L’apprentissage et l’alternance sont des voies de formation professionnelle particulièrement adaptées aux personnes en situation de handicap. Ces parcours combinent enseignement théorique et pratique en entreprise, permettant de développer des compétences tout en gagnant une expérience professionnelle réelle. La loi française reconnaît l’apprentissage comme un droit pour tous et prévoit des aides et aménagements spécifiques pour faciliter l’accès et la réussite des apprentis handicapés.
Cette page explique les dispositifs de soutien, les aides financières disponibles et les droits de l’apprenti en situation de handicap.
Qu’est-ce que l’apprentissage et l’alternance ?
L’apprentissage est un contrat de formation en alternance qui combine :
- Une formation théorique à l’école (Centre de Formation d’Apprentis, CFA)
- Une pratique professionnelle en entreprise sous la supervision d’un maître d’apprentissage
L’alternance englobe à la fois l’apprentissage et les contrats de professionnalisation. Elle permet à la personne en situation de handicap d’acquérir un diplôme ou une qualification professionnelle tout en découvrant le monde du travail.
Contrairement aux idées reçues, l’apprentissage n’est pas réservé aux jeunes de 16 à 25 ans. Une personne en situation de handicap peut débuter un apprentissage jusqu’à 30 ans, et certaines dérogations existent pour aller plus loin.
Une personne reconnue en tant que travailleur handicapé par la MDPH peut entrer en apprentissage sans limite d’âge supérieure. Il lui suffit de justifier de sa reconnaissance et de signer un contrat avec un employeur.
Qui peut accéder à l’apprentissage en situation de handicap ?
Toute personne en situation de handicap peut solliciter un apprentissage ou un contrat en alternance. Cela comprend :
- Les personnes avec un handicap moteur, sensoriel ou cognitif
- Les personnes atteintes de troubles du spectre de l’autisme (TSA)
- Les personnes avec des troubles dys (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie)
- Les personnes atteintes de troubles de la santé mentale
- Les personnes en situation de handicap invisible
La reconnaissance du handicap n’est pas toujours obligatoire pour débuter une formation en alternance, mais elle ouvre l’accès à des aides financières et aménagements spécifiques. La demande de reconnaissance auprès de la MDPH est fortement recommandée.
Mathieu, 24 ans, atteint d’une dyslexie sévère, souhaite suivre un CAP électricien en alternance. Il n’avait pas de reconnaissance du handicap au départ. Avec l’aide d’un conseiller en formation, il a déposé un dossier auprès de la MDPH. En parallèle, il a signé son contrat d’apprentissage. À présent, il bénéficie d’aménagements scolaires (tiers-temps aux examens, outils informatiques adaptés) et son employeur reçoit une aide financière de l’AGEFIPH.
Les aides financières pour l’apprentissage en situation de handicap
L’État et les organismes paritaires (AGEFIPH pour le secteur privé, FIPHFP pour la fonction publique) proposent des aides majorées pour les apprentis en situation de handicap.
Aide de l’AGEFIPH
L’AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées) finance des aides spécifiques en faveur des apprentis handicapés du secteur privé :
- Aide à l’accueil en entreprise : pour financer l’accueil et l’accompagnement de l’apprenti handicapé (jusqu’à plusieurs milliers d’euros selon les besoins)
- Aide à la compensation du handicap : financement d’aménagements matériels ou humains nécessaires (adaptation du poste de travail, achat de logiciels, aide humaine)
- Aide à la formation du maître d’apprentissage : financement de formations pour préparer le maître d’apprentissage à l’encadrement d’une personne handicapée
- Aide au tutorat : soutien pour un tuteur accompagnant l’apprenti tout au long de sa formation
L’aide à l’accueil en entreprise d’un apprenti handicapé peut atteindre de 5 000 à 15 000 euros selon les besoins et la complexité du handicap.
Aide de la FIPHFP
La FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique) propose des aides comparables pour les apprentis en situation de handicap dans la fonction publique (État, territoriale, hospitalière).
Salaire et avantages de l’apprenti
L’apprenti en situation de handicap perçoit un salaire, même s’il est inférieur au SMIC (ce qui change selon l’année d’apprentissage et l’âge). Pour une personne en situation de handicap bénéficiaire d’une allocation comme l’AAH ou la PCH, certaines aides peuvent être cumulées avec le salaire d’apprenti.
Sous certaines conditions, l’apprenti en situation de handicap peut cumuler son salaire avec l’allocation adulte handicapée (AAH) ou la prestation de compensation du handicap (PCH). Utiliser le simulateur de cumul emploi-prestations pour connaître les droits exacts en fonction de la situation.
Aménagements et accompagnement pendant l’apprentissage
La personne en situation de handicap a le droit à des aménagements tout au long de son parcours d’apprentissage pour compenser son handicap et réussir sa formation.
Aménagements à l’école (CFA)
- Tiers-temps ou demi-temps aux examens et évaluations
- Utilisation de matériel informatique adapté (ordinateur, logiciels spécialisés)
- Accès à des outils d’aide (lecteur d’écran, dictionnaire numérique, etc.)
- Possibilité d’étudier dans un environnement sans distractions
- Aide humaine en cours ou en examen (secrétaire, lecteur)
- Adaptation du programme ou allongement de la durée de formation
Les aménagements scolaires pour les troubles dys et les autres formes de handicap sont formalisés dans un Plan d’Accueil Individualisé (PAI) ou un document d’accompagnement établi entre le CFA, le référent handicap et l’apprenti.
Aménagements en entreprise
- Adaptation du poste de travail (mobilier ergonomique, équipement spécialisé)
- Horaires de travail aménagés ou réduits
- Pauses supplémentaires si nécessaire
- Télétravail ou flexibilité de lieu de travail selon le handicap
- Aide humaine ou tuteur spécialisé
- Accompagnement par un conseiller en insertion professionnelle
L’aménagement du poste de travail est financé en grande partie par l’AGEFIPH ou la FIPHFP et ne doit pas être une barrière à l’embauche.
Bien que la révélation du handicap soit un droit personnel, il est vivement recommandé de le signaler à l’employeur et au CFA pour bénéficier des aides et aménagements. En tant qu’apprenti handicapé, le droit du travail protège contre toute discrimination. En savoir plus sur les droits en cas de discrimination à l’embauche.
Le rôle du conseiller en formation et du référent handicap
Tout apprenti en situation de handicap a accès à un accompagnement personnalisé :
Le conseiller en formation professionnelle
Généralement rattaché à France Travail (ex-Pôle emploi) ou à un organisme d’insertion, le conseiller :
- Aide à identifier une formation adaptée au handicap et aux compétences
- Recherche une entreprise d’accueil
- Facilite les démarches administratives
- Suit le parcours tout au long de l’alternance
Le référent handicap du CFA
Le CFA dispose d’un référent handicap chargé de :
- Accueillir l’apprenti et évaluer ses besoins d’aménagement
- Coordonner les aménagements avec les formateurs
- Évaluer l’efficacité des aides apportées
- Proposer des ressources (cantine accessible, transports, etc.)
Le maître d’apprentissage
En entreprise, le maître d’apprentissage (ou tuteur) est le superviseur direct de l’apprenti. Il doit être formé aux enjeux du handicap et peut recevoir un financement spécifique pour cette formation.
Sarah, jeune femme sourde, débute un BTS en alternance dans le secteur commercial. Le CFA a mis en place un interprète en langue des signes pour tous les cours. Son entreprise d’accueil a reçu une aide de l’AGEFIPH pour adapter l’espace de travail et former le maître d’apprentissage. Grâce à cet accompagnement, Sarah réussit son alternance.
Accès au contrat d’apprentissage : les démarches
Pour débuter un apprentissage en situation de handicap, plusieurs démarches sont à engager en parallèle :
Étape 1 : Choix de la formation et du CFA
- Identifier la formation souhaitée (CAP, BTS, Licence professionnelle, etc.)
- Contacter les CFA pour connaître leur capacité à accueillir des apprentis handicapés
- S’inscrire auprès du CFA (elle doit se faire avant le contrat avec l’entreprise)
Étape 2 : Reconnaissance du handicap
- Demander une reconnaissance de travailleur handicapé auprès de la MDPH
- Fournir un certificat médical détaillé décrivant le handicap et les besoins de compensation
- Attendre la décision (entre 2 et 4 mois en général)
La reconnaissance n’est pas obligatoire pour signer un contrat, mais elle ouvre l’accès aux aides financières.
Étape 3 : Recherche d’une entreprise d’accueil
- Postuler directement auprès des entreprises
- Utiliser les services de Cap emploi, qui aide spécifiquement les personnes en situation de handicap à trouver une alternance
- Contacter des entreprises adaptées ou des organisations pour l’inclusion
Les job datings et forums emploi handicap sont des occasions d’échanger directement avec des recruteurs.
Étape 4 : Signature du contrat d’apprentissage
- Signer un contrat de travail avec l’entreprise d’accueil
- Le contrat doit mentionner le tutorat et l’accompagnement spécifiques
- Transmettre une copie au CFA
Étape 5 : Demande d’aides AGEFIPH ou FIPHFP
- L’employeur ou l’organisme de formation peut demander les aides après signature du contrat
- Un dossier détaillant le handicap et les aménagements nécessaires doit être constitué
- Les délais de traitement varient entre 4 et 8 semaines
L’apprenti en situation de handicap n’a pas besoin d’attendre le versement des aides AGEFIPH pour commencer son apprentissage. Le contrat peut débuter, et les aides seront rétroactivement remboursées à l’entreprise après acceptation du dossier.
Durée et allongement de l’apprentissage
Normalement, un contrat d’apprentissage dure entre 1 et 3 ans selon le diplôme préparé. Pour une personne en situation de handicap, la durée peut être augmentée pour permettre une meilleure adaptation et réussite.
« La durée du contrat d’apprentissage peut être réduite ou allongée, sans dépasser une période supplémentaire de 2 années, dans les conditions fixées par décret. »
L’allongement de l’apprentissage peut être décidé :
- À la signature du contrat si le handicap justifie plus de temps d’apprentissage
- En cours de contrat si des difficultés surviennent
Cet allongement ne réduit pas les droits ni les allocations de l’apprenti.
Les dispositifs locaux et les aides régionales
Au-delà des aides nationales, chaque région propose des dispositifs complémentaires pour l’apprentissage en situation de handicap :
- Aides régionales : certaines régions subsidient les aménagements ou les équipements
- Dispositifs locaux : maisons France Services, missions locales, PAIO (Permanence d’Accueil, d’Information et d’Orientation)
- Associations et structures spécialisées : organismes accompagnant l’insertion professionnelle des personnes handicapées
Il est conseillé de consulter directement la collectivité régionale ou les partenaires locaux pour connaître les aides disponibles.
Après l’apprentissage : vers l’emploi durable
L’objectif principal de l’apprentissage est de déboucher sur un emploi stable. Pour une personne en situation de handicap, plusieurs parcours sont possibles après la formation :
- Embauche par l’employeur formateur : la plupart des apprentis restent dans l’entreprise après l’apprentissage
- Recherche d’emploi en secteur ordinaire : utiliser France Travail ou Cap emploi pour trouver un emploi
- Emploi en entreprise adaptée : si la personne préfère un environnement davantage adapté à son handicap
- Poursuite d’études : accès à des formations complémentaires ou à l’enseignement supérieur
La reconnaissance de travailleur handicapé obtenue pendant l’apprentissage reste valable après. Elle ouvre l’accès à des aménagements de poste de travail et à d’autres droits tout au long de la vie professionnelle.
L’essentiel à retenir
- L’apprentissage est accessible à tout personne en situation de handicap, sans limite d’âge supérieure si elle est reconnue travailleur handicapé
- Les personnes handicapées bénéficient d’aides financières majorées de l’AGEFIPH (secteur privé) ou de la FIPHFP (fonction publique)
- Des aménagements spécifiques (tiers-temps, aide humaine, adaptation du poste) sont garantis par la loi
- L’accompagnement par un conseiller en formation et un référent handicap facilite le parcours
- La demande de reconnaissance du handicap auprès de la MDPH ouvre l’accès aux aides, bien qu’elle ne soit pas obligatoire pour débuter un apprentissage
- La durée de l’apprentissage peut être allongée jusqu’à 2 années supplémentaires pour adapter le parcours au handicap
- Après l’apprentissage, la reconnaissance de travailleur handicapé reste valable et facilite l’accès à l’emploi
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Peut-on faire un apprentissage sans reconnaissance du handicap ?
Oui, il est possible de commencer un apprentissage sans reconnaissance officielle du handicap auprès de la MDPH. Cependant, cette reconnaissance ouvre l’accès à des aides financières (AGEFIPH, FIPHFP) et à des aménagements garantis. Il est donc recommandé de lancer une demande en parallèle de la recherche d’entreprise pour en bénéficier rapidement.
Quel est le salaire d'un apprenti en situation de handicap ?
L’apprenti en situation de handicap perçoit un salaire déterminé par la loi en fonction de son âge et de son année d’apprentissage. Le salaire minimum légal pour un apprenti est inférieur au SMIC, mais peut être cumulé avec des allocations comme l’AAH ou la PCH sous certaines conditions. Vérifier les droits exacts via le simulateur de cumul.
Qui finance les aménagements en apprentissage ?
L’AGEFIPH (secteur privé) et la FIPHFP (fonction publique) financent majoritairement les aménagements du poste de travail, les outils informatiques et l’accompagnement. Les CFA financent les aménagements pédagogiques en formation théorique (tiers-temps, interprète, aide technique). Une complémentarité de financement existe entre les partenaires.
Combien de temps prend la reconnaissance du handicap pour débuter un apprentissage ?
La MDPH prend généralement entre 2 et 4 mois pour traiter une demande de reconnaissance de travailleur handicapé. Durant ce délai, l’apprenti peut commencer sa formation et débuter le contrat. Les aides financières sont rétroactivement versées à l’employeur après la décision favorable.
Peut-on allonger la durée d'un apprentissage en cours de contrat ?
Oui, la durée d’un contrat d’apprentissage peut être allongée jusqu’à 2 années supplémentaires si le handicap ou les difficultés rencontrées le justifient. Une demande écrite auprès de l’employeur et du CFA est nécessaire, en accord avec l’apprenti et son conseiller.
Que se passe-t-il après l'apprentissage ? L'entreprise doit-elle embaucher ?
L’apprentissage a pour objectif de déboucher sur un emploi, mais l’employeur n’est pas obligé d’embaucher l’apprenti après la fin du contrat. Dans la pratique, la majorité des apprentis sont conservés par l’entreprise. Si ce n’est pas le cas, l’apprenti peut continuer à rechercher un emploi grâce à France Travail, Cap emploi ou ses services d’insertion.
Besoin d’aide pour votre apprentissage ou votre alternance ?
Notre équipe d’experts en droit et droits du handicap peut vous accompagner dans les démarches auprès de la MDPH, dans la recherche d’une formation adaptée ou dans la constitution de votre dossier de demande d’aides auprès de l’AGEFIPH ou de la FIPHFP.
Témoignages
— Tom, 22 ans, apprenti en CAP menuiserieFranchement je pensais pas que je pourrais faire un apprentissage avec mon trouble dys.. mais mon conseiller en formation a vraiment aidé. J’ai demandé la reconnaissance auprès de la MDPH et en parallèle j’ai trouvé une entreprise cool. Maintenant j’ai du tiers-temps aux examens et mon employeur a reçu une aide qui a permis d’aménager mon poste. Je progresse vraiment bien et mon patron envisage de me garder après.
— Sophie, mère d'Elise, 19 ans, apprentie en BTSElise est en fauteuil roulant et au départ on était pas sûr qu’elle puisse faire une alternance.. mais la FIPHFP a financé un ascenseur à l’école et l’adaptation du poste en entreprise. Son CFA a désigné un référent handicap qui l’a vraiment épaulée. Elle est tellement fière de travailler, ça l’a vraiment remotivée après ses années de lycée compliquées. Ce qu’on regrette c’est de pas l’avoir tentée plus tôt.
— Karim, 26 ans, apprenti en contrat de professionnalisationJ’ai pas eu de limite d’âge parce que j’ai la reconnaissance handicap. L’AGEFIPH a financé toute l’aide que j’avais besoin, un tuteur dédié et même un logiciel spécifique. Je suis content parce que généralement à 26 ans ça aurait été trop tard pour faire une formation mais là on me dit pas non. Je termine mon contrat dans 3 mois et déjà mon entreprise me propose un CDI.



