Lorsqu’un enfant en situation de handicap a besoin d’un accompagnement spécialisé, la famille fait face à une multitude de structures aux noms parfois complexes : IME, IEM, ITEP, EEAP, SESSAD… Cette diversité répond à des besoins différents et à des types de handicap variés. Comprendre les particularités de chaque établissement et service est essentiel pour orienter l’enfant vers la structure la plus adaptée à son projet de vie.
Cette page détaille les caractéristiques, les missions et les conditions d’accès à chaque type d’établissement pour enfants, avec des exemples concrets et des conseils pour faciliter la demande auprès de la MDPH.
Les principaux établissements pour enfants en situation de handicap
En France, plusieurs types d’établissements accueillent les enfants en situation de handicap selon la nature et la gravité de leurs besoins. Chacun répond à des missions spécifiques et propose des services adaptés.
IME : Institut Médico-Éducatif
L’IME est l’établissement le plus courant pour les enfants en situation de handicap intellectuel ou mental. Sa mission principale est de proposer un accompagnement éducatif, pédagogique et thérapeutique.
Caractéristiques principales :
- Accueil d’enfants atteints de déficience intellectuelle, troubles du spectre autistique, ou polyhandicap
- Âge : généralement de 3 à 20 ans (jusqu’à l’orientation en établissement pour adultes)
- Services : soutien scolaire adapté, rééducation (orthophonie, kinésithérapie), accompagnement social et éducatif
- Fonctionnement : internat, demi-pension ou externat selon les besoins de l’enfant et de la famille
- Effectif : petits groupes d’enfants (8 à 15 par classe) pour un suivi personnalisé
Arthur, 8 ans, présente une déficience intellectuelle modérée. Après accord de la MDPH, il est admis à l’IME de sa région pour 4 jours par semaine. Il bénéficie d’un enseignement adapté, de séances d’orthophonie et d’un soutien dans ses apprentissages scolaires. Ses parents reçoivent une allocation AEEH pour financer une partie des frais de scolarité.
IEM : Institut d’Éducation Motrice
L’IEM accueille les enfants atteints de handicap moteur, polyhandicap moteur ou infirmité motrice cérébrale (IMC). L’accent est mis sur la réadaptation motrice et l’intégration scolaire.
Caractéristiques principales :
- Accueil d’enfants présentant une deficience motrice, IMC, ou polyhandicap
- Âge : 3 à 20 ans
- Services : réadaptation motrice, kinésithérapie intensive, orthophonie, accompagnement pédagogique, ergothérapie
- Objectif : favoriser l’intégration scolaire en milieu ordinaire quand c’est possible
- Infrastructure : locaux accessibles, salles de rééducation équipées, matériel adapté
De nombreux IEM proposent une scolarité mixte : l’enfant peut suivre une partie de sa scolarité en école ordinaire (avec ou sans AVS/AESH) et bénéficier des services de rééducation de l’IEM les autres jours. Cette approche favorise l’inclusion scolaire progressive.
ITEP : Institut Thérapeutique, Éducatif et Pédagogique
L’ITEP accompagne les enfants et adolescents ayant des troubles du comportement, émotionnels ou relationnels. Ces troubles peuvent être associés à des difficultés scolaires ou sociales importantes.
Caractéristiques principales :
- Accueil d’enfants et d’adolescents souffrant de troubles émotionnels, comportementaux ou relationnels
- Âge : 6 à 20 ans généralement
- Services : thérapie individuelle et de groupe, soutien pédagogique, éducation socialisante, orientation professionnelle
- Approche : pluridisciplinaire (psychologues, éducateurs, enseignants, psychiatres)
- Objectif : restauration de la confiance en soi et intégration sociale
L’accès à un ITEP nécessite une évaluation approfondie du type de trouble. La MDPH doit être certaine que le trouble est d’ordre émotionnel ou comportemental et non uniquement une déficience intellectuelle (qui relèverait plutôt d’un IME).
EEAP : École d’Éducation Adaptée Polyvalente (ou Externats Éducatifs Adaptés)
Les EEAP accueillent les enfants ayant des difficultés d’apprentissage, des troubles du langage ou des déficiences légères. Elles privilégient l’externat et une proximité avec l’environnement scolaire ordinaire.
Caractéristiques principales :
- Accueil d’enfants atteints de troubles des apprentissages, déficiences légères, troubles du langage
- Fonctionnement : externat, quelques demi-pensions
- Services : enseignement adapté, rééducation (orthophonie, psychomotricité), suivi social
- Taille : établissements de petite ou moyenne taille, souvent intégrés dans des quartiers
- Transition : favorise le retour en milieu scolaire ordinaire avec accompagnement
Autres structures pour enfants
Outre ces quatre catégories principales, d’autres établissements et services existent :
SESSAD (Service d’Éducation Spécialisée et de Soins À Domicile) : accompagnement à domicile pour l’enfant, sans hébergement. Idéal pour les familles souhaitant maintenir l’enfant à la maison.
SAFEP (Service d’Accompagnement Familial et d’Éducation Précoce) : pour les enfants sourds ou malentendants de moins de 3 ans et leurs familles.
SAAAIS (Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire) : pour les enfants déficients visuels.
Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire (ULIS) : classes spécialisées en école ordinaire, pour une inclusion progressive.
Les établissements et services accueillant les enfants en situation de handicap sont définis dans le CASF. Chaque type d’établissement doit respecter des normes d’encadrement, de formation du personnel et de qualité des services.
Comment choisir l’établissement adapté à l’enfant ?
Le choix de l’établissement dépend de plusieurs facteurs : le type de handicap, le niveau de dépendance, les besoins thérapeutiques, le projet de vie familial et les places disponibles dans la région.
Facteurs clés de décision
- Type et gravité du handicap : IME pour le handicap intellectuel, IEM pour le handicap moteur, ITEP pour les troubles émotionnels, EEAP pour les déficiences légères
- Besoins thérapeutiques : certains enfants ont besoin d’une rééducation intensive, d’autres d’un suivi psychologique régulier
- Modalité de fonctionnement : internat, demi-pension ou externat selon le contexte familial
- Proximité géographique : pour faciliter les trajets et maintenir les liens familiaux
- Projet de vie : l’orientation scolaire, l’intégration en milieu ordinaire, la préparation à la vie adulte
- Disponibilité des places : souvent limitée, surtout pour certains types d’établissements
Avant toute admission, la famille doit faire une demande auprès de sa MDPH locale. La CDAPH (Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées) examine la demande et émet une orientation vers l’établissement le plus adapté. Cette décision n’est pas définitive et peut être renégociée.
Démarches d’accès aux établissements enfants
Étape 1 : Constituer le dossier MDPH
La demande d’orientation en établissement commence par un dossier MDPH complet. Le formulaire officiel demande des informations sur :
- L’identité et l’âge de l’enfant
- Le type et la nature du handicap
- Les évaluations médicales et psychologiques récentes
- Les besoins d’accompagnement et de soutien
- Le projet de vie familial et scolaire
- Les préférences en matière de modalité d’accueil (internat, demi-pension, externat)
Étape 2 : Obtenir le certificat médical
Un certificat médical récent (moins de 3 mois) complété par un médecin ou un pédiatre est obligatoire. Ce document doit décrire précisément le handicap et les besoins thérapeutiques.
Beaucoup de dossiers sont retardés ou renvoyés en raison d’un certificat médical trop vague ou incomplet. Le médecin doit bien documenter le diagnostic, le type de handicap, les troubles associés et les besoins d’accompagnement.
Étape 3 : Examen par la CDAPH
La CDAPH examinera le dossier dans un délai de 4 mois (avec des délais pouvant être prolongés si des compléments sont demandés). Elle rendra une décision d’orientation vers un type d’établissement.
Étape 4 : Inscription sur liste d’attente
Une fois l’orientation actée, l’enfant est inscrit sur la liste d’attente de l’établissement. Les délais d’admission peuvent être longs selon les places disponibles dans la région.
Le délai entre l’orientation CDAPH et l’admission effective en établissement varie de 6 mois à 2 ans selon le type d’établissement et la région. Pour IME et IEM, les délais sont généralement plus longs.
Financement et aides pour l’accueil en établissement
Le coût d’un placement en établissement est pris en charge par plusieurs sources de financement selon le type de structure.
Pour les enfants scolarisés (3-16 ans)
- Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé (AEEH) : versée aux parents pour compenser les frais liés au handicap. Montant maximum : 1 016,05 € en 2025 (sans majoration)
- Complément AEEH : supplément possible jusqu’à 1 226,34 € selon le taux d’incapacité et les besoins
- Financement MDPH : la MDPH finance une partie ou la totalité du coût de la prise en charge en établissement selon le projet de vie et les ressources familiales
L’AEEH peut se cumuler avec d’autres dispositifs de prise en charge en établissement. Certains frais peuvent être à la charge de la Sécurité sociale, d’autres de la MDPH ou du département.
Reste à charge familial
Selon le type d’établissement et le statut de la famille, un reste à charge peut subsister. Pour les familles aux ressources modestes, des aides complémentaires (Allocation de Soutien Familial, aides sociales locales) peuvent être demandées.
Différences synthétiques entre les établissements
| Type d’établissement | Handicap visé | Âge | Fonctionnement |
|---|---|---|---|
| IME | Handicap intellectuel, autisme, polyhandicap | 3-20 ans | Internat, demi-pension, externat |
| IEM | Handicap moteur, IMC, polyhandicap moteur | 3-20 ans | Internat, demi-pension, externat |
| ITEP | Troubles émotionnels, comportementaux | 6-20 ans | Internat, demi-pension, externat |
| EEAP | Troubles des apprentissages, déficiences légères | 3-18 ans | Majoritairement externat |
| SESSAD | Tous types de handicap | 0-20 ans | Accompagnement à domicile, sans hébergement |
- Les établissements enfants sont classés selon le type de handicap : IME (intellectuel), IEM (moteur), ITEP (émotionnel), EEAP (apprentissages)
- L’accès passe obligatoirement par une demande auprès de la MDPH et une orientation de la CDAPH
- Les délais d’admission peuvent être longs (6 mois à 2 ans) ; il est recommandé de candidater dès que le diagnostic est confirmé
- L’AEEH et les financements MDPH aident à couvrir les frais d’accueil en établissement
- Le choix de l’établissement dépend du handicap, des besoins thérapeutiques, de la proximité géographique et du projet familial
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un IME et un ITEP ?
L’IME accueille les enfants atteints de handicap intellectuel ou du spectre autistique et propose un accompagnement éducatif et thérapeutique axé sur les apprentissages. L’ITEP, en revanche, accueille les enfants souffrant de troubles émotionnels ou comportementaux sans déficience intellectuelle. Les services et les approches thérapeutiques sont différentes : l’IME propose un enseignement adapté, tandis que l’ITEP met l’accent sur la thérapie psychologique et la restauration du bien-être émotionnel.
Mon enfant peut-il être admis en IEM après un diagnostic d'infirmité motrice cérébrale (IMC) ?
Oui, l’IMC est la cause principale d’admission en IEM. L’IEM propose une rééducation motrice intensive (kinésithérapie, ergothérapie) et un soutien pédagogique. Il est souvent possible de combiner l’IEM avec une scolarité partielle en école ordinaire avec une aide humaine (AVS/AESH) selon les capacités de l’enfant.
Combien de temps faut-il attendre avant une admission en établissement après la décision CDAPH ?
Le délai dépend du type d’établissement et de la région. Pour un IME ou un IEM, les délais peuvent être de 6 mois à 2 ans selon les places disponibles. Pour un EEAP ou un ITEP, les délais sont généralement plus courts (3 à 12 mois). Il est recommandé de s’inscrire dès la décision d’orientation.
Peut-on demander un changement d'établissement si le premier ne convient pas ?
Oui, la famille peut demander une révision de l’orientation auprès de la MDPH si l’établissement ne répond plus aux besoins de l’enfant. Cette demande nécessite une nouvelle évaluation et une nouvelle décision de la CDAPH, mais elle est possible après un délai d’au moins un an généralement.
Est-ce que l'AEEH est versée si mon enfant est en établissement ?
Oui, l’AEEH peut se cumuler avec un accueil en établissement. Cependant, son montant ne se substitue pas aux frais de prise en charge : elle complète les financements MDPH et les ressources familiales. La MDPH prend généralement en charge la majorité du coût de l’établissement.
Que se passe-t-il à 20 ans ? L'enfant peut-il rester en IME ou doit-il transitionner en établissement pour adultes ?
À 20 ans, l’enfant doit généralement quitter l’IME/IEM pour un établissement pour adultes (ESAT, FAM, MAS, Foyer de vie). Cependant, certaines sections « grands enfants » dans les IME prolongent l’accueil jusqu’à 22 ou 25 ans. L’orientation vers l’établissement adulte doit être préparée 1 à 2 ans avant, en lien avec la MDPH.
Les démarches pour accéder à un établissement enfant peuvent être complexes. Nos experts en droits du handicap vous accompagnent dans la constitution de votre dossier MDPH et vous conseillent sur le type d’établissement le plus adapté à votre situation.
Témoignages
— Sandrine, 48 ans, maman d'un enfant autisteFranchement c’est l’enfer de trouver une place en IME… on a galéré 18 mois après la décision de la CDAPH pour avoir une réponse positive d’un établissement. Entre les listes d’attente longues et les refus faute de places, c’est très angoissant. Mais une fois arrivé à l’IME, mon fils s’est vraiment épanoui. Les éducateurs sont super, il progresse en lecture et c’est déjà ça.
— Jérôme, 55 ans, père d'un enfant porteur d'une IMCNous on a choisi un IEM pour notre fille dès 5 ans parce qu’elle avait besoin de kiné intensive. C’est vrai qu’en demi-pension c’est un peu compliqué pour les trajets, mais au moins elle est scolarisée une partie de la semaine à l’école du quartier avec une AESH. Ça lui permet de rester avec les enfants de son âge en milieu normal.
— Marie-Claire, 62 ans, grand-mère d'un enfant en ITEPMon petit-fils avait des problèmes de comportement à l’école ordinaire, et l’ITEP c’était vraiment la solution idéale. Les psy là-bas savent vraiment comment gérer les enfants difficiles, et en quelques mois on a vu une grosse amélioration. Maintenant il repart doucement vers une scolarité plus ordinaire.



