La langue des signes française (LSF) est une langue à part entière. Pour faciliter la communication entre les personnes sourdes ou malentendantes et les entendants, les interprètes LSF jouent un rôle essentiel. Ils assurent la traduction entre la LSF et le français parlé ou écrit, garantissant l’accès à l’information et aux services publics.
Cette page explique comment trouver un interprète qualifié, les droits légaux en matière d’interprétation et les dispositifs de financement disponibles.
Un interprète LSF est un professionnel formé et certifié qui traduit la langue des signes française en français parlé et écrit, et inversement. Cette traduction ne se limite pas à une simple transcription des mots : elle transmet aussi le sens, le contexte et les nuances culturelles. Les interprètes LSF sont présents dans les administrations, les hôpitaux, les tribunaux, les entreprises et les événements publics.
Droits légaux à l’interprétation LSF
La loi française reconnaît le droit d’accès à l’interprétation pour les personnes sourdes et malentendantes. Cet accès doit être gratuit ou pris en charge dans un cadre légal précis.
La loi reconnaît la LSF comme une langue à part entière et garantit le droit à l’interprétation pour les personnes sourdes dans les domaines essentiels (administration, santé, justice, emploi).
Interprétation dans l’administration et les services publics
Les administrations et les services publics ont l’obligation de mettre à disposition un interprète LSF pour les personnes sourdes qui en demandent un. Cela concerne :
- Les rendez-vous à la MDPH, à la CAF, à Pôle Emploi et à la Sécurité Sociale
- Les démarches à la préfecture, à la mairie ou à la déclaration d’impôts
- Les consultations dans les hôpitaux et les cliniques
- Les audiences devant les tribunaux
- Les réunions d’information ou de formation publiques
Il est important d’indiquer le besoin d’un interprète LSF au moment de la prise de rendez-vous, et si possible au moins 5 à 10 jours avant la date prévue. Cela laisse le temps à l’organisme de trouver un interprète disponible. Une demande très tardive risque de ne pas être satisfaite.
Interprétation à l’école et à la formation
Les enfants sourds ou malentendants scolarisés en milieu ordinaire ont droit à un accompagnant (AESH) qui peut aussi assurer une fonction d’interprétation, ou à un interprète LSF dédié. Cette aide est définie par la Commission des droits et de l’autonomie de la persone (CDAPH) dans le projet personnalisé de scolarisation (PPS).
Interprétation dans l’emploi
Une personne sourde reconnue travailleur handicapé peut bénéficier d’un financement pour l’interprétation LSF sur le lieu de travail. Cela relève de l’obligation d’aménagement du poste. Le coût peut être pris en charge par :
- L’Agefiph (pour le secteur privé)
- Le FIPHFP (pour la fonction publique)
- La Maison France Services locale
Comment trouver un interprète LSF
Plusieurs canaux permettent de localiser et de contacter un interprète qualifié.
Camille est sourde et doit consulter un cardiologue. Elle appelle l’hôpital 2 semaines avant son rendez-vous et demande explicitement un interprète LSF. Elle précise l’heure du rendez-vous et le type de consultation. L’hôpital confirme la présence d’un interprète. Le jour J, l’interprète arrive 15 minutes avant la consultation pour se préparer avec Camille. La consultation se déroule avec la traduction simultanée. L’interprète reste neutre et ne participe pas aux décisions médicales.
Les annuaires et plateformes spécialisées
Plusieurs ressources permettent de trouver des interprètes LSF :
- Les associations de sourds : Elles tiennent à jour des listes d’interprètes et peuvent recommander des professionnels qualifiés (voir associations handicap auditif)
- L’Anpe (Association Nationale des Professionnels de l’Interprétation) : Elle propose un annuaire national des interprètes LSF certifiés
- Les plateformes en ligne : Certains sites spécialisés recensent les interprètes par région et domaine de spécialité
- Les MDPH locales : Elles peuvent orienter vers des prestataires agrées
L’interprétation à distance
Depuis quelques années, l’interprétation LSF en visioconférence s’est développée. Cela permet à une personne sourde de communiquer en LSF lors d’une consultation médicale, d’un appel avec l’administration ou d’une réunion professionnelle sans se déplacer. Les frais de cette interprétation à distance peuvent aussi être pris en charge selon le contexte.
Ne pas confondre l’interprète LSF avec d’autres formes d’aide :
- Le codeur LPC : utilise le Langage Parlé Complété (signes manuels complétant la lecture labiale)
- Le sous-titrage temps réel : transcription écrite en direct des paroles
- L’écrivain public : aide à rédiger des documents administratifs
- L’AESH en milieu scolaire : peut assurer une fonction d’accompagnement et d’interprétation
Financer l’interprétation LSF
L’interprétation LSF doit être gratuite dans les contextes légalement obligatoires. Dans les autres cas, elle peut être financée par plusieurs dispositifs.
Prise en charge par les services publics
Les administrations et services publics doivent supporter le coût de l’interprétation qu’ils mettent à disposition. Cela concerne :
- Les rendez-vous à la MDPH, à la CAF, à Pôle Emploi, etc.
- Les consultations hospitalières
- Les audiences judiciaires
- Les formations financées par l’État
Aucun frais ne doit être demandé à la personne sourde.
La PCH (Prestation de Compensation du Handicap)
La PCH peut financer les frais d’interprétation sous forme d’aide humaine. Pour cela, il faut :
- Être reconnu par la MDPH comme ayant besoin d’une aide humaine
- Justifier le nombre d’heures d’interprétation nécessaires par mois
- Demander cette aide dans son dossier MDPH
Le montant de la PCH pour aide humaine varie selon le nombre d’heures et le taux d’incapacité. Le taux horaire peut aller de 15 € à 25 € selon les régions et les prestataires. La PCH peut couvrir jusqu’à plusieurs centaines d’euros par mois.
L’aide de l’Agefiph en entreprise
Pour une personne sourde travailleur handicapé en entreprise privée, l’Agefiph peut financer l’interprétation LSF comme aménagement du poste. Il faut :
- Être reconnu travailleur handicapé par la MDPH
- Justifier auprès de l’employeur et de l’Agefiph du besoin d’interprétation
- Demander un dossier de financement auprès de l’Agefiph
Les aides régionales et locales
Certaines régions ou collectivités territoriales proposent des aides complémentaires pour l’accès à l’interprétation. Renseignez-vous auprès de :
- La MDPH locale
- Le conseil régional ou le conseil départemental
- Les associations locales de sourds
Les qualifications et certifications des interprètes
Pour exercer légalement en tant qu’interprète LSF, un professionnel doit avoir suivi une formation reconnue et obtenir une certification.
Les formations reconnues
En France, les principaux diplômes pour devenir interprète LSF sont :
- Le Diplôme d’État d’Interprète en Langue des Signes (DEILS) : formation bac +3 ou +4
- La licence professionnelle en interprétation LSF : niveau bac +3
- Les certificats de spécialisation : domaines particuliers (juridique, médical, etc.)
Vérifier la certification d’un interprète
Avant de faire appel à un interprète, il est recommandé de vérifier :
- Ses diplômes et certifications (demander une copie si besoin)
- Son inscription auprès d’une association professionnelle
- Son domaine de compétence (interprétation médicale, juridique, généraliste, etc.)
- Son respect de la charte déontologique (neutralité, confidentialité)
Certains sites ou intermédiaires proposent des personnes sans qualification réelle pour l’interprétation. Demander systématiquement les diplômes et certifications. Un interprète LSF qualifié saura présenter ses credentials de manière transparente.
L’éthique et les règles de l’interprétation LSF
Les interprètes LSF professionnels respectent un code déontologique strict.
Les principes clés
- Neutralité : L’interprète ne doit pas donner son avis personnel ni influencer les échanges. Il traduit les paroles et le sens sans ajouter ni soustraire.
- Confidentialité : Tout ce qui est dit lors d’une interprétation doit rester confidentiel.
- Fidélité à la langue : L’interprète doit transposer le message en LSF ou en français en conservant le sens original.
- Respect mutuel : L’interprète doit traiter avec respect la personne sourde et les autres interlocuteurs.
- Formation continue : Un bon interprète met à jour régulièrement ses compétences.
Le rôle de l’interprète n’est pas de décider à la place de la personne sourde
Par exemple, à l’hôpital, l’interprète LSF traduit les explications du médecin et les questions du patient, mais ce n’est pas à l’interprète de donner des conseils médicaux ou de décider du traitement.
La personne sourde doit communiquer directement avec l’interprète, même s’il y a un tiers présent (médecin, employeur, etc.). L’interprète s’adresse aux locuteurs en utilisant le « je » de la personne sourde. Par exemple, si la personne souhaite parler au médecin, elle regarde le médecin et signe, l’interprète dit : « Docteur, j’ai mal ici depuis 2 semaines… »
Les défis et limites de l’interprétation LSF en France
Malgré les progrès, des défis subsistent pour garantir un accès équitable aux interprètes LSF.
Le manque d’interprètes dans les zones rurales
Dans les petites villes et zones rurales, le nombre d’interprètes disponibles est limité. Les délais d’attente peuvent être longs et les déplacements coûteux. L’interprétation à distance peut partiellement pallier ce problème.
La spécialisation des domaines
Tous les interprètes LSF ne sont pas compétents dans tous les domaines. Un interprète médical n’aura pas les mêmes connaissances qu’un interprète juridique. Il faut parfois attendre d’avoir un interprète spécialisé.
Les coûts para-administratifs
Bien que l’interprétation soit théoriquement gratuite dans l’administration, certains prestataires facturent des frais de déplacement ou de minimum de facturation qui ne sont pas toujours couverts.
L’essentiel à retenir
- Droit légal : Les personnes sourdes ont le droit d’accès gratuit à l’interprétation LSF dans les administrations, les hôpitaux et les tribunaux.
- Comment demander : Signaler le besoin d’un interprète au moment de la prise de rendez-vous, au moins 5 à 10 jours à l’avance.
- Où trouver : Les associations de sourds, les annuaires en ligne, les MDPH et les plateformes spécialisées permettent de localiser un interprète qualifié.
- Financer : La PCH, l’Agefiph, les services publics et les collectivités peuvent prendre en charge l’interprétation LSF.
- Qualifications : Vérifier que l’interprète détient un diplôme reconnu (DEILS, licence professionnelle) et respecte une charte déontologique.
- Communication : La personne sourde parle directement à l’interprète, qui traduit en utilisant la première personne.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
L'interprétation LSF est-elle gratuite pour tous ?
L’interprétation LSF est gratuite dans un cadre légal et obligatoire (administration, hôpital, tribunal, école, emploi). Pour d’autres contextes (événements privés, sorties culturelles, etc.), le coût dépend de l’organisateur. La PCH ou d’autres aides peuvent contribuer au financement.
Combien de temps faut-il pour trouver un interprète LSF disponible ?
Il est recommandé de demander un interprète 5 à 10 jours avant le rendez-vous. Dans les zones urbaines, les délais sont généralement courts (1 à 3 jours). Dans les zones rurales, il faut prévoir plus de temps et parfois accepter une interprétation à distance.
Quelle est la différence entre un interprète LSF et un AESH ?
L’interprète LSF est un spécialiste de la traduction entre deux langues (LSF et français) dans un contexte donné. L’AESH est un accompagnant qui peut assurer plusieurs fonctions, dont une aide à la communication, mais n’est pas forcément spécialisé en LSF. À l’école, ces deux rôles peuvent être distincts ou combinés selon les besoins de l’enfant.
Puis-je demander le même interprète à chaque rendez-vous ?
Oui, c’est recommandé si possible. Avoir un interprète régulier facilite la compréhension mutuelle et crée une continuité. Cependant, l’interprète ne peut pas toujours être disponible. Vous pouvez le demander, mais l’organisme ne peut pas le garantir.
Comment savoir si un interprète LSF est vraiment qualifié ?
Un interprète qualifié doit posséder un diplôme reconnu (DEILS ou licence professionnelle). Demander à voir ses certifications. Vérifiez aussi son inscription auprès d’associations professionnelles comme l’ANPE. Un vrai professionnel sera transparent sur ses qualifications.
Y a-t-il des interprètes LSF spécialisés dans certains domaines ?
Oui, il existe des interprètes spécialisés en domaine médical, juridique, scientifique, etc. Ils ont suivi des formations complémentaires et maîtrisent le vocabulaire spécifique. Si le domaine le demande, demander spécifiquement un interprète spécialisé.
Pour plus d’informations sur la surdité et le handicap auditif, consultez nos guides complets. Vous pouvez aussi explorer les ressources pour apprendre la LSF ou découvrir les associations de sourds près de chez vous.
Notre équipe peut vous aider à trouver des ressources locales et à constituer un dossier auprès de la MDPH ou de l’Agefiph.
Témoignages
— Thomas, 34 ans, travailleur sourd en entrepriseJ’ai dû attendre longtemps avant de pouvoir avoir un interprète régulier au boulot.. au début mon employeur comprenait pas que c’était un droit fondamental. J’ai demandé à l’Agefiph d’intervenir et finalement j’ai un interprète 3 fois par semaine pour les réunions importantes. C’est game-changer pour ma carrière, franchement.
— Sophie, 48 ans, maman d'une enfant sourdeMa fille a une interprète LSF à l’école depuis le CE1 et ça change tout. Avant elle était perdue en classe, maintenant elle suit vraiment. L’interprète aide aussi la maitresse à communiquer avec ma fille. C’est devenu normal pour toute la classe.
— Jean-Luc, 61 ans, sourd depuis 15 ansTrouver un interprète c’était compliqué au début parce que je savais pas où chercher.. l’assoc des sourds de ma région m’a vraiment aidé. Maintenant quand j’ai un rendez-vous médical ou administratif je demande un interprète et c’est pris en charge. Les délais c’est un peu long en province mais au moins j’ai mes droits.



