Les troubles DYS regroupent un ensemble de difficultés d’apprentissage et de développement qui affectent la façon dont le cerveau traite certaines informations. Ces troubles ne sont pas liés à l’intelligence, mais plutôt à des particularités neurologiques dans le traitement du langage, des chiffres, des gestes ou de la coordination. Mieux comprendre ces six troubles DYS permet d’identifier rapidement les signes d’alerte et de mettre en place un accompagnement adapté.
Cette page propose un panorama complet des 6 troubles DYS, leurs caractéristiques principales, les signes d’alerte et les parcours de diagnostic et de soins en France.
Les 6 troubles DYS : définition et caractéristiques
Les troubles DYS sont des dysfonctionnements spécifiques du développement neurologique. Ils peuvent coexister chez une même personne (on parle de comorbidités). Voici les six troubles DYS reconnus :
1. La dyslexie : trouble de la lecture
La dyslexie est le trouble DYS le plus connu. Il affecte la lecture et l’orthographe malgré une intelligence et une scolarisation normales. Une personne dyslexique peut avoir des difficultés à reconnaître les lettres, à décoder les mots ou à fluidifier la lecture.
Signes d’alerte chez l’enfant : confusion entre certaines lettres (b/d, p/q), lenteur extrême à lire, fatigue intense après une lecture courte, difficultés d’orthographe persistantes.
Thomas, 8 ans, lit très lentement et confond régulièrement les lettres proches visuellement. À la fin d’une journée d’école, il est épuisé. Ses parents constatent aussi qu’il inverse des lettres en écrivant (« d » au lieu de « b »). L’enseignant suggère une évaluation par un orthophoniste, qui pose le diagnostic de dyslexie.
2. La dysorthographie : trouble de l’orthographe
La dysorthographie est une difficulté spécifique à l’orthographe et à l’écriture, souvent associée à la dyslexie. L’enfant ou l’adulte dysorthographique peine à mémoriser l’orthographe correcte des mots et à appliquer les règles grammaticales en écrivant.
Signes d’alerte : erreurs d’orthographe récurrentes et anormales par rapport à l’âge, difficulté à mémoriser l’orthographe même après répétition, troubles dans la composition écrite.
Environ 80 % des enfants dyslexiques présentent aussi une dysorthographie. C’est pourquoi les aménagements scolaires et les accompagnements sont généralement pensés ensemble pour ces deux troubles.
3. La dyscalculie : trouble du calcul et des nombres
La dyscalculie affecte la capacité à manipuler les nombres, à comprendre les quantités et à effectuer des calculs. Une personne dyscalculique peut confondre les chiffres, avoir du mal à compter ou à conceptualiser les opérations mathématiques.
Signes d’alerte chez l’enfant : incompréhension persistante des concepts numériques, difficulté à apprendre les tables, confusion entre les nombres (inversion 6/9), anxiété face aux mathématiques.
4. La dyspraxie : trouble de la coordination et de la motricité
La dyspraxie (ou trouble du développement de la coordination) se caractérise par des difficultés de coordination motrice, de planification des gestes et de motricité fine ou globale. Une personne dyspraxique peut avoir du mal à écrire, à faire du sport, ou à organiser les étapes d’une tâche simple.
Signes d’alerte : maladresse excessives, écriture très difficile ou désorganisée, impossibilité à faire du vélo ou à attraper un ballon, trouble de l’organisation motrice des gestes du quotidien.
Le diagnostic de dyspraxie nécessite souvent l’intervention d’un ergothérapeute ou d’un psychomotricien en plus du pédiatre ou du médecin. Ne pas négliger cette évaluation spécialisée, car elle guide les aménagements scolaires et les rééducations appropriées.
5. La dysphasie : trouble du langage oral
La dysphasie (ou trouble spécifique du développement du langage) affecte la compréhension et/ou l’expression du langage oral. Une personne dysphasique peut avoir du mal à comprendre ce qu’on lui dit, à trouver les mots ou à construire des phrases correctement.
Signes d’alerte chez l’enfant : langage peu intelligible, vocabulaire très limité, difficultés à comprendre les consignes, retard du développement du langage par rapport aux enfants du même âge.
6. Le TDAH : trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité
Le TDAH n’est pas une dyslexie au sens strict, mais il apparaît souvent en comorbidité avec les autres troubles DYS. Le TDAH affecte la capacité à maintenir son attention, à gérer l’impulsivité et parfois à maîtriser le niveau d’activité motrice.
Signes d’alerte chez l’enfant : inattention persistante, oublis fréquents, difficultés à maintenir une activité, impulsivité, hyperactivité motrice ou agitation constante.
Environ 5 à 8 % des enfants en France présentent un trouble DYS diagnostiqué. Ce taux est similaire dans les pays occidentaux. Cependant, beaucoup de cas restent non diagnostiqués à l’âge scolaire.
Parcours de diagnostic des troubles DYS
Le diagnostic des troubles DYS repose sur une démarche progressive impliquant plusieurs professionnels. Voici les étapes clés du parcours :
Première étape : observation en milieu scolaire et familial
Le repérage initial se fait souvent à l’école ou en famille. Un enseignant, un parent ou un médecin généraliste constate des signes anormaux par rapport à l’âge de l’enfant. Cette phase d’observation est cruciale pour éviter un surdiagnostic ou un sous-diagnostic.
Plus le trouble DYS est détecté tôt, plus tôt l’enfant peut bénéficier d’aménagements scolaires et de rééducations appropriées. Une détection en CP ou CE1 permet une meilleure adaptation que si elle se fait au collège.
Deuxième étape : consultation médicale
Le médecin généraliste ou le pédiatre est souvent le premier interlocuteur. Après une anamnèse (historique du développement et des apprentissages), il peut orienter vers des spécialistes. En France, le diagnostic peut être posé par :
- Le pédiatre ou médecin généraliste (orientation et suivi global)
- Le neuropédiatre (spécialiste du système nerveux chez l’enfant)
- Le médecin de rééducation et de réadaptation fonctionnelle
- Le psychiatre ou psychologue clinicien (pour le TDAH notamment)
Troisième étape : bilan spécialisé auprès d’orthophonistes, ergothérapeutes, psychomotriciens
Selon la nature du trouble soupçonné, l’enfant est orienté vers des professionnels paramédicaux :
- Orthophoniste : pour la dyslexie, dysorthographie, dysphasie
- Ergothérapeute : pour la dyspraxie, la motricité fine
- Psychomotricien : pour la coordination motrice globale et la dyspraxie
- Psychologue : bilan cognitif complet et diagnostic du TDAH ou troubles associés
Quatrième étape : synthèse et pose du diagnostic
À partir des bilans spécialisés, un diagnostic est posé. Plusieurs troubles peuvent être diagnostiqués chez la même personne. Cette phase aboutit à :
- Un ou plusieurs rapports diagnostiques détaillant le trouble et son impact
- Des recommandations pour l’école et la famille
- Une orientation vers des rééducations (orthophonie, ergothérapie, etc.)
- Une éventuelle demande de reconnaissance de handicap auprès de la MDPH si les troubles impactent la scolarité ou l’autonomie
Le parcours complet de diagnostic peut durer entre 6 et 18 mois selon les délais d’attente pour les consultations spécialisées. Une demande de dossier prioritaire auprès de la MDPH peut parfois accélérer le diagnostic si l’enfant est déjà en difficulté scolaire.
Cadre juridique et reconnaissance des troubles DYS
En France, les troubles DYS sont reconnus comme des handicaps invisibles pouvant justifier :
- Des aménagements scolaires (AESH, tiers-temps aux examens, outils numériques)
- Une reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) à l’âge adulte si impacts professionnels
- Une éventuelle allocation (AEEH pour les enfants en age scolaire)
- Un Plan Personnalisé de Scolarité (PPS) ou un Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP)
Cette loi garantit à toute personne en situation de handicap le droit à une scolarité ordinaire avec les aménagements nécessaires. Les troubles DYS y sont reconnus comme des handicaps justifiant des mesures de compensation.
Parcours de soins et prise en charge
Après le diagnostic, la prise en charge combine souvent plusieurs approches :
Rééducations spécialisées
La rééducation (orthophonie, ergothérapie, psychomotricité) vise à compenser ou à réduire les difficultés liées au trouble. Elle est généralement prescrite par un médecin et remboursée partiellement par la Sécurité sociale (sur prescription).
- Orthophonie : généralement 1-2 séances/semaine pendant 1-3 ans selon le trouble
- Ergothérapie/Psychomotricité : 1 séance/semaine selon le programme thérapeutique
Aménagements scolaires
En parallèle des rééducations, l’école adapte l’enseignement via :
- Un Plan d’Accompagnement Personnalisé (PAP) pour les troubles légers à modérés
- Un Plan Personnalisé de Scolarité (PPS) pour les cas plus complexes (besoin d’AESH, aménagements importants)
- Des outils numériques adaptés (logiciels de synthèse vocale, dictaphones, ordinateur en classe)
- Des évaluations adaptées (tiers-temps, énoncés simplifiés, absence de pénalité orthographique selon le trouble)
Une personne atteinte d’un trouble DYS peut tout à fait suivre une rééducation en parallèle des aménagements scolaires. Ces deux approches sont complémentaires et non exclusives.
Suivi médical régulier
Un suivi annuel ou bi-annuel avec le médecin référant (pédiatre, médecin généraliste ou neuropédiatre) permet :
- D’évaluer l’efficacité des rééducations
- D’adapter le parcours de soins
- De renouveler les prescriptions de rééducation si nécessaire
- De préparer les transitions (passage à l’âge adulte, orientation professionnelle)
Les comorbidités : quand plusieurs troubles DYS coexistent
Il est fréquent qu’une personne présentent plusieurs troubles DYS simultanément. Ces associations, appelées comorbidités, changent l’approche diagnostique et thérapeutique.
Les comorbidités les plus courantes sont :
- Dyslexie + Dysorthographie : très fréquente (80 % des dyslexiques)
- Dyslexie + Dyspraxie : difficultés de coordination associées aux troubles de lecture
- TDAH + Dyslexie : hyperactivité rendant plus difficile la concentration pendant la rééducation
- Dyslexie + Dyscalculie + TDAH : profils complexes nécessitant une prise en charge multidisciplinaire
Léa, 10 ans, est diagnostiquée simultanément dyslexique, dyscalculique et présente des symptômes de TDAH. Son parcours de diagnostic a pris 14 mois et implique 3 thérapeutes différents (orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricienne). Son Plan Personnalisé de Scolarité inclut des aménagements pour les trois troubles, et elle suit des rééducations en parallèle.
Transition vers l’âge adulte : enjeux et aménagements
À l’approche du lycée et après, la prise en charge des troubles DYS change. Les adultes dyslexiques ou dyspraxiques peuvent continuer à bénéficier d’aménagements, notamment :
- Au lycée : poursuite du tiers-temps aux examens, outils numériques, AESH si besoin
- À l’université : aménagements similaires via la cellule handicap
- En emploi : reconnaissance RQTH et aménagements du poste de travail
- Fin des rééducations obligatoires, mais possibilité de poursuivre si bénéfique
Passer de l’école à l’université ou au travail est une transition sensible. Une personne dyslexique doit anticiper les aménagements bien avant le changement d’établissement pour ne pas se retrouver sans soutien. Contacter la cellule handicap de son école ou son employeur RH dès que possible.
Ressources et accompagnement
Plusieurs ressources aident les personnes DYS et leurs familles à naviguer le diagnostic et la prise en charge :
- Associations spécialisées : Dyslexie France, Fédération Française des DYS, etc.
- Maisons France Services : aide à la constitution de dossier MDPH
- Médecin scolaire et infirmière : relais à l’école pour signaler les troubles
- Outils numériques adaptés : logiciels de compensation spécialisés
- Portail-handicap.fr : guides complets sur les démarches et les droits
L’essentiel à retenir
- Les 6 troubles DYS (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysphasie, TDAH) affectent l’apprentissage malgré une intelligence normale
- Le diagnostic repose sur l’observation, la consultation médicale et les bilans spécialisés (orthophonie, ergothérapie, psychologie)
- Le parcours complet dure entre 6 et 18 mois selon les délais d’attente
- Les troubles DYS sont reconnus comme des handicaps et justifient des aménagements scolaires et des droits (MDPH, RQTH, AEEH si éligible)
- La prise en charge combine rééducation spécialisée, aménagements scolaires et suivi médical
- Les comorbidités sont fréquentes et nécessitent une approche multidisciplinaire
- La transition vers l’âge adulte demande une anticipation des aménagements (études, emploi)
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un trouble DYS et un trouble de l'apprentissage ?
Un trouble DYS est un type spécifique de trouble du développement neurologique affectant un domaine précis (lecture, calcul, coordination, langage). C’est une dysfonction, pas une conséquence de l’intelligence ou de la motivation. Un trouble de l’apprentissage est un terme plus large englobant les DYS mais aussi d’autres formes de difficultés scolaires (dyspraxie, trouble de la mémoire, anxiété scolaire…).
Peut-on diagnostiquer un trouble DYS chez l'adulte ?
Oui, absolument. Bien que le diagnostic soit plus courant chez l’enfant, les adultes peuvent être diagnostiqués pour la première fois en fin de scolarité ou en âge professionnel. Un bilan avec un neuropsychologue ou un psychologue spécialisé peut poser le diagnostic chez l’adulte. Cela ouvre droit à des aménagements aux examens universitaires et professionnels (RQTH).
Les troubles DYS disparaissent-ils avec l'âge ?
Non, les troubles DYS ne disparaissent pas avec l’âge, c’est un trouble neurologique stable. Cependant, la personne apprend à mieux compenser ses difficultés au fil du temps et avec de la rééducation. Un dyslexique restera dyslexique à l’âge adulte, mais il aura développé des stratégies de compensation efficaces. Les aménagements restent bénéfiques toute la vie.
Faut-il déclarer son trouble DYS à l'employeur ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement recommandé si la personne souhaite bénéficier d’aménagements du poste (outils numériques, aménagement des horaires, missions adaptées). Une reconnaissance en tant que travailleur handicapé (RQTH) facilite ces aménagements et peut ouvrir droit à des aides de l’État (rente AAH, aide aux trajets…).
Où débuter si on soupçonne un trouble DYS chez son enfant ?
Le premier pas est de consulter le pédiatre ou le médecin généraliste pour une première évaluation et une orientation. Parallèlement, il peut être utile de contacter l’enseignant et le médecin scolaire pour corroborer les observations. Une demande de bilan orthophonique ou psychologique peut être engagée rapidement via le médecin. Les associations spécialisées offrent aussi des conseils et des ressources.
Les troubles DYS sont-ils génétiques ?
Oui, les études montrent que les troubles DYS ont une composante génétique. Si un parent est dyslexique, le risque pour ses enfants est plus élevé. Cependant, la génétique n’est pas l’unique facteur ; l’environnement et les conditions neurobiologiques jouent aussi un rôle. Connaître les antécédents familiaux aide à alerter les professionnels et à dépister plus tôt.
Besoin d’aide pour naviguer le diagnostic ?
Notre équipe est disponible pour vous expliquer les étapes du diagnostic, les droits associés et les aménagements possibles. N’hésitez pas à nous contacter pour un accompagnement personnalisé.
Témoignages
— Sophie, 38 ans, maman d'une enfant dyslexique-dysorthographiqueBon alors nous on a commencé à se poser des questions en CP quand notre fille lisait à des milliers de km/heure de ses copains.. on a d’abord pensé que c’était normal, mais en CE1 c’était devenu trop flagrant. La médecin nous a orientés vers une orthophoniste. Entre les appels pour trouver quelqu’un qui prend des nouveaux patients et les délais d’attente, on a attendu près de 6 mois avant la première consultation. Le diagnostic a confirmé une dyslexie-dysorthographie. Maintenant elle a un PAP à l’école et elle suit une rééducation depuis 2 ans. C’est long mais on voit vraiment du progrès.
— Marc, 26 ans, diagnostiqué dyslexe tardMoi j’ai été diagnostiqué dyslexe seulement à 22 ans à la fac, et franchement ça a changé pas mal de choses. Pendant longtemps j’avais l’impression que j’étais juste nul en français et en lecture, alors qu’en vrai c’était un vrai trouble neurologique. Une fois qu’on sait, on peut prendre des aménagements aux examens (tiers-temps), utiliser des outils numériques. Si j’avais pu être diagnostiqué plus tôt à l’école, je me serais peut-être épargné des années de galère. Donc je conseille vraiment à tous les parents de faire tester leurs enfants s’ils ont des doutes.
— Isabelle, 55 ans, aidante et maman d'enfant TDAH-dyslexiqueAlors chez nous c’est compliqué parce que mon fils a à la fois un TDAH et une dyslexie.. le diagnostic a pris quasi 18 mois, il a fallu voir un pédiatre, puis un pédopsychiatre, puis une orthophoniste et une ergothérapeute. C’était dur de suivre tous les rendez-vous, la rééducation, les questions à l’école pour les aménagements. Mais maintenant ça roule mieux, il a un PPS et ça aide. Ce que j’aurais aimé c’est qu’il y ait plus d’information au départ sur les démarches. Portail-handicap.fr a vraiment clarifié les choses pour nous.



