Contexte : pourquoi la RQTH pour une personne dys ?
Les troubles dys (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie, dysorthographie, TDA/H) peuvent impacter significativement la vie professionnelle d’une personne. Même avec un niveau de qualification élevé, une personne atteinte de dyslexie peut rencontrer des difficultés à lire rapidement des documents professionnels, tandis qu’une personne atteinte de dyspraxie peut avoir besoin d’aménagements spécifiques pour certaines tâches.
La Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) est un dispositif qui permet à la personne en situation de handicap de bénéficier de droits et d’aménagements spécifiques dans le milieu professionnel. C’est un outil essentiel pour les personnes dys qui souhaitent exercer un emploi dans les meilleures conditions possibles.
Une personne dyslexique, dyspraxique ou atteinte de tout autre trouble dys n’a pas une intelligence inférieure. Ces troubles affectent la manière de traiter l’information, pas la capacité à apprendre ou à travailler. Avec les bons aménagements, une personne dys peut être aussi performante que n’importe quel collègue.
La RQTH : qu’est-ce que c’est et comment l’obtenir ?
La RQTH est une reconnaissance administrative délivrée par la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Elle reconnaît officiellement qu’une personne a des difficultés de travail liées à son handicap.
Contrairement à une idée reçue, obtenir une RQTH ne signifie pas que la personne ne peut pas travailler. Au contraire, elle reconnaît que la personne a des capacités professionnelles, mais qu’elle a besoin d’aménagements spécifiques pour les exploiter au mieux.
Qui peut demander une RQTH ?
Une personne atteinte d’un trouble dys peut demander une RQTH si :
- Le trouble dys a un impact réel sur sa capacité à travailler dans des conditions standard ;
- La personne a au moins 16 ans ;
- La personne est résidente en France (en situation régulière pour les ressortissants étrangers).
Il est important de noter que tous les troubles dys ne justifient pas nécessairement une RQTH. Par exemple, une personne légèrement dyslexique mais qui a mis en place des stratégies compensatoires efficaces peut ne pas avoir besoin de cette reconnaissance. C’est la CDAPH qui évalue, au cas par cas, si le handicap impacte réellement la vie professionnelle.
Laurent a une dyslexie légère : il lit environ 20% plus lentement que la moyenne, mais il a mis en place des outils numériques efficaces et gère bien sa charge de travail. Il ne demande pas de RQTH.
Camille a une dyslexie sévère : elle a du mal à comprendre les documents techniques rapidement, se fatigue vite en lisant et a besoin de synthèses vocales pour les longs rapports. Elle demande une RQTH pour bénéficier d’un aménagement de poste.
Les étapes pour demander une RQTH
La demande de RQTH se fait auprès de la MDPH du département où la personne réside. Voici les étapes :
- Constituer le dossier MDPH : il faut remplir le formulaire de demande MDPH (cerfa n°13788*02) et y joindre un certificat médical détaillé (moins de 3 mois), une photocopie d’une pièce d’identité et un justificatif de domicile.
- Prévoir un diagnostic solide : pour les troubles dys, il est crucial que le diagnostic soit établi par un professionnel qualifié (neurologue, psychologue clinicien, orthophoniste, etc.). Le certificat médical doit expliquer précisément comment le trouble dys impacte la vie professionnelle.
- Envoyer le dossier à la MDPH : par courrier ou en le déposant directement à la MDPH.
- Attendre l’étude du dossier : le délai moyen de traitement est de 4 à 6 mois.
- Participer à une évaluation si nécessaire : la CDAPH peut demander à la personne de se présenter pour une évaluation approfondie.
- Recevoir la décision : la RQTH est accordée pour une durée de 1 à 5 ans selon les cas.
Le certificat médical est la pièce maîtresse de la demande de RQTH. Erreur fréquente : un certificat trop vague ou qui ne décrit pas l’impact du trouble dys sur le travail. La personne doit expliquer au médecin exactement comment son trouble affecte sa vie professionnelle (fatigue à la lecture, difficultés en calcul, problèmes de coordination, etc.) afin que le médecin rédige un certificat détaillé et pertinent.
Les aménagements de poste pour les personnes dys
Une fois la RQTH obtenue, la personne peut bénéficier d’aménagements de poste spécifiques. L’aménagement vise à adapter le travail à la personne, pas à réduire ses responsabilités. L’objectif est que la personne dys puisse exprimer pleinement ses compétences sans être handicapée par son trouble.
Aménagements courants selon le type de trouble dys
Pour la dyslexie :
- Logiciels de synthèse vocale pour lire les documents professionnels ;
- Temps supplémentaire pour lire et traiter les informations écrites ;
- Réduction du volume de tâches administratives (délégation de la saisie, par exemple) ;
- Polices de caractères adaptées (sans serif, espacement augmenté) ;
- Accès à des documents en format numérique plutôt qu’imprimé.
Pour la dyspraxie :
- Télétravail ou aménagement de l’environnement de travail (réduction des bruits, espace dédié) ;
- Outils ergonomiques (souris spécialisée, clavier adapté, repose-poignet) ;
- Logiciels de reconnaissance vocale pour les tâches de saisie ;
- Aide pour les gestes techniques ou les tâches de coordination fine ;
- Absence ou réduction des tâches impliquant une motricité fine complexe.
Pour la dyscalculie :
- Calculatrices ou logiciels de calcul autorisés ;
- Rôle différent dans les tâches nécessitant du calcul mental ;
- Aide pour les tâches comptables ou financières ;
- Temps supplémentaire pour les tâches impliquant des chiffres.
Pour la dysphasie et les troubles du langage :
- Temps supplémentaire pour les réunions ou présentations ;
- Réduction des appels téléphoniques ou accès à des outils de communication écrits ;
- Support visuel lors des présentations ;
- Absence ou réduction de tâches impliquant de la prise de parole en public.
L’aménagement n’est efficace que s’il est adapté au poste réel et aux compétences de la personne. Un bon aménagement se discute entre l’employeur, la personne dys et, idéalement, un professionnel spécialisé (ergothérapeute, ergonome, médecin du travail). C’est souvent à cette étape que des solutions créatives et pertinentes émergent.
Le rôle de l’employeur et les obligations légales
Une fois que la personne a obtenu sa RQTH et a proposé des aménagements, l’employeur a l’obligation légale d’évaluer la faisabilité de ces aménagements et de les mettre en place si cela est raisonnablement possible.
La loi du 11 février 2005 reconnaît le droit des personnes handicapées à l’emploi et à l’aménagement des conditions de travail. Refuser d’aménager un poste sans justification légale peut constituer une discrimination.
Aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement ou de l’accès à un stage, à une formation en alternance ou continue, aucun salarié ne peut être licencié en raison de son handicap.
Cependant, l’employeur peut refuser un aménagement si :
- La charge financière est disproportionnée par rapport aux ressources de l’entreprise (cas rare) ;
- L’aménagement rendrait impossible l’exercice du poste (très restrictif) ;
- L’aménagement crée une perturbation majeure pour les collègues.
Dans ces cas, l’employeur doit proposer une alternative raisonnable et justifier son refus par écrit.
Aides financières pour les aménagements
L’employeur ne doit pas supporter seul le coût des aménagements. Plusieurs aides existent :
- Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées (FIPHFP) pour la fonction publique ;
- Agefiph (Agence pour l’Insertion des Personnes Handicapées) pour le secteur privé ;
- DEAES (Dispositif d’Aide à l’Emploi et aux Actions pour l’Insertion) dans certains cas ;
- Aides spécifiques de la région selon le territoire.
Ces aides peuvent couvrir : l’achat de logiciels, de matériel ergonomique, la formation du tuteur, l’intervention d’un ergonome, etc.
Un aménagement de poste pour une personne dys coûte en moyenne entre 500 € et 3 000 € selon le type d’aménagement. Les logiciels spécialisés (synthèse vocale, reconnaissance vocale) constituent le poste le plus onéreux. L’Agefiph peut couvrir une partie ou la totalité de ces coûts.
Les droits spécifiques des travailleurs dys reconnus RQTH
Au-delà de l’aménagement de poste, la RQTH ouvre d’autres droits importants :
- Accès aux dispositifs d’aide à l’emploi : parrainage, tutorat, formations spécialisées ;
- Priorité dans les politiques de recrutement : certaines entreprises et administrations ont des obligations de quotas de travailleurs handicapés (6% dans les entreprises de plus de 20 salariés) ;
- Soutien de Cap emploi : service public gratuit d’accompagnement pour l’emploi ;
- Durée d’allocations chômage augmentée : 60 mois au lieu de 24 mois (sous conditions) ;
- Congés supplémentaires possibles : certaines conventions collectives accordent des jours de congés en plus.
Pour accéder à la fonction publique, la RQTH peut aussi ouvrir des voies spécifiques : recrutement réservé, aménagement des épreuves de concours, etc.
Comment aborder la discussion avec son employeur ?
Annoncer à son employeur qu’on a un trouble dys et qu’on a besoin d’aménagements peut être source d’anxiété. Voici quelques conseils :
Préparation de l’entretien
- Préparer un dossier avec le diagnostic du trouble dys, les aménagements demandés et leur justification ;
- Prévoir une liste des aménagements et leurs coûts estimés ;
- Avoir en tête des cas d’entreprises similaires qui ont mis en place des aménagements ;
- Se faire accompagner si possible : délégué syndical, représentant du personnel, médecin du travail.
Pendant l’entretien
- Expliquer le trouble dys de manière claire, sans jargon médical ;
- Montrer comment le trouble impacte le travail spécifiquement (pas de généralisation) ;
- Mettre l’accent sur les capacités et non sur les limitations ;
- Proposer des aménagements concrets et réalistes, pas une liste fourre-tout ;
- Écouter les préoccupations de l’employeur et chercher ensemble des solutions.
Sarah travaille depuis 2 ans dans une entreprise de communication. Elle a une dyslexie modérée et vient d’obtenir sa RQTH. Voici comment elle procède :
1. Elle prend rendez-vous avec son manager et le responsable RH ;
2. Elle explique : « J’ai un trouble de l’apprentissage qui affecte ma lecture. Cela signifie que je lis plus lentement que mes collègues. » (Pas de jargon) ;
3. Elle propose : « Pour les documents longs, j’aimerais utiliser un logiciel de synthèse vocale. Ça me permettra de comprendre aussi vite que maintenant, mais sans fatigue excessive. » (Aménagement concret) ;
4. Elle ajoute : « L’Agefiph peut financer une partie du logiciel. » (Avantage financier) ;
5. L’entreprise accepte et finance l’outil. Sarah est plus productive et moins fatiguée.
Les défis et les solutions
Défi 1 : La stigmatisation et le regard des collègues
Annoncer qu’on a un trouble dys peut générer des craintes : que les collègues pensent qu’on est « moins capable », qu’on ne mérite pas son poste, etc. En réalité, la dyslexie, la dyspraxie et autres troubles dys ne concernent pas l’intelligence, mais la manière de traiter l’information.
Solution : Bien expliquer le trouble et montrer que l’aménagement rend la personne plus performante, non moins capable.
Défi 2 : Trouver l’aménagement optimal
Il faut parfois tester plusieurs solutions avant de trouver ce qui convient vraiment. Un aménagement efficace pour une personne dys ne l’est pas forcément pour une autre.
Solution : Travailler avec un ergonome ou un ergothérapeute spécialisé. Les services de réadaptation professionnelle peuvent aussi proposer une évaluation.
Défi 3 : Gérer le changement d’emploi
Quand une personne dys change d’emploi, il faut souvent revoir les aménagements. Cela peut être une source d’anxiété.
Solution : La RQTH reste valide d’une entreprise à l’autre. Les nouveaux aménagements se négocient avec le nouvel employeur, en s’appuyant sur l’expérience précédente.
Ressources et accompagnement
Plusieurs organismes peuvent aider une personne dys à comprendre ses droits et à aménager son poste :
- Cap emploi : accompagnement gratuit pour l’emploi et la RQTH ;
- Médecin du travail : évaluation des capacités et des aménagements possibles ;
- MDPH : délivrance de la RQTH et coordination des aides ;
- Ergonome ou ergothérapeute : analyse de poste et recommandations d’aménagement ;
- Agefiph (secteur privé) ou FIPHFP (fonction publique) : financement des aménagements ;
- Associations spécialisées en troubles dys : groupes de parole, guides pratiques, sensibilisation en entreprise.
Notre équipe peut vous accompagner dans vos démarches : clarification de vos droits, aide à la constitution de dossier MDPH, conseils pour négocier les aménagements avec votre employeur.
L’essentiel à retenir
RQTH : Elle est accessible aux personnes dys si le trouble impacte réellement la vie professionnelle. Elle ne signifie pas incapacité à travailler, mais reconnaissance du handicap et droit aux aménagements.
Aménagements possibles : Logiciels de synthèse vocale, télétravail, matériel ergonomique, temps supplémentaire, réduction de certaines tâches — les aménagements varient selon le type de trouble dys.
Obligation de l’employeur : Mettre en place les aménagements demandés si cela est raisonnablement possible. Des aides financières (Agefiph, FIPHFP) existent pour financer les aménagements.
Communication : Bien préparer l’annonce à l’employeur, expliquer le trouble simplement, proposer des aménagements concrets et chercher ensemble des solutions.
Droits additionnels : Cap emploi, allocations chômage prolongées, priorité dans certains recrutements, accès facilité à la fonction publique.
Accompagnement : MDPH, Cap emploi, ergonome, associations de troubles dys — ne pas hésiter à se faire aider.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Un trouble dys justifie-t-il toujours une RQTH ?
Non. Une RQTH est justifiée si le trouble impacte réellement la vie professionnelle et le rendement au travail. Une personne dyslexique légère qui a mis en place des stratégies compensatoires efficaces ne demandera pas nécessairement une RQTH. C’est la CDAPH qui évalue, cas par cas.
Combien de temps faut-il pour obtenir une RQTH ?
Le délai moyen est de 4 à 6 mois après le dépôt du dossier MDPH. Ce délai varie selon le département et la complexité du dossier. Il est conseillé de déposer la demande dès que possible si la personne en a besoin pour travailler.
Qu'advient-il si l'employeur refuse un aménagement ?
L’employeur doit justifier son refus. S’il le refuse sans raison valide, cela peut constituer une discrimination. La personne peut saisir le conseil de prud’hommes ou consulter le syndicat, le délégué du personnel ou l’inspection du travail. Le médecin du travail peut aussi intervenir pour évaluer la faisabilité.
Un aménagement de poste diminue-t-il les responsabilités de la personne dys ?
Non. Un aménagement adapte la manière de travailler, pas les résultats attendus. Par exemple, une personne dyslexique utilisera une synthèse vocale pour lire un rapport, mais elle comprendra le rapport au même niveau que ses collègues. Les responsabilités restent identiques.
La RQTH doit-elle être annoncée au moment du recrutement ?
Non, ce n’est pas obligatoire. La personne peut demander une RQTH après être embauchée. Cependant, dans certains secteurs (fonction publique), annoncer une RQTH dès la candidature peut ouvrir des voies de recrutement spécifiques. C’est une décision personnelle.
Quels logiciels peuvent aider une personne dyslexique au travail ?
Plusieurs outils existent : NVDA (gratuit, synthèse vocale), Dragon NaturallySpeaking (reconnaissance vocale), Grammarly (correcteur grammatical), Immersive Reader (Microsoft), Balabolka, TTSReader. Beaucoup sont disponibles gratuitement ou financés par l’Agefiph. L’Agefiph ou le médecin du travail peuvent recommander l’outil le plus adapté.
Témoignages
— Thomas, 34 ans, développeur informatique avec dyslexieFranchement moi j’ai longtemps caché ma dyslexie au boulot, j’avais peur qu’on me prenne pour un incompétent. Mais après 5 ans comme ça c’était épuisant, je relisais tout 3 fois parce que je voulais pas faire de fautes. J’ai décidé de me lancer pour la RQTH et j’en ai parlé à mon manager. Il a été cool et on a mis en place une synthèse vocale pour les docs longs. Depuis c’est le jour et la nuit, je me fatigue beaucoup moins et paradoxalement je suis plus productif. Ça montre qu’en informatique il faut des vraies compétences, pas une lecture parfaite.
— Valérie, 46 ans, assistante administrative avec dyscalculieMoi le problème c’était que j’étais assistante et je devais gérer des trucs avec des chiffres, les frais, les devis… ça m’angoissait énormément, je faisais des erreurs. J’ai pas osé parler de ma dyscalculie pendant des années. Jusqu’au jour où j’ai eu un burn-out. Après ça j’ai demandé une MDPH, j’ai obtenu la RQTH et avec mon employeur on a trouvé une solution : je passe mes tâches de calcul à un collègue qui gère un système, et moi je me concentre sur les autres parties de mon travail. C’est juste que tu dois pas avoir honte d’avoir un trouble, faut le dire.
— Marc, 28 ans, stage étudiant dyspraxiqueJ’ai eu du mal à trouver un stage parce que j’avais peur de dire ma dyspraxie. Quand j’en ai finalement parlé à une boîte, j’ai bien préparé et j’ai dit simplement : je suis dyspraxique, ça veut dire que ma coordination est pas comme tout le monde mais sinon j’ai les mêmes compétences. Le RH a demandé un avis ergonome et on a arrangé mon bureau, j’avais plus de place, meilleur éclairage, une bonne chaise. Le stage s’est super bien passé, l’entreprise m’a embauché. C’est bizarr que ça soit tabou parce que finalement c’est pas compliqué à arranger.



