Le FALC (Facile À Lire et à Comprendre) est une méthode simple et efficace pour rendre les documents, courriers et informations accessibles à tous, particulièrement aux personnes en situation de handicap intellectuel. Cette approche va bien au-delà de la simple simplification de texte : elle repose sur des règles précises de présentation visuelle, de vocabulaire et de structure pour garantir une compréhension maximale.
Dans la vie quotidienne, les personnes en situation de handicap intellectuel sont confrontées à de nombreux documents difficiles à comprendre : lettres administratives, contrats, notices médicales, informations bancaires, avis d’imposition, etc. Le FALC offre une solution concrète et légale pour transformer ces documents en versions accessibles, favorisant ainsi l’autonomie et l’inclusion.
Cette page explique les principes du FALC, ses applications au quotidien, et comment les professionnels, associations et familles peuvent l’utiliser pour améliorer l’accessibilité.
Qu’est-ce que le FALC et pourquoi c’est important ?
Le FALC est une méthode reconnue internationalement (particulièrement en Suède et en Belgique) qui vise à rendre l’information accessible à un public aussi large que possible. En France, il est encadré par des chartes et recommandations officielles.
Une personne en situation de handicap intellectuel peut avoir des difficultés à :
- Comprendre les phrases longues et complexes
- Mémoriser plusieurs informations à la fois
- Déchiffrer un texte mal structuré ou trop dense
- Interpréter les abstractions ou les métaphores
- Lire rapidement un document sans images
Le FALC s’inscrit dans le cadre légal d’accessibilité en France. La loi du 11 février 2005 impose aux administrations et aux organismes de service public de rendre leurs documents accessibles à toutes les personnes en situation de handicap, dont les personnes handicapées intellectuelles.
Le FALC ne concerne pas seulement les personnes handicapées intellectuelles. Les enfants en bas âge, les personnes âgées, les migrants ou les personnes analphabètes bénéficient aussi de ce format. C’est un outil d’inclusion universelle.
Les règles pratiques du FALC : comment ça marche ?
Le FALC repose sur 6 grands principes à appliquer simultanément à un document :
1. Simplifier le texte et le vocabulaire
La simplification du langage est la base du FALC. Il ne s’agit pas de parler comme à un enfant, mais d’utiliser un vocabulaire clair et sans jargon.
- Avant (complexe) : « Votre demande d’allocation en instance de traitement sera examinée par la CDAPH selon la procédure établie au titre des prestations sociales »
- Après (FALC) : « Votre demande va être lue et étudiée par les professionnels de la MDPH. Cela prendra entre 2 et 4 mois. »
Règles à respecter :
- Utiliser des mots du quotidien, pas de termes techniques ou administratifs
- Éviter les abréviations (ou les expliquer en entier la première fois)
- Préférer les phrases courtes (moins de 15 mots)
- Un sujet + un verbe + un complément par phrase
- Éviter les négations inutiles (dire « il faut faire » plutôt que « il ne faut pas oublier »)
- Bannir les poétismes, métaphores et expressions figurées
2. Structurer clairement avec des titres et des listes
Un document bien structuré est plus facile à naviguer et à comprendre. Les titres font ressortir les informations importantes, et les listes énumèrent les points clés sans phrases longues.
- Diviser le contenu en sections avec des titres explicites
- Utiliser des listes à puces plutôt que des paragraphes
- Mettre en gras les mots-clés ou les informations importantes
- Chaque section doit traiter un seul sujet
VERSION COMPLEXE :
« En application des dispositions du Code de la sécurité sociale, suite à l’instruction de votre dossier par nos services, nous vous notifions que votre demande a été partiellement acceptée pour les périodes mentionnées en annexe. »
VERSION FALC :
« Nous avons reçu votre demande.
Nous avons dit oui pour certaines choses.
Nous avons dit non pour d’autres choses.
La liste complète est à la fin du document. »
3. Utiliser des images et des pictogrammes
Les images renforcent la compréhension du texte. Une illustration claire vaut mille mots pour une personne en difficulté de lecture.
- Chaque concept important doit être illustré par une image ou un pictogramme
- Les images doivent être simples, sans surcharge visuelle
- Ajouter une description courte sous chaque image
- Les pictogrammes Standard de rues (ou autres symboliques claires) aident à la compréhension rapide
4. Bien présenter visuellement le document
La mise en forme visuelle influence la compréhension. Un document bien présenté est plus accessible qu’un document mal aéré.
- Police facile à lire : Arial, Verdana, Calibri (sans empattement)
- Taille de police minimum 12 points, idéalement 14 ou 16
- Interlignes généreux (1,5 ou 2)
- Marges suffisantes (au moins 2 cm)
- Fond clair avec texte foncé (pas de fond sombre avec lettres claires)
- Papier blanc ou gris clair pour éviter la fatigue visuelle
- Pas plus de 60-70 caractères par ligne
Certaines polices (Comic Sans, Papyrus) peuvent sembler « faciles » mais créent en réalité une fatigue visuelle. Les polices sans empattement (sans petit trait en bas des lettres) sont préférées. De même, les contrastes couleur/fond doivent être suffisants pour être lus confortablement.
5. Adapter le niveau de difficulté
Il n’existe pas une seule version FALC. Le FALC s’adapte au niveau de compréhension de la personne.
- Niveau 1 : Textes très simples avec beaucoup d’images, phrases très courtes (3-4 mots), vocabulaire très basique
- Niveau 2 : Textes simples, phrases courtes (8-10 mots), vocabulaire courant, quelques images
- Niveau 3 : Textes légèrement simplifiés, phrases normales mais claires, peu d’images, plus proche du style standard
L’accompagnateur ou la famille doit évaluer le niveau de lecture de la personne pour choisir la version appropriée.
6. Tester avec les utilisateurs
La meilleure validation du FALC : faire lire le document par des personnes en situation de handicap intellectuel et leur demander s’ils comprennent.
- Lire le document à voix haute
- Poser des questions pour vérifier la compréhension
- Modifier les passages non compris
- Relire et tester à nouveau
Applications concrètes du FALC au quotidien
FALC dans l’administration
Les administrations et organismes de service public doivent proposer des versions FALC de leurs documents. Beaucoup de MDPH, CAF, organismes de sécurité sociale commencent à proposer des notices simplifiées pour les demandes d’allocations (AAH, PCH, AEEH).
Une personne en situation de handicap intellectuel peut demander à sa MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) une version FALC de :
- Formulaires de demande d’allocation
- Lettres de décision
- Avis de renouvellement
- Notices explicatives des droits
Si le document n’existe pas en FALC, une personne en situation de handicap ou son représentant peut demander formellement à la MDPH une version simplifiée. C’est un droit. La MDPH doit répondre rapidement.
FALC dans la scolarité
À l’école ou dans un établissement spécialisé, les documents scolaires peuvent être traduits en FALC :
- Cahier des charges ou règles de classe
- Informations sur les sorties et projets scolaires
- Retours sur les évaluations
- Information sur l’orientation scolaire ou professionnelle
FALC au travail et dans l’emploi
Les personnes en situation de handicap intellectuel en emploi peuvent bénéficier de documents de travail simplifiés :
- Manuel d’accueil et règles de travail
- Consignes de sécurité
- Procédures de poste
- Informations paie et contrat de travail
FALC pour les documents de santé
Les notices de médicaments, les informations médicales, les formulaires de consentement peuvent être traduits en FALC pour garantir une compréhension complète du traitement.
FALC en droit et protection juridique
Lors d’une mise sous protection juridique ou d’une curatelle, les documents légaux doivent être expliqués clairement à la personne en situation de handicap. Une version FALC aide à garantir son consentement éclairé.
Qui crée les documents FALC et comment ?
Les professionnels du FALC
La création de documents FALC nécessite une formation spécifique. Plusieurs acteurs peuvent produire du FALC :
- Les associations spécialisées : Certaines associations nationales (Inclusion Europe, Unapei) forment et certifient des créateurs FALC
- Les éducateurs et travailleurs sociaux : Ils peuvent créer du FALC pour les personnes qu’ils accompagnent
- Les services de communication des administrations : Les MDPH, CAF, mairies ont des équipes qui produisent des documents FALC
- Les structures spécialisées et ESAT : Les établissements médico-sociaux emploient parfois des créateurs FALC
- Les bénévoles formés : Les proches ou bénévoles peuvent suivre une formation FALC
Plusieurs organismes proposent des formations FALC :
• Inclusion Europe : certification internationale FALC, formation de formateurs
• Unapei : formations régionales et nationales
• Certaines universités : masters en accessibilité inclusive
• Les associations locales : formations courtes et pratiques
Une formation courte peut suffire pour débuter, mais la certification reconnue prend plusieurs jours.
Les outils et ressources pour créer du FALC
Plusieurs ressources officielles existent pour aider à créer du FALC :
- Charte FALC d’Inclusion Europe : guide officiel et complet des règles FALC
- Guides Unapei : ressources pratiques adaptées au contexte français
- Templates et modèles : certains organismes fournissent des modèles de documents FALC préformatés
- Banques de pictogrammes : symboles Widgit, Sclera, Standard de rues
- Logiciels spécialisés : des logiciels facilitent la création de documents FALC avec mise en forme automatisée
FALC et inclusion : les bénéfices concrets
Utiliser le FALC apporte des avantages mesurables :
- Autonomie accrue : la personne peut lire et comprendre seule
- Dignité et respect : ne pas être toujours dépendant de quelqu’un pour comprendre
- Participation citoyenne : accès à l’information administrative, droits, bulletins de vote
- Sécurité : comprendre les consignes de sécurité en cas d’urgence
- Moins de malentendus : communication plus claire avec les professionnels
- Meilleure santé : compréhension complète des traitements médicaux consentis
Le FALC (Facile À Lire et à Comprendre) est une méthode pour rendre les documents accessibles aux personnes en situation de handicap intellectuel. Il repose sur :
• La simplification du texte et du vocabulaire
• Une structure claire avec titres et listes
• L’utilisation d’images et de pictogrammes
• Une présentation visuelle soignée
• L’adaptation au niveau de la personne
• Le test avec les utilisateurs
Le FALC n’est pas réservé au handicap intellectuel : il bénéficie aussi aux enfants, personnes âgées, migrants.
La création de FALC nécessite une formation, mais les bases peuvent être apprises rapidement. De plus en plus d’administrations et d’organisations proposent du FALC.
Les défis et limites du FALC
Malgré ses avantages, le FALC rencontre encore des obstacles :
- Manque de généralisation : peu de documents publics existent en FALC, sauf sur demande
- Coût et ressources : créer du FALC demande du temps et des compétences
- Variabilité des niveaux : pas de standard unique, chaque cas est différent
- Sous-estimation par les institutions : beaucoup d’organisations ne savent pas encore que le FALC existe
- Images et pictogrammes : trouver les bonnes illustrations prend du temps
Simplifier un texte en FALC n’est pas juste enlever les mots difficiles. C’est restructurer complètement le contenu, réorganiser les informations, changer la présentation. C’est un processus créatif et exigeant.
Comment demander du FALC et faire reconnaître le droit ?
Une personne en situation de handicap intellectuel a le droit de demander des versions FALC de documents officiels. Voici comment procéder :
Démarche auprès de la MDPH
Contacter la MDPH du département pour :
- Expliquer le besoin de documents simplifiés
- Demander une version FALC des documents importants (demandes d’allocation, avis de décision)
- Signaler les documents mal compris ou inaccessibles
- Demander une prise en charge pour une formation FALC de l’aidant
Auprès des employeurs et écoles
Si la personne est en emploi ou à l’école, demander au responsable :
- Les documents de travail/scolarité en version FALC
- La formation des encadrants au FALC
- Un aménagement pour l’accès à l’information
Auprès des prestataires de services
Les banques, assurances, organismes publics peuvent être sollicités pour fournir du FALC, particulièrement si la personne a justifié sa reconnaissance du handicap.
Nos équipes peuvent vous conseiller sur vos droits d’accès à l’information en FALC et vous orienter vers les ressources adaptées.
Exemples concrets et cas pratiques
LETTRE ORIGINALE :
« Madame, Monsieur,
Suite à instruction de votre demande d’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) conformément aux dispositions du Code de l’action sociale et des familles, nous vous informons que votre dossier a été retenu par la CDAPH réunie le 15 janvier 2025. Votre taux d’incapacité fonctionnelle a été évalué à 80 %. Nous vous notifions l’octroi d’une AAH d’un montant mensuel de 956,01 €. »
VERSION FALC :
« Vous avez demandé l’AAH.
Nous avons reçu votre dossier.
Nous avons dit OUI.
Vous allez recevoir 956 € par mois.
C’est à partir du mois prochain.
Si vous avez une question, appelez-nous au numéro en haut de la lettre. »
[Image : symbole AAH, calendrier, téléphone]
ORIGINAL :
« En cas de sinistre ou d’urgence, procédures à respecter… »
FALC :
« En cas de DANGER :
1. Appelle le 15 (Samu) ou le 112
2. Dis qui tu es
3. Dis où tu es
4. Attends l’aide
NE BOUGE PAS. »
[Images : symbole danger, téléphone, ambulance, personne qui attend]
Ressources et liens utiles
Pour approfondir le FALC :
- Handicap intellectuel : découvrez les autres aspects du handicap intellectuel
- Définition et degrés du handicap intellectuel : comprendre les niveaux de compréhension
- Scolarité et handicap intellectuel : le FALC à l’école
- Emploi et handicap intellectuel : FALC en milieu professionnel
- Protection juridique : importance de l’accessibilité en cas de tutelle ou curatelle
- Annonce du handicap aux parents : communiquer clairement sur le diagnostic
- Charte FALC d’Inclusion Europe : référence internationale complète
- Site Unapei : ressources FALC pour la France
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Le FALC, c'est la même chose que la simplification de texte classique ?
Non. La simplification classique enlève juste les mots difficiles. Le FALC restructure complètement : il change la mise en page, ajoute des images, réorganise les informations, teste avec les utilisateurs. C’est beaucoup plus complet.
Qui peut créer des documents FALC ?
Théoriquement tout le monde, mais c’est mieux avec une formation. Des formations courtes (1-2 jours) suffisent pour débuter. Des certifications longues (plusieurs semaines) existent pour les professionnels. Les associations comme Unapei et Inclusion Europe proposent des formations.
Le FALC c'est utile seulement pour les personnes handicapées intellectuelles ?
Non. Le FALC bénéficie aussi aux enfants, personnes âgées, migrants, personnes analphabètes, ou tout public en difficulté de lecture. C’est un outil d’accessibilité universelle.
Peut-on obliger une administration à fournir du FALC ?
Oui. La loi du 11 février 2005 impose aux administrations de rendre leurs documents accessibles. Une personne peut demander une version FALC, et l’administration doit répondre (dans un délai raisonnable). Si refus, on peut contester.
Combien de temps prend la création d'un document FALC ?
Cela dépend de la longueur et de la complexité. Un formulaire simple : 2-3 heures. Une lettre longue : 4-6 heures. Un guide complet : plusieurs jours. Il faut ajouter le temps de test avec des utilisateurs.
Quel est le meilleur logiciel pour créer du FALC ?
Il n’y a pas de logiciel parfait. Word, Canva ou InDesign conviennent, l’essentiel est de respecter les règles FALC (police, taille, contraste, structure). Certains logiciels spécialisés existent mais sont chers. Débuter avec Word suffit.
Est-ce que le FALC ralentit la compréhension des personnes sans handicap ?
Non, au contraire. Beaucoup de personnes sans handicap trouvent un document FALC plus clair et plus rapide à comprendre. C’est un document mieux structuré, plus direct.
Témoignages
— Laurent, 34 ans, personne en situation de handicap intellectuelFranchement avant j’étais toujours obligé de demander à ma mère ou à mon éducateur pour comprendre les lettres de la MDPH ou de la banque.. pffff c’était galère. Depuis qu’on m’a fait la lettre en FALC, j’arrive à la lire tout seul et même à répondre à des questions. C’est cool d’être plus indépendant, ça m’a changé.
— Nadège, 48 ans, mère d'une jeune fille en situation de handicap intellectuelÀ l’école, ma fille comprenait rien aux consignes.. elle se perdait dans les explications trop compliquées. Quand l’établissement a mis en place le FALC, c’était révolution ! Elle peut lire toute seule maintenant et elle est bien plus confiante. Je recommande vivement le FALC, c’est vraiment utile.
— Jean-Pierre, 55 ans, éducateur spécialiséJ’ai suivi une formation FALC et honnêtement ça m’a ouvert les yeux. Je comprends maintenant que c’est pas juste « enlever les mots difficiles » – c’est tout restructurer. Depuis je fais du FALC régulièrement pour les résidents que j’accompagne. Les résultats sont flagrants : ils comprennent mieux, posent moins de questions, plus d’autonomie. Ça devrait être obligatoire pour tous les travailleurs sociaux.



