs
  • Bloc-notes Braille électronique : pour prendre des notes rapidement en classe
  • Canne blanche : pour se déplacer de façon autonome dans l’école
  • Chien guide : certains enfants aveugles peuvent être accompagnés d’un chien guide formé à l’école, sous conditions

Matériel pour l’enfant malvoyant

  • Logiciels d’agrandissement : ZoomText, Supernova (grossissement écran jusqu’à 60×)
  • Lunettes ou verres spécialisés : verres amétropiques, filtres colorés pour gérer la sensibilité à la lumière
  • Télé-agrandisseur : appareil qui projette un document sur écran avec zoom
  • Lampe et support d’éclairage : optimiser l’accès à la lecture en papier
  • Livres en gros caractères ou impression agrandie : manuels scolaires en version spéciale
  • Outils d’aides optiques et électroniques : loupe électronique, support de lecture
📊 Coût du matériel adapté

Le coût du matériel pour un enfant déficient visuel peut varier de 500 € à 5 000 € selon les équipements (ordinateur adapté, logiciels spécialisés). Cet équipement est en partie ou totalement pris en charge par la MDPH via l’allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé (AEEH) ou la Prestation de Compensation du Handicap (PCH).

Le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS)

Le PPS est le document clé qui définit l’ensemble des aménagements, aides et objectifs pédagogiques adaptés à l’enfant déficient visuel. Il est établi par la CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées), sur la base d’une demande MDPH.

Le PPS comprend :

  • Les besoins spécifiques de l’enfant (déficience visuelle complète, malvoyance, photosensibilité, etc.)
  • L’attribution d’un AESH (si nécessaire et pour combien d’heures par semaine)
  • La fourniture de matériel adapté
  • Les aménagements pédagogiques (temps supplémentaire pour les examens, format numérique, etc.)
  • La mise en œuvre au sein de l’école (classe ordinaire, Unité Localisée pour l’Inclusion Scolaire — ULIS si besoin)
  • Le suivi médical et thérapeutique éventuellement nécessaire
  • Les objectifs de progrès jusqu’à la prochaine révision (tous les ans en général)
💡 Cas pratique : mise en place d'un PPS pour un enfant malvoyant

Thomas, 8 ans, atteint de rétinite pigmentaire, est scolarisé en CE2. Ses parents demandent un PPS auprès de la MDPH. Après évaluation, la CDAPH décide :

  • Maintien en classe ordinaire (CE2) avec AESH pour 15 h/semaine
  • Fourniture d’un ordinateur avec logiciel ZoomText
  • Impressions en gros caractères pour les documents scolaires
  • Aménagement des examens (+ 25 % de temps, lecteur de documents))
  • Suivi par une enseignante spécialisée en déficience visuelle 2 h/semaine

Grâce à ce PPS, Thomas suit le même programme que ses camarades, avec les adaptations nécessaires pour sa vision.

L’AEEH : aide financière pour la scolarité

L’ Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé (AEEH) est une aide financière mensuelle destinée à couvrir les surcoûts de l’éducation de l’enfant handicapé. Elle peut financer :

  • L’achat de matériel pédagogique adapté (ordinateur, logiciels, Braille)
  • Les interventions de professionnels paramédicaux (orthoptiste, orthophoniste, ergothérapeute)
  • Les frais de transport vers l’école (taxi adapté si nécessaire)
  • Les frais de garde ou de soutien scolaire externes

Le montant de l’AEEH varie selon le taux d’incapacité reconnu par la MDPH. En 2025, l’allocation de base est de 179,55 €/mois, et des majorations sont possibles jusqu’à 947,65 €/mois si l’enfant a besoin d’une aide humaine importante.

En savoir plus sur les conditions d’obtention de l’AEEH et les démarches.

⚠️ Cumul AEEH et PCH en 2025

Depuis 2021, les familles peuvent cumuler l’AEEH et la PCH (Prestation de Compensation du Handicap) pour financer à la fois l’aide humaine et le matériel. Cela représente une ressource importante pour équiper l’enfant déficient visuel à l’école. Vérifiez auprès de votre MDPH si cette double demande vous avantage.

Aménagements des examens et évaluations

Les enfants déficients visuels bénéficient de droits spécifiques lors des examens (évaluations nationales, brevet, baccalauréat). Ces aménagements garantissent une égalité des chances.

Types d’aménagements possibles

  • Temps supplémentaire : +25 % ou +50 % selon le degré de déficience
  • Lecteur de documents : un tiers lit les énoncés et questions à voix haute
  • Utilisation d’outils informatiques : ordinateur avec lecteur d’écran, agrandisseur, suite bureautique adaptée
  • Épreuves en format adapté : documents en gros caractères, en Braille, en version numérique
  • Salle isolée : pour réduire les distractions et les sensibilités auditives
  • Secrétaire-transcripteur : pour l’enfant qui ne peut pas écrire (cas rare)

Ces aménagements doivent être demandés auprès du rectorat et du chef d’établissement au moins 3 mois avant l’examen. Idéalement, ils sont déjà mentionnés dans le PPS de l’enfant.

Moyens de communication à l’école

Au-delà du matériel, l’école doit adapter ses méthodes pédagogiques pour que l’enfant déficient visuel accède à tous les apprentissages, notamment :

  • Description orale des éléments visuels : tableaux, schémas, diagrammes, images du manuel
  • Accès numérique aux documents : livres en version électronique plutôt qu’en papier simple
  • Interaction enseignant-élève adaptée : favoriser la participation orale, les explications verbales
  • Ressources multisensorielles : modèles tactiles, objets concrets, audio-descriptions

Cette adaptation fait partie intégrante de la responsabilité de l’établissement scolaire. Les enseignants reçoivent (ou devraient recevoir) une formation spécialisée ou un appui d’une association spécialisée en déficience visuelle.

Ressources pédagogiques en ligne

Plusieurs organismes et associations mettent à disposition des ressources gratuites ou peu coûteuses :

RQTH et orientation professionnelle pour les enfants plus âgés

À partir de la classe de 3e ou du lycée, l’enfant déficient visuel commence à réfléchir à son orientation professionnelle et à ses capacités de travail. À ce stade, il peut envisager une Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH).

La RQTH permet à l’adolescent ou au jeune adulte de bénéficier :

  • D’aménagements lors des examens professionnels ou du CAP
  • D’accompagnement par un conseiller Cap emploi pour préparer son orientation
  • De contrats ou de stages adaptés en entreprise
  • De formations spécialisées en agence de réadaptation

Pour en savoir plus : travailler avec un handicap visuel.

Le rôle des parents et de la famille

Les parents jouent un rôle central dans la réussite scolaire de l’enfant déficient visuel. Leurs responsabilités incluent :

  • Initier les démarches MDPH : demande de PPS, AEEH, matériel adapté
  • Coopérer avec l’école : rencontres régulières avec l’enseignant et l’AESH pour évaluer les progrès
  • Suivre le développement de l’enfant : soutien affectif, aide aux devoirs selon les capacités
  • Maintenir les contacts médicaux : suivi ophtalmologique régulier, orthoptie, adaptations éventuelles
  • Engager des recours si nécessaire : appel d’une décision MDPH jugée insuffisante, procédure médiation
⚠️ Délai de renouvellement du PPS

Le PPS est généralement renouvelé chaque année à la rentrée scolaire, ou tous les 2-3 ans selon les cas. Ne pas oublier de demander le renouvellement auprès de la MDPH environ 3 mois avant expiration pour éviter une interruption des aides.

Transition vers l’enseignement supérieur

Un enfant déficient visuel scolarisé en milieu ordinaire peut accéder à l’enseignement supérieur (université, école spécialisée, BTS, licence). Les universités proposent désormais des services d’accessibilité :

  • Bureau d’accueil des étudiants en situation de handicap (BAESH)
  • Aménagements d’examens (temps supplémentaire, tiers-lecteur, numérique)
  • Fourniture de documents en format adapté
  • Accompagnement pédagogique et psychologique

Il est conseillé de contacter le service d’accessibilité de l’université dès l’inscription, au minimum 2 mois avant la rentrée.

L’essentiel à retenir

📌 Points clés de la scolarité en déficience visuelle

  • La scolarité inclusive est un droit : tout enfant déficient visuel doit être accueilli à l’école ordinaire, avec aménagements.
  • Le PPS est le document central : il définit l’AESH, le matériel adapté, les aménagements pédagogiques et d’examens.
  • L’AESH accompagne mais n’isole pas : il facilite l’accès aux apprentissages en classe ordinaire avec les autres enfants.
  • Le matériel adapté est un droit financé : AEEH et PCH couvrent ordinateur, logiciels, Braille, impression spéciale.
  • Les aménagements d’examens sont garantis : temps supplémentaire, tiers-lecteur, format numérique ou Braille.
  • La famille et l’école travaillent ensemble : suivi régulier, communication, anticipation des besoins.
  • Les transitions se préparent : RQTH avant le travail, services d’accessibilité avant l’université.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Quel est le délai d'obtention d'une aide AESH pour l'année scolaire ?

Le délai varie selon les départements, mais en moyenne, il faut compter 3 à 4 mois après la demande MDPH. Pour ne pas débuter l’année sans accompagnement, il est recommandé de déposer le dossier auprès de la MDPH avant mai/juin de l’année précédente. En cas d’urgence, une AESH peut être nommée temporairement en attente de la décision officielle.

Mon enfant peut-il suivre les cours en classe ordinaire avec un PPS ?

Oui, c’est même l’objectif principal. Le PPS permet à l’enfant de suivre la classe ordinaire avec des aides humaines et matérielles adaptées. Une scolarisation en ULIS (classe spécialisée) peut être proposée si nécessaire, mais elle ne doit pas être la première option.

Qui finance le matériel adapté (ordinateur, logiciels) ?

La MDPH finance le matériel via l’AEEH ou la PCH, selon le taux d’incapacité et les besoins. Le matériel est généralement acheté sur prescription de la CDAPH et facturé à la MDPH. Certaines associations de déficience visuelle peuvent aussi proposer des prêts de matériel ou des aides partielles.

L'enfant doit-il obligatoirement apprendre le Braille ?

Non, l’apprentissage du Braille n’est pas obligatoire. C’est une option pédagogique qui dépend du projet de l’enfant, de sa capacité à l’apprendre, et de ses besoins futurs. Certains enfants malvoyants préfèrent privilégier la vision résiduelle avec des aides optiques. Cela doit être discuté avec les parents, l’enseignant et l’enfant.

Comment contester une décision MDPH jugée insuffisante ?

Les parents ont le droit de demander une révision de la décision dans les 2 mois après la notification, ou de déposer un appel auprès de la Cour Administrative d’Appel. Une médiation peut être tentée avant. Il est conseillé de se rapprocher d’une association de déficience visuelle ou d’un avocat spécialisé en droit du handicap pour préparer le recours.

Quel contact si l'école ne met pas en place les aides du PPS ?

Si l’établissement ne respecte pas la décision MDPH, les parents peuvent saisir :

  • Le chef d’établissement et l’inspecteur d’académie
  • La Commission de Suivi de la Scolarisation (CSS) via la MDPH, qui se réunit chaque trimestre
  • Un médiateur académique
  • En dernier recours, un tribunal administratif

Besoin d’aide pour les démarches ?

📞 Vous avez besoin d'accompagnement pour les démarches MDPH ou la mise en place du PPS de votre enfant ?

Nos experts peuvent vous aider à constituer votre dossier MDPH, à comprendre les droits de votre enfant, et à organiser le suivi scolaire adapté.

Témoignages

Franchement c’était galère au début pour comprendre tous les aides et les papiers MDPH.. mais ça valait le coup de persévérer. Ma fille Léa est en CM1 maintenant avec une AESH depuis 2 ans et elle suit normal avec ses copains de classe. L’ordi avec ZoomText ça lui permet de lire les docs comme tout le monde. Le PPS on l’a renouvelé chaque année et franchement l’école suit bien. Conseil : lancez les démarches bien avant la rentrée et posez plein de questions à la MDPH.

— Valérie, 48 ans, mère d'une fille malvoyante

Honnêtement quand Mathis a été diagnostiqué aveugle à 5 ans on savait pas du tout ce qu’on allait faire pour l’école. Mais la MDPH a été super, ils nous ont expliqué le Braille, l’ordi adapté, tout ça. L’AEEH c’est vraiment utile pour payer le matos. Mathis il est en classe normale avec une AESH depuis la maternelle. Il a ses copains à l’école et il suit tout comme les autres même s’il doit pas voir le tableau. Le seul problème c’est les délais pour avoir les aides au début, faut vraiment pas trainer.

— Laurent, 42 ans, papa d'un enfant aveugle

En tant qu’enseignante spécialisée j’accompagne une trentaine d’enfants et ados avec une déficience visuelle pour l’adaptation pédagogique. Portail-handicap m’a vraiment aidée à comprendre tout le systeme des aides et droits quand j’ai commencé. Les parents y trouvent des infos fiables sur comment mettre en place un PPS et quels droits demander. C’est important que les parents connaissent leurs droits parce que l’inclusion ça marche que si tout est bien coordinné entre l’école, la MDPH et la famille.

— Sophie, 35 ans, enseignante spécialisée en déficience visuelle